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5G : Pourquoi les opérateurs s’inquiètent d’un retard à l’allumage





Le 19 Février 2020, par La Rédaction

Malgré le feu vert de la Commission européenne le 29 janvier, l’État français semble encore hésiter à laisser Huawei participer au déploiement de la 5G dans l’Hexagone. Au grand dam des opérateurs qui souhaitent choisir l’équipementier pour leurs propres réseaux mobiles nouvelle génération.


Image Chistophe Scholz - Flickr
Image Chistophe Scholz - Flickr
Le verdict de la Commission européenne autorisant Huawei à participer au déploiement de la 5G au sein des pays membres était très attendu. En accordant un accès partiel à Huawei pour le développement du réseau mobile nouvelle génération, en dehors des infrastructures les plus sensibles, Bruxelles a fait le choix de l’équilibre.

Le plan dévoilé par la Commission européenne donne en effet aux États membres les marges de manœuvre nécessaires pour déployer leurs réseaux 5G avec les équipements de Huawei de manière contrôlée. Cette position est soulignée par le Commissaire européen Thierry Breton qui a rappelé que l’Europe devait « préserver sa souveraineté dans le déploiement de la 5G ». Une manière pour l’Union européenne d’avancer sur le dossier de la 5G en dépassant les hésitations qui se sont fait jour ces derniers mois, et une bonne nouvelle pour les opérateurs téléphoniques qui souhaitent confier le déploiement de leur réseau à l’équipementier.

La France tarde encore à clarifier sa position sur Huawei

En dépit de cette décision, la France suspend encore sa décision sur le sort à réserver à Huawei, au risque de prendre du retard sur le déploiement de son propre réseau 5G. Cette situation perdure malgré le vote d’une loi en juillet dernier censée régler le problème de la sécurisation de son réseau 5G. Une valse-hésitation qui n’est pas du goût des opérateurs français qui souhaitaient conclure des partenariats avec l’équipementier, à qui certains d’entre eux ont déjà confié leurs réseaux 3G ou 4G. 

Dans une interview donnée aux Échos le 30 janvier, le président de la Fédération française des télécoms, Arthur Dreyfuss a ainsi alerté le Gouvernement après l’annonce par Bruxelles de sa position vis-à-vis de Huawei. « La France se contente de dire : on va faire du cas par cas. Dans ces conditions, il est impossible pour les opérateurs télécoms d’établir des plans d’affaires pérennes », avait-il constaté. Et le président de l’organisation représentative du secteur d’alerter : si l’Etat interdit l’équipementier chinois dans l’Hexagone alors que l’Union européenne l’autorise, les opérateurs téléphoniques lui demanderont un remboursement pour le manque à gagner.

Le 31 janvier, ces incertitudes forcent Orange, l’acteur le plus lié à l’État pour des raisons historiques, à se résigner de se passer d'Huawei pour le déploiement de son réseau 5G. Un choix pris à contre-cœur pour l’opérateur dont le président, Stéphane Richard, appelait en janvier à autoriser Huawei dans l’Hexagone. Il dénonçait la « duplicité » des autorités françaises sur le sujet.

Vodafone, l’exemple britannique à suivre ?

Si la France choisissait de suivre la décision rendue par l’Union européenne sur le développement de la 5G, les opérateurs qui utilisent déjà Huawei pour leurs réseaux 3G et 4G pourraient continuer à exploiter les équipements chinois. Cependant, les choses ne paraissent pas si claires. « Nous ignorons ce que souhaite le gouvernement français », a déploré Didier Casas, vice-président de la Fédération française des Télécoms et directeur général adjoint de Bouygues Telecom interrogé par France info le 3 février. « Le problème, c’est qu’il y a urgence ».

Les opérateurs attendent en effet une clarification de l’État sur la position à adopter vis-à-vis de Huawei, afin de pouvoir entreprendre le déploiement de la 5G, en vue de la distribution des premiers forfaits 5G à l’été 2020. Car les tergiversations de Paris vis-à-vis de Huawei trouvent en partie leur explication au plan diplomatique, par le souci de satisfaire l’administration Trump. Washington ne voit en effet pas d’un bon œil le déploiement de l’équipementier chinois en Europe. Le ministre américain de la Justice, Bill Barr avait même proposé le 6 février dernier lors d’un colloque que les États-Unis « prennent le contrôle » des rivaux européens de l’équipementier chinois, Nokia et Ericsson – avant que cette idée ne soit balayée par le vice-président Mike Pence et par le principal conseiller économique de Donald Trump, Larry Kudlow.

Le Royaume-Uni, traditionnellement plus atlantiste que la France, en particulier en cette période de Brexit, a pourtant fait le choix inverse – en prenant le risque de fâcher son allié américain. L’opérateur britannique Vodafone a ainsi choisi de confier son réseau à Huawei. L’entreprise chinoise n’aura néanmoins pas accès aux infrastructures sensibles, tout en conservant la capacité d’installer des capteurs 5G sur la totalité du sol britannique.

Pour Vodafone, utiliser les équipements de Huawei de manière contrôlée permet de commencer le déploiement de la 5G dès juillet 2019, tout en rassurant le gouvernement britannique sur les éventuels risques de sécurité liés à Huawei. Position que les services de renseignement rapportaient dans le courant du mois de mars 2019. Sorti de cette zone d’incertitudes, le Royaume-Uni a donc déjà entamé l’installation de son réseau 5G, et compte désormais bénéficier de retombées économiques estimées selon le cabinet IHS Markit à 114 milliards de dollars et à 519 000 créations d’emplois à l’horizon 2035.

Dans la perspective des prochaines enchères pour l’attribution des fréquences de la 5G, l’exemple britannique pourrait peser dans la balance. A moins que d’autres considérations ne viennent encore retarder sa mise en place dans l’Hexagone, au risque de pénaliser les opérateurs et les entreprises des télécoms qui devraient bénéficier fortement de son déploiement.
 




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