Journal de l'économie

Envoyer à un ami
Version imprimable

Éco, écolo et logique sont sur un bateau. Qui tombe à l’eau ?





Le 28 Juin 2021, par Philippe Cahen

Si la France était peu tournée vers l’écologie à la fin du siècle dernier, c’est tout l’inverse aujourd’hui au nom de la nécessité, mais pas au nom de la logique. En ignorant l’urgence pour l’un, en ignorant l’économie et le social pour l’autre, le bateau tangue dangereusement. Pour le futur, c’est catastrophique. Sauver la Terre sans sauver l’Homme, et réciproquement, ne mène à rien.


Image Pixabay
Image Pixabay
Il y a urgence

Le brouillon du rapport du GIEC pour février 2022 a opportunément fuité ce mois de juin 2021, cinq mois avant la COP 26 de novembre 21 à Glasgow. Il conclut sur un réchauffement climatique aux retombées « cataclysmiques ». C’est une manière de présenter les conclusions réelles avant l’accord des pays qui adouciront le propos.

Pour chacun et notamment ceux hésitent encore à agir contre ce dérèglement, la situation est particulièrement grave et il convient d’urgence de diminuer drastiquement la production de carbone, et de reverdir notre planète. L’urgence de l’action se compte en peu de décennies, pas en siècles.

S’il y a une dizaine d’années, nombreux sont ceux qui en doutaient encore, les climatosceptiques sont rares aujourd’hui. En France, les propriétaires de 10 millions de maisons individuelles soumises à RGA, ‘retrait gonflement des argiles’, sont conscients que leurs maisons peuvent s’effondrer suite à un affaissement, un tassement ou un glissement de terrain après de fortes pluies alternant avec des périodes de fortes sécheresses.

Il faut sauver notre Terre

L’écologie est devenue un thème central, incontournable, de tous les politiques. Les élections régionales de juin 2021 en ont été une démonstration. Le sujet de l’écologie dépasse aujourd’hui la question de la prise en compte, c’est celui de la mise en œuvre qui s’impose.
Trop souvent, la mise en œuvre est partielle développant des effets pervers par logique incomplète.

Les ampoules LED, par effet pervers de leur faible consommation, ont multiplié par deux leur éclairage de nuit en 20 ans au détriment de la vie animale et de la santé humaine, et sa lumière bleue est nocive pour la biodiversité. Il faut ajouter que les ampoules sont souvent importées d’Asie et ont complexifié leur recyclage. Il conviendrait sur le plan carbone d’ajouter le prix du carbone « importé » par non-production en France ce qui ne compenserait pas les emplois perdus. Cet exemple est multipliable. En voici des exemples connus. Des signaux faibles de la pensée en silo.

En matière d’énergie, les élections régionales ont démontré une opposition farouche aux éoliennes pour des raisons de bruit, de visuel (pourtant les paysages sont striés de poteaux et câbles électriques). Le recyclage des éoliennes – importées - n’est pour l’instant pas évoqué puisque leur durée de vie est de 18 ans qu’elles n’ont pas encore atteinte. Ce sont les pales qui ne font que 6 % du poids des éoliennes, mais sont en matériaux composites, qui sont difficilement recyclables. L’éolien offshore est farouchement condamné alors que le Royaume-Uni vise 40 GW d’ici 2030 (pas une éolienne de mer en France). Si ce n’est l’éolien, c’est donc le solaire.

Ici les milliers d’hectares de prairies sont recouverts de panneaux solaires importés de Chine. Ils ne posent pas d’opposition. Pourtant c’est un massacre du paysage et des emplois déportés en Chine. Ces deux énergies ne sont renouvelables qu’en tant qu’énergie, mais leur effet pervers est de développer des emplois en Chine et de ne pas savoir comment recycler le matériel.

