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Anonymat, liberté, inclusivité : pourquoi le cash est toujours aussi essentiel





Le 2 Janvier 2023, par La Rédaction

Paiement sans contact, nouvelles applications sur smartphone, dépenses par Internet… L’argent se digitalise de plus en plus. La preuve d’un désintérêt pour le cash, voué à disparaître ? Rien n’est moins sûr, tant le liquide occupe encore une place importante dans nos sociétés et nos économies. Si le cash demeure aussi essentiel aujourd’hui, c’est surtout parce qu’il garantit l’anonymat et protège les libertés individuelles.




La pandémie de la Covid-19 était censée donner le « coup de grâce » à l’argent liquide, accablé de tous les maux : sale, peu pratique, incontrôlable, facilitant les trafics et les fraudes… Pourtant, les Africains n’ont pas fondamentalement changé leur rapport aux moyens de paiement. Les échanges digitalisés ont été, certes, stimulés, mais le cash reste la référence pour de nombreux échanges quotidiens. Cela n’a rien d’étonnant, tant les qualités et les atouts de l’argent liquide sont nombreux : anonymat, gratuité, inclusivité sociale et économique… Tour d’horizon de toutes les raisons qui font que, même aujourd’hui, avoir des espèces est toujours aussi essentiel.  

 
Le cash est le seul moyen de paiement gratuit et universel

Le liquide est aujourd’hui concurrencé par une multitude de moyens de paiement plus ou moins nouveaux : chèques, cartes bancaires avec ou sans contact, paiements sur Internet, applications de paiement sur smartphone, cryptomonnaies…
À force de dématérialiser l’argent, on ne sait plus ce que l’on dépense et il plus difficile de contrôler son budget convenablement. Selon une étude menée pour la Banque de France en 2019, seulement 35 % des personnes qui payent en carte sont capables de donner le montant, contre 70 % des gens qui ont réglé en cash. Lorsque nous payons en espèces, nous voyons concrètement passer l’argent entre nos mains, à l'inverse des mode de paiements tels que les paiements sans contact, les prélèvements automatiques, ou encore les abonnements.

Si ces alternatives au cash se sont démocratisées, notamment chez les jeunes générations, elles ont pourtant le désavantage majeur de ne jamais être (vraiment) gratuites. Les cartes bancaires, par exemple, ont besoin d'un terminal de paiement souvent assez coûteux pour fonctionner, ainsi qu'un accès à Internet, un raccordement à l’électricité… Sans parler des frais de réseau à payer sur chaque transaction qui viennent alourdir la note. Enfin, côté client, on paye aussi bien souvent sa carte bancaire.

Les espèces sont, à l'inverse, entièrement gratuites, en plus d’être universellement acceptées. Elles n’ont pas besoin d’Internet ou d’électricité pour fonctionner, ce qui peut se révéler vital dans les situations de crise, provoquées par exemple par une guerre ou une catastrophe naturelle. En 2017, l’ouragan Maria a ainsi entraîné des pannes monumentales d’électricité à Porto Rico, en plus des évidents dégâts provoqués aux infrastructures et aux habitations. Les terminaux de paiement étant tous rendus inutilisables, le cash est subitement devenu indispensable pour que les habitants puissent effectuer leurs achats de première nécessité. La Fed a d’ailleurs dû faire acheminer du liquide vers Porto Rico pour que l’île puisse maintenir son activité économique et que les habitants ne se retrouvent pas dépourvus de tout moyen de paiement.

Un an après l’éruption du volcan Nyiragongo dans l’Est de la République Démocratique du Congo, une initiative consistant à faciliter les échanges en Bitcoin pour les sinistrés a vu le jour. Une démarche beaucoup plus longue et incertaine que l’aide avec de l’argent liquide, avec notamment la nécessité de délivrer des smartphones et des formations à l’utilisation à la monnaie numérique. Bref, les avantages du cash en situation de crise sont incomparables.

Il faut également anticiper le cas d’une cyberattaque de grande ampleur ou une de panne généralisée du système électronique bancaire. Deux situations qui empêcheraient tout règlement par carte. Le liquide constitue donc le moyen de paiement le plus résilient qui soit : sa valeur est garantie par les banques centrales nationales et aucun obstacle technique ne pourra jamais l’empêcher d’être utilisé pour des paiements, même dans les crises les plus graves.  
 

