La Russie installe des cages anti-drones sur ses pétroliers fantômes : les marines occidentales n’avaient pas anticipé cette parade

Des pétroliers russes recouverts de filets et de cages métalliques, façon Mad Max, tentent d’échapper aux drones ukrainiens. Une guerre maritime inédite qui change radicalement la donne en mer Noire.

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La Russie installe des cages anti-drones sur ses pétroliers fantômes : les marines occidentales n'avaient pas anticipé cette parade
La Russie installe des cages anti-drones sur ses pétroliers fantômes : les marines occidentales n’avaient pas anticipé cette parade © journaldeleconomie.fr

Le mardi 11 août 2026, dans le détroit du Bosphore, des images montrent le pétrolier russe Caruzo quittant la mer Noire dans un état inhabituel. De grands filets entourent sa passerelle, son toit est recouvert de cages métalliques, et des réservoirs d’eau empilables pendent le long de sa coque. Le navire ressemble davantage à un véhicule blindé qu’à un tanker classique.

Ce pétrolier, âgé de 28 ans, figure sur les listes de sanctions de l’Union européenne et du Royaume-Uni. Il appartient à ce que l’on appelle la flotte fantôme, ces navires sous sanctions qui continuent d’acheminer clandestinement les hydrocarbures russes malgré les restrictions internationales. Les clichés ont d’abord circulé sur les réseaux sociaux, diffusés par l’analyste maritime Yörük Işik, avant d’être repris par le Financial Times le jeudi 13 août 2026.

Une première en mer

Jusqu’ici, ce type de protection restait cantonné au front terrestre. La Russie avait déjà équipé ses chars de cages dites tortues et de dispositifs porcs-épics pour se prémunir des drones explosifs ukrainiens. Voir ces mêmes structures apparaître sur des navires marque un changement de terrain pour ces équipements de fortune.

Le principe reste identique à celui employé sur les blindés : créer une distance supplémentaire entre la charge explosive du drone et sa cible, pour atténuer l’effet de la détonation. Les réservoirs d’eau fixés à la coque, semblables à ceux utilisés sur les chars russes, visent eux à absorber une partie du souffle en cas d’impact.

Yörük Işik, qui dirige le cabinet de conseil Bosphorus Observer à Istanbul, a résumé son étonnement sur X en estimant que même les films Mad Max ne pouvaient rivaliser avec ça. C’est cette comparaison qui a donné leur surnom à ces dispositifs, désormais appelés Mad Max par les spécialistes du secteur maritime.

L’analyste a même suggéré qu’une autre référence cinématographique conviendrait peut-être mieux à l’univers marin : Waterworld, le film postapocalyptique avec Kevin Costner sorti en 1995.

Le Caruzo n’est pas un cas isolé. Un autre pétrolier sanctionné, le Rizvel, navigue également drapé de filets similaires en mer de Marmara, au sud d’Istanbul.

Deux mois d’attaques ukrainiennes intensives

Ces protections improvisées répondent à une campagne ukrainienne particulièrement soutenue, menée depuis deux mois en mer d’Azov et en mer Noire pour perturber les exportations pétrolières russes. Cet été, l’armée ukrainienne a nettement intensifié ses frappes contre les infrastructures énergétiques et les navires russes, un mouvement qui touche aussi bien le brut que le transport de charbon.

Les conséquences se lisent dans les chiffres du transport maritime. Selon le quotidien russe Kommersant, citant des données du Centre des indices des prix, le nombre de vraquiers disponibles dans la région était tombé à 97 fin juillet, soit une baisse de 28 % par rapport à la même période de l’année précédente.

Cette chute s’explique par le refus des assureurs de couvrir les navires opérant dans le bassin Azov-mer Noire. Pour Samir Madani, cofondateur du site de suivi maritime TankerTrackers, le constat est sans détour : « La peur est réelle. »

L’intensité des frappes a même alerté Washington. En juillet 2026, les attaques aériennes de Kiev sur la flotte fantôme ont poussé le vice-président américain J.D. Vance à réclamer un cessez-le-feu autour du terminal du Consortium du pipeline de la Caspienne, dans le port russe de Novorossiïsk, pour protéger les intérêts des compagnies pétrolières américaines et éviter une nouvelle tension sur les marchés.

La base navale de Novorossiïsk, où plusieurs navires russes ont déjà été coulés depuis le début de la guerre, se transforme à son tour. Des images satellites montrent l’installation de filets, de structures grillagées et de barrages flottants tout autour du port militaire, en complément des barges qui bloquent l’accès par la mer depuis mars 2024.

Ces nouvelles défenses n’ont pourtant pas suffi à empêcher une opération ukrainienne d’ampleur. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé, le mercredi 12 août 2026, qu’une action combinant missiles antinavires, drones aériens et drones navals avait touché, dans la nuit précédente, plusieurs navires russes ainsi que des positions de défense antiaérienne et des installations portuaires à Novorossiïsk. Ces affirmations n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.

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