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Aya Mcheimeche, auteure de "Armes 2.0, le pouvoir des mots" sur la communication de l'état islamique





Le 11 Mars 2019, par La Rédaction


Pourquoi avoir choisi de se concentrer sur la communication de l’État islamique ?

L’idée d’un ouvrage m’est venue après avoir écrit mon mémoire sur le sujet. Le travail et l’écriture en avaient été très durs psychologiquement. Je voulais que ce travail vaille vraiment le coup, une sorte de consécration. L’envie d’écrire sur ce sujet plus particulièrement m’est venue suite à deux attentats, l’un en France et l’autre au Liban, mes deux pays d’origine. Ces attentats ont été revendiqués par l’État islamique, groupe terroriste qui décrivait un aspect de l’islam que je n’avais jamais connu auparavant alors que je viens d’une famille musulmane dont les membres sont croyants et pratiquants. La curiosité l’a emporté. J’ai découvert une communication très bien rodée et très bien écrite, qu’il m’a paru important d’étudier.

Avez-vous fait face à certains problèmes pour avoir accès aux publications de l’État Islamique ?

Pour que je puisse commencer à travailler sur le sujet, mon directeur de mémoire, François-Bernard Huyghe, ainsi que mon école, l’IRIS Sup, ont du contacter un service de la Direction Générale à la Sécurité Intérieure (DGSI) qui est en charge de signaler les personnes qui vont effectuer des recherches sur des sites peu fréquentables pour des raisons académiques. 
Cela dit, finalement je n’ai pas eu besoin de consulter ces sites, car les vidéos et les revues de l’État Islamique sont disponibles sur un site anglais, Jihadology, en libre accès.

Comment les publications de l’État Islamique se présentent-elles ?

Il y a une grande ressemblance visuelle entre les revues de l’État Islamique et les revues occidentales par exemple. Les codes visuels sont similaires. Lorsque l’on apprend que ces revues sont rédigées par des combattants étrangers, la similarité semble par la suite moins surprenante. On y trouve des reportages photos, des publicités, des anecdotes, des témoignages, etc. L’écriture est fluide et ne retranscrit pas une violence brute comme l’on pourrait s’y attendre.
Les vidéos, quant à elles, sont plus inspirées du cinéma et des jeux vidéo. Elles sont violentes, mais « esthétiques ». Il y a une vraie réflexion sur les cadres choisis, la façon de filmer les protagonistes. C’est théâtral.
L’État Islamique fait également attention au public ciblé. Les vidéos sont faites pour persuader de potentiels combattants de se déplacer vers l’Irak et la Syrie, alors que les revues sont plus intellectuelles. Elles ont pour but de recruter du personnel plus qualifié, comme des médecins, des avocats, des juges. Tout est calculé.

De quelle manière l’État Islamique fait la promotion de son action à l’étranger et à l’intérieur des territoires occupés ?

La promotion de son action se fait principalement par les réseaux sociaux, aspect de la communication de l’État Islamique sur laquelle je n’ai pas voulu me pencher dans mon ouvrage, car il existe d’ores et déjà beaucoup d’études sur la question. Ensuite, il y a les vidéos et les revues. L’État islamique utilise également leurs cellules dormantes et actives à l’étranger. A chaque attentat par exemple, le protagoniste doit faire une vidéo pour dire qu’il commet cet acte au nom de l’État islamique. Au sein de leur territoire, les revues étaient distribuées en papier, dans lesquelles on pouvait trouver un nombre important de reportages sur les actions de l’État Islamique sur les territoires de l’Iraq et la Syrie.

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Est-ce la fin de l’État Islamique ?

Une fin dans un sens, mais surtout le début d’autre chose. Nous pouvons parler d’une « fin » de l’État Islamique tel que nous le connaissons en Syrie et en Iraq. Cependant, l’État Islamique existe toujours contrairement à ce qu’on a pu en dire. Il se déplace et s’installe ailleurs, en Afghanistan principalement, mais également en Libye et aux Philippines pour ne citer que quelques pays. On en parle moins, car dans l’inconscient collectif il y a cette idée qui dit « C’est l’Afghanistan. Ça à toujours été comme ça ». Il y a peu de chance que l’État Islamique soit un jour de nouveau aussi puissant territorialement qu’il ne l’était en Syrie et en Iraq, car aujourd’hui les cellules actives sont trop éloignées les unes des autres. Cependant, il est fort probable que dans quelques années nous assistions à la création d’un nouveau groupe semblable à l’État Islamique avec de nombreux anciens combattants, comme ce fut le cas entre Al-Qaïda et l’État Islamique. Cette « nouvelle version » de l’État Islamique bénéficiera des acquis de ce groupe terroriste et ne pourra qu’être plus redoutable. L’État Islamique et Al-Qaïda seront toujours là pour assurer les fondements de cette nouvelle terreur.



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