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Alexis Duval, Tereos : « l’avenir de l’industrie sucrière européenne passe par une stratégie internationale »





Le 21 Février 2020, par la rédaction

Le modèle agricole est aujourd’hui sous la pression d’une injonction paradoxale : il doit s’adapter aux nouveaux enjeux nutritionnels et environnementaux tout en étant à la fois hyper-compétitif. Cette triangulation, Tereos en a fait l’expérience avec succès dans un secteur sucrier européen pourtant fébrile, marqué par une décroissance de la consommation et la libéralisation. Le groupe sucrier français, devenu n°3 mondial, relève ainsi avec confiance les défis de la mondialisation et de la transition alimentaire. À la veille du 57ème salon de l’agriculture qui ouvre ses portes samedi à Paris, nous avons rencontré son Président, Alexis Duval.


Alexis Duval, président du directoire de Tereos
Alexis Duval, président du directoire de Tereos

 

Le salon de l’agriculture s’ouvre sur fond d’inquiétude grandissante quant à la pérennité de nombreuses filières. Comment analysez-vous la situation agricole française ?

Il suffit d’observer l’évolution de la balance commerciale de la France : l’agriculture, qui était une source historique d’excédent, est en passe de devenir déficitaire. Cela signifie que la France doit importer de plus en plus de produits agricoles et alimentaires. Au-delà des chiffres, cela pose donc question du point de vue de sa souveraineté, de sa capacité à continuer à préserver son modèle alimentaire et à valoriser son immense potentiel agricole. Il y a un enjeu de préservation de l’activité et des emplois sur le territoire, face à une concurrence internationale qui n’a de cesse que de gagner du terrain. Les marchés ont été ouverts à la concurrence mondiale et libéralisés. L’agriculture et l’industrie agro-alimentaire européenne souffre aujourd’hui de la concurrence féroce de nos voisins allemands et du nord au plan européen, et du Brésil, de la Thaïlande ou de l’Inde au plan mondial.
 

La filière sucrière est particulièrement exposée à ce phénomène…

C’est en effet l’un des grands enjeux de l’actuel mouvement de restructuration de l’industrie sucrière européenne. Dans un marché européen marqué par une baisse structurelle de la consommation de sucre, seule une stratégie de développement et de croissance à l’international permet de préserver des perspectives d’avenir. Toute logique attentiste ou de repli sur soi enferme inéluctablement dans un cercle vicieux d’attrition, à l’issue fatale… Pour maintenir nos activités sur le sol français, il faut aujourd'hui disposer d'une compétitivité à la hauteur des meilleurs mondiaux, tout en multipliant les débouchés à l'export et sur les marchés en croissance.
À défaut, l’Europe sucrière est condamnée à s’enfermer dans le cercle vicieux des restructurations.
 

La compétitivité de la filière betteravière française dans son ensemble est également stratégique pour Tereos. Comment gérez-vous ces enjeux ?

D’abord à travers une relation forte et dans la durée avec les agriculteurs coopérateurs de Tereos. Sans betteraves pas d’usine, et sans usine pas de betteraves. La réussite est nécessairement collective. L’engagement des coopérateurs (avec +20% de betteraves contractées depuis 2017, rappelons-le) est devenu un facteur clé dans un environnement plus incertain. Les très bons résultats obtenus par Tereos en termes de contractualisation avec ses coopérateurs, malgré la crise sucrière violente que l’industrie a connue depuis 2017, démontrent notre solidité. Seule une vision stratégique de long terme permet de travailler dans le temps, pour adapter nos modèles et nos pratiques à des tendances de fond.
 

Quels que soient les secteurs économiques, compétitivité rime souvent avec innovation. Où en est Tereos en la matière ?

