Journal de l'économie

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Didier Goutman : "Better and more"





Le 11 Mai 2023, par Bertrand Coty interview

Diplômé d’HEC, consultant et coach depuis plus de 25 ans, Didier Goutman connait bien le monde de l’entreprise, ses logiques et ses excès. Spécialiste notamment des questions de juste place au travail, il accompagne chaque jour des entreprises en tension, des managers en difficulté ou simplement des individus épris de liberté.


Didier Goutman, vous développez dans votre roman publié chez Eyrolles, Better and more, un récit sarcastique sur nos organisations telles qu’actuellement.  Quel constat est à l’origine de votre démarche ?
 
Plus de 25 ans d’expérience en conseil et en coaching m’ont souvent montré que les fonctionnements des grandes organisations s’enlisent facilement dans un activisme mécanique, soutenu par la volonté systématique de faire toujours plus (même quand ça n’a pas de sens), toujours plus vite (même quand ce n’est pas possible), toujours moins cher (même quand c’est destructeur). Car nos sociétés - dans leur ensemble- souffrent en effet de croire que « mieux » veut nécessairement dire « plus ». Alors que c’est parfois faux, et souvent vrai seulement de façon partielle. Je crois ainsi à la courbe de Laffer (du nom de l’économiste américain qui avait théorisé les questions de pression fiscale). À partir d’un certain point, trop de pression tue l’efficacité même de la pression. C’est vrai de la pression fiscale, mais c’est vrai au fond de toute forme de pression, et notamment de la pression managériale. Et c’est aussi ce que raconte Better and More, de façon plutôt réaliste, je crois…

Quelle est l’alternative à nos modes de fonctionnement économiques selon vous ?

Ce n’est pas le travail ni l’entreprise qui est ainsi le problème selon moi, c’est la façon dont l’avidité financière en a corrompu le fonctionnement. Produire en groupe des biens et des services utiles, même si ce n’est jamais simple, ne saurait être un problème en soi… Vouloir faire toujours plus, coûte que coûte, si.

On le voit maintenant aussi clairement à l’échelle planétaire, sur un plan climatique. Il faut donc aujourd’hui que nous apprenions tous ensemble à faire mieux… mais en faisant moins. Donc aussi plus calmement, plus sereinement, plus librement, plus respectueusement… Et c’est aussi ce qui rendra de la motivation aux équipes !

La « grande démission » dont il est largement question aujourd’hui n’est jamais que la réponse silencieuse à cette absurdité systémique… Si le fonds d’investissement qui a racheté l’entreprise veut bien sûr toujours plus de résultats, toujours plus vite, maintenant, encore… en quoi ça me concerne au fond ? En quoi ça rend mon travail intéressant ? Pourquoi collaborer ? Où est le sens pour moi ?

Comment envisager le management de l’entreprise au côté de l’IA ?

Là je ne suis pas sûr d’avoir de réponses intéressantes à vous offrir aujourd’hui, c’est un tout autre sujet… même si très important aussi bien sûr :) Mais on ne peut envisager l’IA que comme un levier (puissant) de solutions pour simplifier, automatiser, accélérer. Il y a et il y aura des limites à ce que nous pourrons ou voudrons faire sans interface humaine. En tant que consommateur, producteur, manager ou citoyen, ce sera aussi à chacun de poser des limites.

L’entreprise humaine a-t-elle encore un sens et lequel dans ce contexte ?

L’entreprise sera humaine ou ne sera pas. Il ne peut pas y avoir durablement d’entreprise inhumaine ! Même si l’IA est capable d’automatiser de nombreuses fonctionnalités répétitives, il faudra toujours des individus pour imaginer, définir, décider, piloter, et aussi programmer, requêter, retraiter, analyser, checker, corriger, optimiser, exploiter. Et bien sûr, accompagner, soigner, servir, rassurer, éclairer… On peut espérer ainsi (mais avec prudence…) que l’IA fasse disparaître les bullshit jobs et oblige chacun à se concentrer sur plus libre, plus vivant, plus créatif, plus essentiel. Mais à condition bien sûr de ne pas s’en servir une fois encore et seulement pour faire toujours plus, plus vite et moins cher.
 

Parution le 1er Juin 2023



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