Journal de l'économie

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Dans la tête de l'officier 2.0





Le 23 Septembre 2020, par La Rédaction


Votre ouvrage « Dans la tête de l’officier 2.0 » vient de paraître chez VA ÉDITIONS ; le sujet concerne-t-il seulement les militaires ?

Dès lors que votre organisation emploie des moins de 40 ans, et qu’un système managérial prévoit une organisation hiérarchique, ce livre est susceptible de vous intéresser.
Il traite d’un sujet, qui finalement, nous concerne tous aujourd’hui, celui de la révolution anthropologique qu’engendre le numérique sur les nouvelles générations.
 
Il y a une centaine d’années, Lyautey estimait que celui qui n’est que militaire n’est qu’un mauvais militaire, que celui qui n’est que professeur n’est qu’un mauvais professeur, que celui qui n’est qu’industriel n’est qu’un mauvais industriel. Selon lui, l’homme complet, celui qui veut remplir sa pleine destinée et être digne de mener des hommes, être un chef en un mot, doit avoir ses lanternes ouvertes sur tout ce qui fait l’honneur de l’humanité. L’officier moderne, mais aussi le manager moderne, n’a pas d’autre choix que de s’adapter s’il veut commander ces soldats nouveaux.

Les jeunes d’aujourd’hui sont-ils moins forts que leurs aînés ?

C’est encore une autre dimension que d’ajouter à l’ère numérique ces changements générationnels qui engendrent des jeunes potentiellement moins « denses » devant l’adversité, mais dont la vision stratégique demeure pertinente.
 
La vision que l’on pourrait porter aujourd’hui, en 2020, sur le « jeune soldat », qu’il appartienne aux corps militaires, ou aux forces de sécurité intérieure, mais également aux sapeurs-pompiers aurait tendance toutefois à rester souvent négative dans la tête des plus anciens dès lors que l’on aborde les questions de lien au numérique, de communication ou de « débrouillardise ». Pourtant, même si le constat empirique est assez général, l’observation attentive de nos jeunes peut également nous révéler des sources de richesses inattendues. Il n’y a qu’à observer le comportement des jeunes soldats de la BSPP[1] moins d’un mois après l’explosion ayant dévasté une boulangerie 6, rue de Trévise dans le 9e arrondissement[2] . Les soldats du feu avaient une nouvelle fois été mis à rude épreuve après un violent incendie du 17 bis rue Erlanger dans le 16e. Leur action a été unanimement saluée et c’est leur détermination doublée d’un courage inébranlable qui était particulièrement mis en avant. En effet, la configuration des lieux – un immeuble sur cour – a rendu l’accès au feu impossible, même avec les moyens élévatoires aériens. Il a donc fallu se tourner vers un dispositif de secours exceptionnel consistant à monter de balcon en balcon une échelle à crochets.
Un moyen de sauvetage particulièrement éprouvant puisqu’il implique d’escalader les étages à la seule force des bras. Au total, les pompiers de Paris ont procédé ce jour de 2019 au sauvetage de 50 personnes. Le Président de la République avait d’ailleurs salué personnellement leur action.
 
Le numérique n’enlève rien à celles et ceux qui sont confrontés à l’épreuve du feu, au contraire, c’est un apport complémentaire à la performance.
Cet ouvrage a donc vocation à être une piste de réflexion vers ce chemin de la compréhension du rôle que peut avoir l’officier qui souhaiterait tirer le meilleur de ses hommes, mais également de l’officier qui souhaiterait donner à ces derniers l’envie de le suivre, jusqu’au bout du monde.
 

C’est pourtant un constat réel, aujourd’hui la notion d’engagement a évolué ?

Cet ouvrage s’adresse également aux soldats modernes, aux jeunes qui ont choisi d’embrasser une carrière d’abnégation. Mais je ne devrais peut-être pas parler de « carrière », car ce mot sous-entend d’y passer toute sa vie professionnelle. Jamais les armées, les corps de la sécurité intérieure ou les pompiers n’avaient vécu cette situation de turnover. On s’engage aujourd’hui, pas nécessairement pour faire carrière, mais pour vivre une expérience, construire un moment de vie, de légende avant de passer à autre chose, à une autre histoire. Un de mes commandants de sapeurs-pompiers me confiait récemment que jamais autant de pompiers professionnels n’avaient démissionné pour tenter des aventures entrepreneuriales ou des reconversions vers d’autres secteurs d’activité. S’engager pour toujours, n’est plus à l’ordre d’une génération qui mise sur l’investissement professionnel, dans le but de se construire des temps de repos à la hauteur de l’illusion vendue par le monde moderne.
 
Même si les rôles, les postures et les fonctions de chacun des acteurs ont beaucoup évolué depuis Lyautey, les valeurs républicaines n’ont pas changé. Comment les défenseurs de la République, depuis les sentinelles de la nation jusqu’à ceux qui les commandent doivent affronter ensemble des menaces nouvelles ? Comment ceux qui prétendent à mener, à diriger, ou à commander devront-il s’adapter à toute une génération née avec et qui a grandi avec le numérique ?
 
Pour les entreprises, les organisations en général, il est évident que celles qui vont manquer leur transformation numérique seront condamnées à mourir, tout simplement. C’est un des principes de la nature, ce qui stagne meurt, c’est un des principes de l’évolution, celui qui ne s’adapte pas à son environnement en devient l’esclave, avant de disparaître.
Il en est de même pour les institutions publiques et pour celles et ceux qui s’y engagent, nous n’avons pas d’autre choix aujourd’hui que de nous adapter à la transformation numérique, à accepter ce changement et plus encore à en tirer profit, à le manager.
 
S’il est bien clair aujourd’hui pour l’ensemble des institutions modernes que la transformation numérique doit être au cœur des préoccupations des dirigeants, et de ceux qui nous protègent, la prise en compte du changement de paradigme mental des nouvelles générations l’est bien moins. Du soldat à l’officier, cet ouvrage a pour ambition de poser une réflexion sur l’impact de l’évolution sociétale provoquée par le numérique sur des schémas de commandement devant eux aussi évoluer.

[1] Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris
[2] L’explosion d’une boulangerie de la rue de Trévise, qui a coûté la vie à quatre personnes, dont deux pompiers



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