L’innovation est pour nous une évidence et une nécessité, qui s’exprime aussi bien dans les méthodes que dans les outils. Nous avons par exemple un programme industriel de transformation, qui se concrétise en France par la mise en place cette année sur le site de Connantre (51) de notre première usine 4.0 « connectée » en Europe, concept qui a déjà fait ses preuves au Brésil. Au plan logistique, nous lançons la généralisation de LogiSmart, un logiciel qui nous permet d’optimiser en temps réel le transport des betteraves vers les usines, et d’économiser du potentiel véhicule et du carburant. L’exploitation des Big Data (données) nous permet d’aller plus loin dans l’optimisation des process de production et des paramètres de marche des équipements. Sur le volet agricole, nous sommes à l’affût de tout ce qui peut nous faire progresser entre l’agritech et l’agriculture de précision. Nous innovons également côté produits, avec des carburants verts avancés (comme l’ED95), de nouveaux produits dans les protéines végétales, ou encore dans la reformulation de produits sucrants plus sains et 100% d’origine naturelle.
 

La PAC actuellement en discussion permettra-t-elle de pallier les principaux déséquilibres auxquels sont aujourd’hui confrontées la filière sucrière et l’agriculture française dans son ensemble ?

Après la fin du régime des quotas, la réforme de la PAC est en effet une échéance importante pour tout le secteur. Nous serons particulièrement attentifs au sujet de la réforme des aides publiques. Les « aides couplées » dont bénéficient certains pays, sous leur forme actuelle, créent une distorsion importante de la concurrence entre États membres… au détriment de la France. C’est notamment la raison pour laquelle la majorité des fermetures de sucreries en Europe annoncées par nos concurrents ont pour l’instant touché la France…
 

Pourtant, l’impact économique de la filière dans les territoires est loin d’être neutre…

Pour l’illustrer, un seul chiffre : 10,5. C’est le ratio multiplicateur entre les emplois directs de Tereos dans les territoires français, et les emplois créés par les retombées directes et indirectes pour les territoires et les bassins d’emploi. La filière sucrière dynamise et crée de la valeur pour l’ensemble des acteurs : les agriculteurs, qui produisent les betteraves, les salariés des usines, ceux des fournisseurs et des sous-traitants, puis pour l’ensemble de l’écosystème : commerces, services de proximité ou encore retombées fiscales…
 

En parlant de proximité, le « consommer local » et l’économie circulaire sont aujourd’hui de véritables tendances de fond. Celles-ci sont-elles conciliables avec la dimension internationale de Tereos ?

La logique de circuit court est au cœur même de notre modèle ! Le sucre produit dans nos usines l’est à partir de betteraves produites dans un rayon moyen de 50 km aux alentours. Certaines usines de nos clients sont à proximité immédiate des nôtres. Le bioéthanol, produit à partir de résidus de la production du sucre, représente également une source d’énergie durable, produite localement, et offrant de nouveaux débouchés aux agriculteurs. C’est un modèle vertueux, durable, ancré dans les territoires, et qui correspond comme vous le soulignez à des attentes actuelles de la société et des consommateurs.
 

Quelle place le Développement Durable tient-il dans la stratégie de Tereos ?

La durabilité est au cœur du modèle et de l’engagement de Tereos. C’est l’un des piliers fondamentaux de notre programme de transformation Ambitions 2022.Nous soutenons depuis 2017 les engagements de l’ONU en faveur du développement durable en adhérant à son programme, et nous sommes engagés au quotidien sur sept de ces Objectifs de Développement Durable. Par exemple, plus de 60% de nos approvisionnements en productions agricoles sont aujourd’hui certifiés durables par des programmes comme SAI ou Bonsucro. En France, 100% de nos associés coopérateurs sont classés « or » et « argent » par la plateforme SAI pour la betterave. Nos équipes sont aussi engagées au quotidien aux côtés des agriculteurs pour développer des pratiques agricoles conciliant performance agronomique et respect de l’environnement. Notre modèle, qui d’une façon générale repose sur des relations de proximité et pérennes avec le monde agricole, nous permet de maîtriser les pratiques sur l’ensemble de la chaîne de valeur et de garantir à nos clients un approvisionnement issu de filières directes et sécurisées. Nous sommes également engagés très fortement en faveur de la transition énergétique de nos usines, de la décarbonation de nos opérations logistiques ou des transports. Nos activités sucrières françaises viennent d’ailleurs de recevoir la notation A- pour notre gestion de l’énergie, ce qui nous classe parmi les acteurs les plus performants au sein de l’industrie agro-alimentaire.
 



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