Le liquide protège l’anonymat et les données personnelles

En plus d’être résilient et gratuit, l’argent liquide protège aussi les données personnelles et l’anonymat des payeurs. Effectivement, les données personnelles sont aujourd’hui de plus en plus prisées par les États et les grandes entreprises, que ce soit pour traquer nos habitudes de consommation ou bien pour évaluer notre crédit social et nos capacités de remboursement, comme c’est le cas par exemple en Chine ou aux États-Unis. Les données personnelles ont une valeur extrêmement élevée : le marché mondial de la data était estimé à 198 milliards de dollars en 2020 !

Les modes de paiement électronique et par carte bancaire laissent des traces : sur les sites de vente en ligne, dans les commerces, mais aussi du côté des banques. En l’état, il est souvent impossible d’être certain que les données liées à notre historique d’achats ne soient pas un jour revendues à des fins commerciales ou politiques. À l’inverse, l’argent liquide garantit l’anonymat et protège les données personnelles des payeurs.

Les détracteurs du cash estiment que cet anonymat et l’intraçabilité du liquide permettent toute sorte de trafic, de commerce illégal ou de fraude (notamment fiscale). Mais, au contraire, les trafics et les montages frauduleux les plus importants impliquent souvent des sommes d’argent trop importantes pour être en cash. Les cryptomonnaies sont par exemple énormément utilisées pour blanchir de l’argent sale, et elles seraient même utilisées par des oligarques russes pour échapper aux sanctions économiques des pays occidentaux. Plus globalement, le cabinet d'analyse Chainalysis estimait, dans un rapport rendu en janvier 2022, que les transactions en cryptomonnaie liées à des activités criminelles représentaient près de 14 milliards de dollars pour la seule année 2021.

Le scandale des Pandora Papers prouve également bien comment un système de fraude fiscale de grande ampleur peut se mettre en place grâce à des comptes en banque électroniques. En effet, le plus souvent, les fraudeurs font transiter l’argent par une cascade de sociétés-écrans domiciliées dans des paradis fiscaux : Îles Vierges britanniques, État du Delaware, Panama… L’argent passe alors par une succession de comptes bancaires avant d'être utilisé pour réaliser des transactions diverses : acquisition de villas, hôtels particuliers, yachts… In fine, ces transactions n'ont jamais impliqué un seul billet de banque ou une seule pièce de monnaie, tout a été réalisé de façon électronique. Ce qui tend à prouver que le cash n'est, a minima, pas plus susceptible d'être utilisé pour des fraudes que les autres moyens de paiement.
 

Le cash garantit l’inclusion des personnes isolées et fragiles

Le cash est, enfin, un excellent vecteur d’inclusivité sociale et économique. Le liquide joue effectivement un rôle fondamental pour les personnes en situation de difficulté économique et celles étant peu à l’aise avec la technologie et les nouveaux moyens de paiement.

Tout d’abord, il reste le seul moyen de paiement accessible à toutes les personnes qui ne disposent pas d’un compte en banque. La Banque Mondiale estime qu’un quart de l’humanité est concerné. En Afrique centrale et de l’Ouest, seule une personne sur cinq est titulaire d’un compte bancaire. Le liquide constitue donc le seul moyen pour 80 % de la population de ces régions de ne pas être davantage exclu du système économique.

Enfin, l’argent liquide est indispensable pour tous les ménages et tous les individus qui ont une faible maîtrise des nouveaux outils connectés. En Afrique subsaharienne, 89 % des personnes aptes à utiliser des outils digitaux n’ont pas accès à des ordinateurs. Pour toutes ces personnes souffrant d’ « illectronisme » – inaptitude à utiliser les outils numériques du quotidien, par manque d’accessibilité, de moyen, ou de formation –, l’argent liquide représente l’unique moyen de paiement véritablement utilisable. Le cash devient de ce fait plus qu'un simple outil pour nouer des transactions : il garantit aux personnes les plus fragiles et les plus pauvres une participation à l’économie, et représente ainsi un facteur de lutte contre les inégalités. Preuve que le cash reste encore et toujours essentiel, même dans nos sociétés de plus en plus connectées.
 
 




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