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Cléon Peterson dénude la violence de notre société





Le 5 Avril 2019, par Bérénice Muller

Inspiré par un passé difficile, Cléon Peterson exprime une société violente à travers une œuvre minimaliste.


Cléon Peterson est un artiste né à Seattle en 1973. Il est actuellement basé à Los Angeles. Élevé par une famille qui encourage la création, il est hospitalisé de nombreuses fois en raison de son asthme et en profite donc pour dessiner. Lorsqu’il a 20 ans, il quitte sa famille pour aller s’installer à New York. Il vit une période difficile. Accro à l’héroïne, il sombre progressivement et fait quelques passages en prison, hôpital psychiatrique et centre de désintoxication. Cette période sombre a une influence essentielle dans son œuvre. Cléon Peterson fait la connaissance de Shepard Fairey et devient son directeur artistique en 1998. En 2013, il collabore avec ce dernier pour sa marque, OBEY. Ils réalisent ensemble une « collection capsule » autour de l’univers graphique de Peterson. L’artiste s’est d’abord fait connaître en tant que graphiste. Il a réalisé de nombreux logos de skateboard comme ceux de Fundation Skateboards, Pig Wheels ou Zero Skateboards.
 

Grâce a son vécu, Peterson développe un univers artistique unique. Il s’inspire de la violence urbaine, de la pauvreté, des ghettos, mais encore des vases gréco-romains, des peintures de Goya ainsi que du philosophe Thomas Hobbes : « la vie est une guerre, la déviance une norme, l’Homme est seul face à ses cruels semblables », pour exprimer l’ordre, la morale, la domination, les jeux de pouvoir, l’oppression. Le chaos est maître dans ses peintures. Elles représentent des personnes animées par la haine, symbolisant la lutte entre la soumission et le pouvoir. L’artiste peint « une réalité que tout le monde n’a pas forcément vécue, mais qui existe, qui est là dehors. Il y a un genre de vie primaire qui va avec cette misère, c’est ce que j’essaye d’aborder dans mes peintures ».

L’esthétique de sa peinture est dite « flat », le graphisme est minimaliste, composé d’aplats. Sa technique est très précise, il utilise un fond monochrome (rose, rouge, jaune, blanc, beige, doré), met en place de petites scènes de deux à huit personnages, tous dans un même décor ou en cercle. Les agresseurs et les victimes sont identiques, mais reconnaissables.

En 2009, Cléon Peterson expose pour la première fois seul à Los Angeles et multiplie les projets. En 2014, il expose au Palais de Tokyo une fresque de 48 mètres de long qu’il appelle « Power ». Junkies, policiers, SDF et bourgeois y sont représentés en train de se battre. Le combat paraît épique. De cette chorégraphie meurtrière émane notamment une violence psychologique. Lorsqu’on est face à cette fresque, on se retrouve bloqué devant ce combat, comme dans un cauchemar. Pourtant, Cléon Peterson ne cherche pas à effectuer un jugement moral. Il essaie de lutter contre le dualisme qui sépare le monde entre le bien et le mal, la raison et la folie, les criminels et la loi. Il explique : « Je m’inspire de mon expérience passée dans les rues de New York dans les années 1990, lorsque j’étais accro à l’héroïne et livré à moi-même. Ma famille m’avait tourné le dos, je suis passé par la prison et les hôpitaux psychiatriques. C’est une expérience intéressante d’être dépendant à la drogue, de se réveiller en étant désespéré chaque jour, d’être fauché. »

Aujourd’hui, il continue ses expositions partout dans le monde.


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