Journal de l'économie

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Et si l’énergie et les minerais étaient sous nos pieds





Le 17 Janvier 2024, par Philippe Cahen

Le grand gagnant de la COP28 est … la Chine, championne du monde de la transition énergétique et du quasi-monopole du raffinage des métaux rares indispensables. Ce n’est pas un signal faible, c’est une soumission.


Image Flickr
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La Chine domine la production de panneaux solaires et d’éoliennes

Les panneaux solaires sont fabriqués en Chine. L’Europe est  le premier client des modules chinois. Concernant les éoliennes, les principaux fabricants (Vesta, Siemens Gamesa, General Electric) ne peuvent plus suivre les prix bas imposés par les Chinois Godwind, Envision, etc.

Quant aux terres rares nécessaires à la fabrication des éoliennes et des panneaux solaires (et des batteries des voitures électriques), la Chine en maitrise 60% de l’extraction et 90% du raffinage. La Chine a la mainmise sur la transition énergétique confirmée à la COP28. Et comme un cadeau de Noël, le 21 décembre 2023, la Chine annonce qu’elle interdit l’exportation de certaines technologies liées aux métaux rares.

Et pourtant, il y a une évidence qui commence à être … creusée

Pour satisfaire la demande de terres rares, de nouvelles technologies sont imaginées (voir la réaction du Japon depuis les menaces chinoises de 2010), de nouvelles mines sont recherchées (la mine de terres rares de Suède exploitée par LKAB, à 540 m de profondeur la plus grande d’Europe, fera ses premières livraisons dans 10 à 15 ans !), un changement de fabrication et de consommation de nos produits est en conception (fabrication plus économe en matériaux, consommation plus frugale).

Pour le moment, les 8 milliards de Terriens seront vers les 10 milliards dans environ 25 ans. D’un indice 100, nous passerons à 125, à 133 en PIB, à au moins 200 en consommation de matériaux !

Nous avons faim d’une Terre sans fin qui apparemment n’existe pas.

Comme les matériaux les plus utilisés sont déjà en phase critique (fer, aluminium, cobalt, zinc, plomb, cuivre, chrome) et le simple sable de construction est dans la même criticité, autant dire que le futur est imprévisible. Les mines de matériaux sont à réinventer avec une tradition de deux siècles voire deux millénaires, soit à ciel ouvert, soit dans des mines avec aujourd’hui des refus sociaux et environnementaux. Car trouver  un gramme de matière, c’est sortir 1.000 grammes du sol, au bas mot. Les habitants voisins n’en veulent plus, l’environnement en souffre.

La Terre, cette inconnue

Il faut donc creuser différemment, plus profond par une autre technique. Depuis les années 70 où les Soviétiques ont fait un forage de 12 km sur la presqu’ile de Kola et découvrent une température de la roche à180°C, la connaissance de l’écorce terrestre, des techniques et des matériaux de forage a bien évolué.

Pour se passer des énergies carbone, la géothermie est la solution la plus évidente. Ce que fait l’Islande (60% de son mix énergétique) dans une terre volcanique où la chaleur  géothermique est à fleur de croûte terrestre, jusque 200 m de profondeur. C’est l’énergie la plus renouvelable qui soit, ne dépendant ni du vent, ni du soleil, ni des pluies et neiges qui alimentent les barrages hydroélectriques. La géothermie actuelle ne va guère à plus de 200 m de profondeur, dite de surface. Il faut aller dans les profondeurs de l’écorce terrestre, vers la géothermie profonde, voire ultraprofonde, à plus de 2.000 m, voire plus de 10.000 m, où la température est supérieure à 90°C, voire plusieurs centaines de degrés. Une société comme Quaise Energy sait le faire avec un gyrotron capable de résister à 500°C (objectif 2028) et à la pression. La conquête spatiale est un exemple de notre savoir-faire dans les températures extrêmes. La température de la Station Spatiale Internationale peut atteindre 121°C au soleil, -157°C hors soleil.

L’énergie est sous nos pieds. Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) va mettre à jour ses connaissances d’un inventaire des années … 1970 ! Les énergies solaires et éoliennes seront de l’histoire ancienne, comme une erreur de l’Homme.

Géothermie et géo-matériaux ?

Concernant les matériaux, rien n’interdit d’imaginer des forages aujourd’hui considérés comme complexes pour les rechercher dans l’écorce terrestre. Dans l’immédiat, la recherche géothermique profonde de la plaine d’Alsace fait trouver du lithium présent dans l’eau. Entreprise à suivre : Geolith.

Aujourd’hui, dans la mine 4.0, les données réelles des tubes sont instantanées. Demain l’environnement du forage sera connu avec les lasers et les ultrasons (à la connaissance technique actuelle) comme les satellites passés d’une précision photographique de la Terre de 70 m et aujourd’hui à 7 cm. Les forages multiples permettront une première sélection des matériaux à trier dans les profondeurs, puis à remonter. S’il faut utiliser de l’eau, elle existe dans l’écorce terrestre, ce n’est pas l’eau du robinet ! De l’hydrogène naturel a été découvert entre 2005 et 2015 sur le Massif Atlantis, en 2023 dans le bassin houiller lorrain et la région de Lacq.

A l’aune de la souveraineté des États, l’écorce terrestre nous réserve des surprises grâce à des techniques nouvelles de forage et d’extraction, voire de nouvelles ressources, d’autant que l’impact environnemental et social sera sans comparaison moindre que l’actuel. Reste à mesurer l’impact social, environnemental ET financier. Sur ce dernier point, l’expérience des schistes bitumineux des États-Unis est un exemple : plus la technique s’est améliorée, plus le plancher financier a baissé.

La grande force de l’Homme est sa créativité sous la contrainte. Et les contraintes ne manquent pas. Donc perçons, forons l’écorce terrestre !

Je repars en plongée.
 
Philippe Cahen
Prospectiviste
Dernier livre, juin 2023 : « Le chaos de la prospective et comment s’en sortir », éd. Kawa
 


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