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Ancien des services de renseignement belges, Bernard Snoeck dénonce "l'amateurisme" de son pays en matière de contre-terrorisme





Le 23 Mars 2016, par La Rédaction

Dans une tribune au vitriol, publiée via le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R), Bernard Snoeck, ancien membre du Service général du renseignement et de la Sécurité (SGRS – Services de renseignement belges), dénonce l’incurie des autorités belges de tous niveaux ces dernières années, qui ont laissé prospérer des cellules terroristes sur le territoire belge par négligence ou intérêt bien compris.


La fumée s’est à peine dissipée sur plusieurs lieux de la ville de Bruxelles, que commencent l’enquête et de légitimes interrogations sur ce qui s’est véritablement passé : comment cela a-t-il pu se produire dans un contexte de sécurité renforcée ? Si la responsabilité directe de ces attentats ne fait pas de doutes, surtout depuis les revendications par l’Etat Islamique, nombre de personne se demandent comment un groupe terroriste manifestement très bien organisé a pu, dans le contexte post-attentat de Paris, planifier des opérations coordonnées complexes, et frapper la capitale Belge.

Bien que le temps du deuil soit à peine commencé, nombre de commentateurs pointe l’indigence politique belge de ces dernières années, qui a permis à des quartiers entiers de Belgique de devenir des plaques tournantes de l’Islamisme radical et du takfirisme. Des responsables politiques de tous bords auraient laissé prospérer en toute connaissance de cause des îlots d’extrémisme islamique à des fins purement électoralistes. Bernard Snoeck, Ancien membre du SGRS, spécialiste du contre-espionnage opérationnel et du contre-terrorisme, ne prend pas de gants pour désigner selon lui les responsables de cette situation : « J’accuse les responsables politiques de n’avoir jamais voulu comprendre la montée de l’islam radical et de l’avoir délibérément ignorée pour cause d’électoralisme et de « politiquement correct ». Je les accuse d’avoir laissé plusieurs communes belges développer un radicalisme djihadiste depuis des années, au point qu’un responsable socialiste m’avait un jour dit « nous connaissons le problème de Molenbeek mais, que voulez-vous, c’est un électorat qu’on ne peut négliger ». » Si le quartier de Molenbeek vient en effet tout de suite à l’esprit, particulièrement depuis les attentats de Paris du 13 novembre 2015, ce n’est pas le seul problème pointé du doigt.

Bernard Snoeck souhaite également attirer l’attention sur la déshérence dans laquelle ont été laissés les services de renseignement belges, en termes de moyens ou d’orientations. Le problème est connu depuis la fin de la guerre froide dans la plupart des pays occidentaux, mais il semble que le phénomène a pris une proportion inédite en Belgique : « J’accuse les responsables politiques, à tous les niveaux, de ne pas donner les moyens nécessaires et indispensables aux services de renseignement et de police, de continuer à les sous-financer chroniquement et de ne pas mettre en place les législations qui permettraient une action efficace. Le renseignement surtout manque de moyens. Je les accuse de ne pas former suffisamment le personnel des services et de préférer les nominations politiques à celles de dirigeants compétents. » Lucide sur l’institution qui l’a employé, Bernard Snoeck n’est pas tendre non plus avec les services de renseignement d’aujourd’hui, indépendamment des conditions dans lesquelles ils exercent, et dénonce l’incompétence de plusieurs chefs du renseignement qui se sont succédé à sa tête. « J’accuse le contre-terrorisme militaire d’amateurisme : manque criant d’inspecteurs de terrain […] et manque critique de connaissances sur l’islam radical. » Tout le monde en prend donc pour son grade, mais cela ne serait pas aussi important si le résultat de ces problèmes, connus et partagés par plusieurs pays européens, ne se chiffrait pas en dizaines de morts à chaque fois.
 
Retrouver l’intégralité de la tribune de Bernard Snoeck sur intelligencesecurity.org




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