Journal de l'économie

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Il faut réformer les banques





Le 23 Septembre 2020, par La Rédaction

Interview de Pierre-Henri LEROY qui vient de signer La Conjuration bancaire chez VA Editions.


Pierre-Henri LEROY, vous avez fondé il y a 25 ans la première agence de conseil de vote aux actionnaires, Proxinvest, que vous venez de céder. Et vous publiez chez VA Éditions un vrai pavé, j’aillais dire un pavé dans la mare, contre le système bancaire.Y a-t-il un lien entre ces deux évènements ?

Oui et Non… Voici trois ans que je préparais ce livre et si j’avais pu je l’aurais publié plus tôt. Le retrait de l’opérationnel chez Proxinvest m’a donné le temps nécessaire pour écrire. Mais il est vrai que l’expérience des marchés d’actions et de la souffrance des minoritaires a largement nourri ce tableau des déséquilibres du monde financier et de la responsabilité particulière des ministres français des Finances pour cette scandaleuse fabrique d’injustice.

Vous venez vite aux grands mots… En vous lisant, on pense à Cicéron contre Catillina…

Je parle de scandale parce que les ministres et banquiers centraux qui soutiennent ce système sont, à mes yeux, coupables de détournements massifs de richesse publique au profit d’intérêts privés. Il n’y a aucune raison de réserver aux banques privées la manne monétaire, l’« helicopter money » des banques centrales comme on le fait depuis dix ans. J’explique dans ce livre que l’organisation financière du monde libre s’est dévoyée il y a trente ans en renonçant à l’ancienne séparation des fonctions bancaires des autres activités de service, notamment dans le secteur de l’investissement en capital.

Expliquez-nous, s’il vous plaît.

Revenons en arrière… Avec l’ambition de créer de grands groupes, Michel Debré, vous le savez, il y a très longtemps avait décidé de réunir les fonctions des banquiers de dépôts et celles de banquiers d’affaires. Puis les socialistes de François Mitterrand, ayant nationalisé nos banques, ont jugé cohérent de leur donner un maximum d’avantages et de libertés, puisqu’elles étaient publiques. Comme alors en Russie ou en Chine. Mais la droite de Chirac et Balladur, en revenant au pouvoir, a poursuivi ce processus en tuant le monopole des agents de change au profit des banquiers tout en les privatisant.

Pierre-henri Leroy
Pierre-henri Leroy

La conséquence ? …

C’était faire un superbe cadeau aux nouveaux banquiers fonctionnaires, désormais privés et choyés… Et le lobby des banques américaines ayant obtenu à la même époque de mettre fin à la séparation historique du Glass Steagall Act de 1933, ce régime de « banque universelle » s’est généralisé presque partout. Cette addition de privilèges offerts sous la garantie des États aura formé, on l’a vu surtout en 2008 une caste mondiale de banquiers aussi riches qu’inefficaces et irresponsables. Le système bancaire est une addition de conflits d’intérêts très enrichissante, une confusion inefficace assurée d’une impunité totale.

Votre livre est donc un brûlot, une philippique… Il est vrai qu’il y a plusieurs centaines de jeunes banquiers millionnaires en Europe qui touchent plus d’un million d’euros par an…

Ce livre parle des rémunérations, c’est inévitable, ainsi que des multiples délits dont les banques ont été jugées coupables, sans qu’aucun de leurs dirigeants ne soient jamais inquiétés… Mais ce n’est pas là le plus grave.

Qu’est-ce qu’il y a de plus grave ?

Non contents d’asservir les marchés financiers aux patrons des plus grands groupes, de saboter la juste concurrence dans le secteur des services et de négliger le financement de nos entreprises, nos banquiers sont venus, depuis 2010, à l’invitation des banques centrales et des ministres des Finances, littéralement rançonner la création monétaire des pays démocratiques via le « quantitative easing ».

Expliquez-nous encore…

L’« assouplissement quantitatif » ou « quantative easing » désigne les nouvelles méthodes proposées aux banques depuis 2010 par la BCE comme par le FED ou la Banque d’Angleterre. Il s’agit de larges fenêtres de refinancements offerts soit par rachat d’actifs soit par prêts bonifiés. Cette manne monétaire a effectivement sauvé l’économie à partir de la crise de l’Euro. Or, c’est un processus facultatif pour les banques privées, qui n’y ont recours, on les comprend, que si elles y trouvent leur profit. Nous parlons d’un encours de près de 4 000 milliards d’euros depuis dix ans. Calculez, il y en a pour plus de cinquante milliards d’euros en cadeau fait aux seules banques françaises…

Ou là là !...

J’ai évidemment posé la question de la mesure de ce cadeau à la BCE et à la Cour des comptes, mais, silence radio, « Circulez, il n’y a rien à voir ! »…

D’où votre réquisitoire ! Mais que propose donc « La Conjuration bancaire » pour remédier à cet état du monde ?

Simplement de scinder les banques, de revenir, sans restreindre les libertés des marchés, au régime de séparation des métiers financiers que nous connaissions sous les Trente Glorieuses : des banques de dépôt et crédit bénéficiant comme aujourd’hui de la garantie de dernier ressort de l’État, expertes des marchés d’intérêt et de crédit, mais sans le droit de détenir des actifs industriels ou des actions en direct… Des banques d’affaires spécialisées dans les opérations en capital régulées, les instruments de pari, les options sur actions, sur indice, sur tout ce qui bouge… et sans collecte de dépôts et sans aucune garantie de la collectivité. Enfin, troisième secteur, des métiers financiers spécialisés, comme l’assurance, l’immobilier, la gestion collective, etc. chacun sous sa régulation et sans aucune garantie de l’État.
On peut, bien sûr, se contenter de réformer à la marge, d’interdire les conflits d’intérêts, de renforcer l’indépendance de l’AMF, de sanctionner enfin banquiers et commissaires aux comptes… Mais les mêmes causes produiront les mêmes effets… Alors soyons plus clairs et plus fermes, scindons !
Vaste programme, noble ambition !




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