En revanche, l’opposition est farouche contre le nucléaire qui ne produit pas de carbone, ce que de nombreux écologistes semblent ou veulent ignorer. Or l’urgence à baisser la production de carbone est l’affaire de quelques courtes décennies, alors que les déchets nucléaires sont l’affaire de siècles. Tout est fait pour condamner la filière, sauf à créer une filière « démantèlement de centrales » en oubliant l’avantage coût que représente cette énergie pour financer le développement des énergies dites renouvelables et baisser les coûts de l’électricité notamment dans l’industrie. Par effet pervers, le nucléaire contribue à l’exportation d’emplois (en installation des productions d’énergies renouvelables) et une baisse de compétitivité de la France (en garantissant un prix élevé pour ces énergies).

L’industrie justement va se retrouver face au « crime d’écocide ». Autant dire que l’industrie est de plus en plus réticente à ouvrir des sites de production en France. Ils seront déportés vers d’autres pays. La prison n’est pas réjouissante pour un directeur d’usine. Les juges, face à l’industrie, sont de plus en plus sensibles à l’écologie même si ne n’est pas l’objet du litige. Or pour produire des éoliennes, il faut accepter l’exploiter le tungstène de la mine de Salau en Ariège, pour produire des panneaux solaires, il faut sauver la filière silicium de la vallée de la Maurienne, et pour produire des batteries, il faut accepter une filière de lithium en Alsace. Avec le deuxième territoire maritime du monde, la France devrait rechercher les matériaux nécessaires à la transition énergétique et numérique.

Les déchets ne devraient pas être exportés en Asie ou en Afrique ou s’amonceler sur notre territoire selon les filières. Les déchets sont une mine de matières premières. La vision « propre » qui se développe en France est d’importer ce qui est « sale ». Pour l’instant, la France, au carrefour de nombreux axes routiers européens, se couvre d’entrepôts et exporte ses emplois industriels et d’extraction au nom d’une Terre propre. C’est plutôt hypocrite tout en ayant conscience que cela bétonne de la terre arable.

Il faut aussi sauver les Hommes

L’écologie française est loin de l’écologie allemande qui pourrait gagner les élections de septembre 21, comme les syndicats allemands sont loin des syndicats français. C’est une culture économique ET sociale qui manque. Le chômage partiel qui a été développé en France pendant la crise du Covid-19, est né du constat allemand pendant la crise des Subprimes de 2008 : mieux vaut travailler moins, mais travailler, que perdre un emploi et demain chercher un nouvel employeur.

Cette logique pourrait s’appliquer aux transports. Si l’on veut moins de voitures individuelles, il faut trouver un transport de substitution notamment pour les distances supérieures à 3 km. Ce peut être un transport doux comme le vélo… électrique (avec des batteries chinoises), le bus, le taxi individuel ou collectif, le tramway ou le train. Mais il faut aussi traiter la fluidité et la sécurité de chaque transport et ne pas laisser se développer une hystérie agressive du chacun pour soi, chacun dans son couloir.

L’écologie protège son silo de pensée, l’économie protège son silo de pensée. La logique qui voudrait un travail commun ne fonctionne pas. La France perd son industrie, ses agriculteurs, ses éleveurs. La crise climatique dans laquelle nous sommes exige un regard multiple, hors de la pensée en silo. Un regard de prospective.

Sauver la Terre sans sauver les Hommes est glorieux. Sauver les Hommes sans sauver la Terre est inutile. L’écologie doit être solidaire de l’économie et du social. Si l’un tombe, l’autre tombe.
 
Je repars en plongée…

Philippe Cahen
Conférencier prospectiviste
Dernier livre : « Méthode & Pratiques de la prospective par les signaux faibles  », éd. Kawa
 


France | International | Entreprises | Management | Lifestyle | Blogs de la rédaction | Divers | Native Advertising | Juris | Art & Marché | Prospective | Industrie immobilière | Intelligence et sécurité économique - "Les carnets de Vauban"













Rss
Twitter
Facebook