Journal de l'économie

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​Droite-gauche : la fin d’une époque ?





Le 12 Juin 2019, par Vincent LAMKIN

En arrière-plan de la victoire peu prévisible d’Emmanuel Macron à la Présidentielle de 2017, ce fut la chute du Parti socialiste qui marqua les esprits, et avec elle la fin d’une époque pressentait-on. A droite, si les raisons de s’inquiéter ne manquaient pas, on pouvait imputer l’échec à une mauvaise martingale, et passer son tour.


Aussi singulière que soit une élection européenne, celle qui s’achève semble ironiquement renvoyer l’ascenseur à droite et sonner le glas des Républicains. Si le parti n’est pas ko, Laurent Wauquiez, quant à lui, en sort bien sonné.
 
On peut bien sûr proposer un décryptage politicien de cet échec électoral et relever des erreurs tactiques : une tête de liste paradoxalement insipide dans l’arène politique et clivante dans les urnes ; l’abandon incohérent d’un discours libéral inassumé et récupéré pour partie par La République en marche ; la promotion d’un discours conservateur peu convaincant.
 
Mais l’erreur majeure de Laurent Wauquiez est plus profonde, elle est d’avoir cru au Graal électoral d’une droite « chimiquement pure », « décomplexée », dont il faudrait retrouver (ou simuler) les racines. Au final, cette droite-là continue de se chercher, en même temps qu’elle cherche sa base électorale.
 
L’émergence de formations politiques « hybrides »
 
Car l’enseignement majeur et historique que l’on doit retirer de ces dernières années, derrière le déclin de formations politiques qui collaient depuis des décennies à des réalités sociologiques consolidées dans des modèles sociaux et culturels stables, et qui se transmettaient de génération en génération, c’est l’émergence de formations politiques agiles que l’on peut qualifier d’« hybrides » à ce stade de nos repères politiques. Puisant leurs référentiels dans des valeurs et des idées de droite et de gauche pour fabriquer de nouveaux alliages. Transformant peu à peu, mais néanmoins en profondeur notre paysage politique.
 
Les trois formations arrivées en tête des élections européennes témoignent de cette tendance de fond. Celle née de la victoire d’Emmanuel Macron à la Présidentielle, aussi conjoncturelle et hasardeuse soit-elle, est emblématique de ce mouvement de fond. Le fameux « en même temps » macronien innerve cette approche où libéralisme et social-démocratie, État fort et « start up nation » peuvent cohabiter, avec plus ou moins de cohérence, pour recomposer de nouveaux paradigmes sociaux et culturels.
 
Il en va de même avec la mue opérée par le Rassemblement national, que l’on ne peut réduire au Front national historique. Quand bien même un noyau dur d’extrême droite demeure hébergé dans cette formation, son électorat autant que son discours composent aujourd’hui un étrange patchwork politique. Les récentes « prises » politiques du parti, qui vont de la droite républicaine à la France insoumise, de même que le lâcher-prise sur des marqueurs éthico-religieux, comme l’avortement, le démontrent.
 
Troisième sur le podium des Européennes, les Verts représentent eux aussi une formation politique vouée à transcender, par nature, le traditionnel clivage gauche-droite – clivage dans lequel elle a souvent commis l’erreur de se piéger elle-même en s’enfermant à gauche – et on peut expliquer dans cette offre possiblement apolitique une raison de son récent succès.
Un ensemble d’indicateurs signent cette transformation à l’œuvre, qui ne signifie pas pour autant la fin de marqueurs gauche-droite : la volatilité inédite des électorats, flagrante dans le transfert de voix gauche-droite qui s’opère au cœur même du socle électoral de La République en marche ; la fin des « terres historiques » pour les grandes familles politiques du pays, qui étaient autant de citadelles imprenables et qui appartiennent désormais au passé. Notable aussi qu’en moins de 5 ans les noms des grandes formations du paysage politique aient été renouvelés : République en marche, France insoumise, ex-FN devenu Rassemblement national, ex-UMP devenu Les Républicains…
 
Cette transformation du champ politique est sans doute à la mesure des mutations sociologiques de notre époque et des enjeux mondiaux qui structurent ou déstructurent notre vision de l’avenir. De nouvelles catégories d’électeurs émergent, affranchis de ces repères stables qui faisaient les règles du jeu politique. Peut-être sommes-nous à une charnière politique aussi forte que celle qui s’est jouée au tournant du 18e et du 19e siècle. Tant il est vrai que les siècles ont montré par le passé qu’ils savaient nous attendre au tournant. Pour le meilleur et pour le pire…
 
Vincent LAMKIN
Co-Président des agences Comfluence et Opinion Valley
 
 



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