Journal de l'économie

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Comment devons-nous traiter la Chine ?





Le 18 Mai 2020, par Nicolas Lerègle

Comme les Etats-Unis ou la Russie, la Chine n’est pas un partenaire comme les autres. Les Etats-Unis qui sont, sur le papier un allié, montrent une forte propension à espionner et nuire à leurs alliés, essentiellement dans le domaine économique à comprendre au sens large. La France n’est pas épargnée et subit régulièrement son lot de manœuvres plus ou moins loyales utilisant, de l’extraterritorialité du dollar aux services de renseignement en passant par la justice instrumentalisée, tous les moyens disponibles.


Image Wikipedia
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D. Trump est de ce point de vue le porteur d’une tradition qui ne s’est jamais démentie depuis 1945. Aucun secteur d’activités n’est épargné et tant que nous aurons des champions nationaux ou des concurrents trop visibles il en sera ainsi. Maintenant l’esprit américain ne nous est pas complétement inconnu et permet, si on accepte de ne pas trop faire preuve de candeur, de s’y préparer.

La Russie est dans une position plus claire et ambigüe à la fois. Nous sommes habitués à ce que l’URSS puis la Russie aujourd’hui nous espionne et cherche à nuire à nos intérêts sans pour autant être un concurrent économique boxant dans les mêmes catégories. La logique asymétrique d’opposition qui caractérisait nos relations avec ce pays perdure encore mais mérite quelques correctifs. La Russie est toujours un géant aux pieds d’argile que les variations des cours des matières premières déséquilibrent. Mais avec Vladimir Poutine ce géant a de l’agressivité et une vision de pouvoir et de ses intérêts qui ne reposent plus sur l’idéologie marxiste. L’autoritarisme politique est mâtiné de la prise de conscience que si la raison du plus fort est toujours la meilleure, le fort aujourd’hui est avant tout le plus riche. Ce qui n’est pas encore le cas et de loin.

La Chine c’est autre chose. Qu’on le veuille ou non la Chine est au mieux un ennemi passif au pire un ennemi actif, mais structurellement et culturellement elle ne peut pas être une alliée. Il serait peut-être temps de le comprendre et d’en tirer les conséquences qui s’imposent. En cela la crise du Covid-19 a peut-être été salutaire dans cette démarche de compréhension.

Encore une fois une pandémie trouve sa source virale dans l’Empire du milieu dont les pratiques alimentaires, les conditions d’hygiène, la promiscuité et les nombreuses interactions hommes/animaux favorisent l’éclosion de virus. Ce phénomène qui est aussi connu en Afrique est, en Chine, renforcé par une culture politique du secret, une volonté maladive de ne pas perdre la face, une certaine forme culturelle de mépris pour la vie humaine, une pratique politique du mensonge et de la dissimulation et, fait aggravant, un développement économique qui rend la Chine incontournable comme partenaire avec tout ce que cela comporte comme échanges de marchandises et de voyages de personnes.

Ce constat est difficile à poser froidement pour une classe politique tétanisée à la pensée de froisser un partenaire d’importance, ce dernier ne se privant pas pourtant de tancer ceux qui ne partagent pas sa vision du monde. Rappelons le message de l’ambassadeur de Chine en France qui expliquait que la France avait fait le choix de laisser mourir les pensionnaires des Ephad. Rappelons dès lors qu’il n’y a que les candides ou aveugles pour penser que la Chine n’a eu « que » 5.000 morts là où toutes les statistiques indiquent que les morts devraient plutôt se compter en dizaines voire en centaines de milliers.

Ce constat est tout aussi difficile à exprimer pour un establishment économique qui est encore persuadé que la Chine est un Eldorado dont ils pourraient être les gagnants, alors même que nous sommes l’Eldorado des chinois qui viennent, sans vergogne pour ne pas dire avec notre complaisance, investir pour mieux imposer une technologie – la 5G de Huawei – une immixtion dans les affaires européennes – investissements stratégiques en Grèce ou en Italie par exemple, voire aéroportuaire en France – une influence économique grâce aux routes de la soie, même si certains pays commencent à renâcler à cette bonté si peu désintéressée.

Une fois ce constat posé la question est de savoir que faire ? relire « l’art de la guerre » de Sun Tzu évidemment. Derrière le caractère un peu téléphoné de ce conseil il convient de le prendre pourtant au pied de la lettre en ne cherchant pas à y voir un simple manuel de polémologie (ce qu’il est) mais aussi un reflet d’un esprit et d’une culture.

Sun Tzu est plus proche de la « guerre totale » prônée par J Goebbels que de « messieurs les Anglais tirés les premiers » du comte d’Anterroches lors de la bataille de Fontenoy (1745). Le judéo-christianisme est certainement moins adapté que le confucianisme pour évoluer dans un univers où tous les coups seraient permis ! Les manœuvres militaires chinoises dans son pré carré, la mer de Chine par exemple, ne laissent rien augurer de bon. On peut craindre que la reprise en main de Hong Kong pourrait se faire sans états d’âme et avec l’inaction des puissances occidentales qui n’ont pas plus envie de mourir pour Hong Kong qu’elles n’avaient l’intention de le faire pour Dantzig.

Que faire ? Oui la question est délicate. Les démocraties sont moins armées pour les rapports de forces que les régimes autoritaires, comme la Chine, qui n’ont que faire d’une opinion publique sous contrôle.

Les années qui s’annoncent vont être délicates car le Covid-19 a considérablement affaibli nos économies. Ce virus nous a rendu vulnérable dans tous les sens du terme, l’Union Européenne a perdu de sa vigueur, les Etats-Unis ont montré que la santé était un sujet économique comme un autre ce qui avait été un peu oublié, nos dépendances par rapport aux médicaments, aux masques et autres produits de première nécessité dont la production avait été trop facilement délocalisée.

Que faire ? Peut-être déjà prendre conscience de la réalité du monde qui fait qu’un virus peut affaiblir l’Ouest et, si on n’y prend garde, renforcer l’Est.


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