Journal de l'économie

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Évolution politique des réseaux sociaux





Le 20 Novembre 2020, par Nicolas Lerègle

Évolution politique des réseaux sociaux ou évolution sociétale des réseaux politiques ? Les deux termes de la question sont possibles tant les imbrications entre les réseaux sociaux et le monde politique sont fortes, réelles, et pour ne pas dire inextricables. Aurait-on imaginé que D. Trump allait diriger via Twitter son pays, près de 30 000 messages, aux sujets et objets très variés – comme, pour un des derniers en date, pour virer son ministre de la Défense – avec comme points de fixation « lui », ses décisions, ses états d’âme, ses humeurs, ses satisfactions, etc. diffusées sur cette plateforme pour devenir le plumitif de sa présidence.


Évolution politique des réseaux sociaux
Il était de bon ton de se gausser des textos de Nicolas Sarkozy présentés comme une marque d’inculture, on avait certainement bien tort. Bien entendu, nous sommes loin des Saint-Simon, Boileau, Racine ou plus récemment Droit ou Rambaud hagiographes ou chroniqueurs de la geste royale ou présidentielle, autre temps autre mœurs, mais aussi, et surtout autres façons de s’exprimer et de délivrer un message et un programme.

L’usage des réseaux sociaux fait penser à l’achat d’un magnétoscope ou d’une cafetière dans les années 80. L’outil est d’une grande simplicité apparente, mais il était accompagné d’un livret de mode d’emploi de dizaines de pages indigestes. La tentation était alors grande de s’en départir et de limiter son usage de l’appareil à ses fonctionnalités simples, le brancher, appuyer sur un bouton marche/arrêt et sélectionner la touche qui allumera le voyant vert signe d’un bon fonctionnement. Tout cela avait les atours de la simplicité et donnait satisfaction jusqu’au moment où, un problème surgissant, on devait se rappeler en catastrophe où était le mode d’emploi, en priant de ne pas l’avoir jeté, pour résoudre l’imprévu.

Il en est de même des réseaux sociaux. Ils sont aussi simples et intuitifs d’apparence que les outils informatiques qui permettent leurs usages. Un écran, un bouton et quelques doigts. Difficile de faire plus commode. La difficulté ne réside donc pas là. Elle se niche dans les mots utilisés et la rapidité d’envoi inhérente à des médias qui privilégient la rapidité pour ne pas dire l’immédiateté, l’interactivité et portent au pinacle les échanges instantanés marqueurs d’une connexion autant avec le réseau que son temps.

L’usage que faisait, et va certainement continuer à faire, Trump des lettres capitales dans ses tweets est de ce point de vue une idée lumineuse pour ce qu’elle a permis d’appuyer un message ou un point précis de celui-ci en l’absence de toute communication visuelle ou audible. Les différents « emojis » mis à la disposition des rédacteurs de même que l’insertion de photos ou vidéos sont aussi des exhausteurs de goût des messages. Ils ne sont pas sans risque, Benjamin Griveaux peut en témoigner de même que tous les élus ou citoyens qui se sont fait piéger envoyant volontairement ou par inadvertance des photos ou vidéos d’eux dans des postures qui se sont révélées à la réception moins avantageuses que ce qui était initialement envisagé. Il en est de même pour des propos que certains tenteront ensuite d’effacer, oubliant un peu vite qu’Internet est un monde où le droit à l’oubli est un principe qui souffre beaucoup d’exceptions et de contournements.

Ces outils vont non seulement faire évoluer le discours politique, mais surtout le transformer en profondeur.

Ils devraient amener à l’émergence d’une nouvelle génération d’hommes politiques rompus à ces modes de communication jugés comme les plus efficaces et les plus pertinents pour convaincre les électeurs.
Maintenant, en France, le chemin à parcourir risque d’être plus difficile qu’ailleurs. Nos politiciens se veulent d’abord des intellectuels cultivés qui peuvent éventuellement s’exprimer comme des charretiers et véhiculer des idées grossières, mais ayant toujours à disposition, telle une arme secrète, la possibilité de montrer que nenni il ne faut pas se fier aux apparences et qu’ils sont, en privé, élégants et charmeurs aussi. Cela n’est pas nouveau, dans les extrêmes de l’Histoire Hitler aimait Wagner et le duc de Windsor et Wallis le trouvait charmant, Staline était féru de poésie et de jardinage et Aragon et tant d’autres y voyaient un humaniste éclairé… Moins extrémiste, et de loin, Chirac masquait son intellect derrière un discours « près des vraies gens » et Mitterrand a réservé à Pivot son testament télévisé intellectuel. La rupture avec cette ambivalence risque d’être compliquée tant elle est ancrée dans notre éducation voire dans notre PNL.

Maintenant si une influenceuse telle que Lena Situation et sa communauté de plusieurs millions de personnes se lançait en politique elle aurait assurément autant voire plus de poids que les quatre premiers candidats aux dernières présidentielles Françaises. De plus elle est ravissante et la tête bien faite elle pourrait assez aisément élargir sa base électorale. Aucun pays n’est aujourd’hui à l’abri d’une telle irruption dans le paysage politique, la France pas plus qu’un autre.

Twitter, Facebook, Instagram, Telegram, Whatsapp, TikTok, Snapchat… que de réseaux et de vecteurs de communication pour la voix, l’image et les mots. Chacun a ses règles propres de fonctionnement qui ne sont pas nécessairement aisées à dupliquer et surtout de nouveaux médias sociaux vont certainement voir le jour apportant de nouvelles règles et habitudes d’usage et générer des modifications dans l’art de l’expression.

Il y a 2000 ans Lucrère constatant les progrès technologiques de son temps avait écrit « le monde est jeune ». En 2020 le monde technologiquement est toujours jeune quand on constate l’accélération des progrès, il est jeune aussi quand on s’aperçoit qu’il est soumis aux mêmes traumas que nos aïeuls pour lesquels les grandes épidémies étaient leur lot quotidien, il est jeune enfin, car les générations arrivantes disposent et maitrisent des outils de communication, d’expression et de conviction qui ne sont plus, dans la capacité à utiliser toutes leurs fonctionnalités, à la portée de tous. Une telle fracture générationnelle n’est pas, elle non plus, sans risque pour notre société, il sera donc essentiel, pour les moins jeunes qui voudront jouer un rôle dans la société, de se doter des moyens d’être, sur ce terrain aussi, compétitifs.
 


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