Journal de l'économie

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Emergence d'une école de pensée italienne d'intelligence économique





Le 14 Décembre 2018, par Hubert De LANGLE


JDE : La scène actuelle de la compétition économique — comme celle entre la Chine et les USA par exemple — est-elle en train de caractériser de plus en plus les relations entre pays ?

Certainement. Dans mes deux derniers essais [1] , grâce à une lecture méthodologique féconde comme celle inspirée par l’École de Guerre Économique française, j’éradique définitivement le mantra post bipolaire du multilatéralisme, étant entendu comme phase de détente et d’acceptation de règles partagées, ainsi que les approches « néomarxistes » qui évoquaient l’érosion de la souveraineté nationale, de l’augmentation de l’autonomisation des acteurs économiques. L’État, dans ma réflexion réaliste, reste le protagoniste de l’arène mondiale même du point de vue économique.
 
C’est d’ici que naît la nécessité de s’équiper des instruments nécessaires pour affronter la compétition internationale pour l’édification d’un réel système-pays. Les États-Unis, sur ce point, ont été des « maîtres » : conscients du fait que les adversaires géoéconomiques sont souvent des alliés géopolitiques ils ont décliné la « technique d’attaque » en termes de   « force d’influence ». Rien de tout cela ne serait possible sans l’implication des services de renseignements et sans l’utilisation de l’information comme instrument de domination. Cette dernière, même si elle ne fait pas disparaître les options de la guerre économique, est un instrument indispensable pour sa réalisation.

Giuseppe Gagliano et Christian Harbulot
Giuseppe Gagliano et Christian Harbulot

Dans vos essais vous vous référez clairement plusieurs fois à l’importance que l’École de Guerre Économique française a dans l’interprétation de la réalité contemporaine.

Certainement. Sur le vieux continent, un nombre limité de personnes a eu le mérite d’étudier le rôle de la guerre économique et des services de renseignements économiques. En Italie, nous avons eu le général Carlo Jean auteur, entre autres, de quatre préfaces pour mes essais et Paola Savona. En France, l’École de Guerre économique (EGE), née en France en 1997, a constitué grâce à son fondateur Christian Harbulot — l’un des principaux protagonistes des services de renseignements économiques en France — une grille de lecture en mesure de faire comprendre clairement la réalité contemporaine étroitement liée à la réflexion de Fernand Braudel.

En résumé que défendent ces auteurs ?

Les théoriciens de ce courant postulent une plus grande implication des services de renseignements dans la planification des stratégies d’une nation, non pas seulement dans le secteur de la sécurité nationale, mais aussi dans le secteur économique. Selon cette approche, l’État devrait savoir mettre en acte un véritable « patriotisme économique » pour protéger ses ressources et avoir une position capitale dans la compétition entre acteurs internationaux. En d’autres termes, pour assurer la sécurité intérieure, l’indépendance en matière de ressources, la capacité de se défendre devant la menace commerciale ou financière représentée par les autres pays, un service de renseignements économiques approprié représente une ressource indispensable dans la société actuelle.

Dans vos deux derniers essais, est-ce qu’il y a des références à l’Italie ?

Dans le livre, les références à l’Italie et à ses « faiblesses » ne manquent pas. Le rôle actif de l’État dans la négociation d’importants contrats de production — nécessaire pour la promotion de la compétitivité des entreprises hors et dans les frontières nationales — est pratiquement absent. L’importance de l’arme de la communication au profit de la compétitivité nationale et la priorité de tracer des stratégies et des lignes de conduite logiques de la communication institutionnelle, souvent ne sont pas considérées importantes. Ce qui est plutôt grave dans un pays composé principalement de PME qui ne sont pas en mesure de développer par elles-mêmes des services de renseignements et de communication efficaces pour la promotion de leurs produits.

Concrètement que pouvons-nous faire pour surmonter cet écart ?

D’abord à partir de la formation. Justement dans cet objectif, j’ai mis en place de nombreuses collaborations en Italie et hors Europe.
 
En ce qui concerne les collaborations en Italie :
  • J’ai commencé à collaborer avec la revue « Sécurité et Terrorisme » de l’Université Cattolica de Milan [2]
  • J’ai eu l’occasion de rencontrer Christian Harbulot à Milan il y a quelques semaines,
  • J’ai signé un protocole officiel de collaboration avec le Master d’Intelligence à l’Université de Calabre et, notamment avec Mario Caligiuri,
  • J’ai fait partie de l’équipe du Iassp [3] de Milan (grâce à son président Ivan Rizzi),
  • J’ai commencé à collaborer avec Aldo Gianull [4] professeur d’histoire contemporaine à Milan ; son dernier essai sur les services secrets édité par Ponte alle Grazie fait une référence explicite à mes contributions dans le contexte de la guerre économique), avec la revue Primato Nazionale [5] avec la revue de Geopolitica Il Nodo di Gordio.
 
En ce qui concerne mes collaborations à l’étranger (à part les trois publications en français éditées par VA Editions en France) je signale celle avec Charles Pennafforte professeur de Relations internationales au Brésil qui s’est occupé de l’un de mes essais sur la guerre économique auprès des éditions universitaires Ufpel en portugais-brésilien [6].
 
[1] Sfide Geoeconomiche édité par Fuoco et Guerra economica édité par GoWare
[2] Http://www.sicurezzaterrorismosocieta.it/fascicolo-8-2018/
[3] Institut de hautes études stratégiques et politiques — http://www.iassp.org/tutor/
[5] https://www.ilprimatonazionale.it/?s=Gagliano+Giuseppe
[6] repositorio.ufpel.edu.br : 8080/handle/prefix/4191



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