Journal de l'économie

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Je me souviens





Le 27 Juillet 2020, par Nicolas Lerègle

Je me souviens de ces premières années du siècle dernier, les nations oscillaient entre guerres et paix, crises et prospérité, épidémies et progrès.


Je me souviens
Je me souviens d’une épidémie ayant infecté des millions de personnes et d’une résurgence de nationalisme et de revendications territoriales qui avaient déjà, par le passé, amené le monde à des conflits dévastateurs dont à chaque fois on espérait qu’ils soient les derniers.
On parlait alors et à tort, quant à son origine, de grippe espagnole.

Je me souviens que l’Europe, les Etats-Unis et le monde avaient été frappés par une crise économique subite et violente qui avait entrainé des troubles sociaux et du chômage, des faillites et des tentations nationalistes et extrémistes sur fond de violence, de conflits raciaux et religieux et d’exacerbation des extrémismes.

Je me souviens de la crise de 1929
Je me souviens de l’influence de Drumont et de Maurras
Je me souviens du 6 février 1934.

Je me souviens que cela n’était pas nouveau et que déjà dans le passé cela avait déjà eu lieu.

Je me souviens d’un pays qui a vu un parti unique s’imposer comme unique mode d’(in)expression politique et niant à toute opposition le droit d’exister. Appartenir à ce parti était la clef de la reconnaissance et de la progression sociale, le moyen d’obtenir des prébendes et avantages, ses membres constituant une classe dirigeante arcboutée sur ses privilèges.

Je me souviens du parti nazi
Je me souviens que ce Parti était dirigé par un leader unique qui, cultivant le culte de sa personnalité, avait fait de sa pensée idéologique le guide de son peuple, pensée qui s’était imposée comme la seule référence permettant croissance et prospérité économique.

Je me souviens de Mein Kampf.
Je me souviens des autodafés d’ouvrages prohibés.
Je me souviens que ce pays avait fait de l’endoctrinement de ses citoyens une règle et que la surveillance des faits et gestes des citoyens avait été érigée en loi d’airain autorisant l’enfant à dénoncer ses parents.

Je me souviens des jeunesses hitlériennes
Je me souviens que le nazi Quwex avait su répondre au russe Morozov
Je me souviens que ce pays avait identifié des ennemis de l’intérieur qui de par leur appartenance raciale ou leur pratique religieuse ne pouvaient qu’être combattus sous couvert de rééducation et pour lesquels des camps d’internement permettaient de les maintenir sous étroite surveillance.

Je me souviens des opposants politiques.
Je me souviens des Juifs.
Je me souviens des homosexuels.

Je me souviens aussi que ce pays se vivait comme entouré d’hostilités vues comme autant de freins à l’aboutissement de revendications territoriales perçues comme légitimes.

Je me souviens de la Pologne, de la Russie, de la France, de la Belgique, de la Tchécoslovaquie et de tant d’autres.
Une ville était considérée comme devant être rattachée au territoire de la mère patrie, un territoire plus lointain mais habité de citoyens aux mêmes origines et langues devait être annexé de gré ou de force. Je me souviens aussi que les traités n’avaient que peu de poids pour ce pays et qu’une fois ceux-ci signés ils étaient dans les années suivantes bafoués, comptant sur l’absence de réaction des pays signataires trop frileux pour agir.

Je me souviens de Dantzig.
Je me souviens des Sudètes
Je me souviens de Munich.

On m’a rappelé que personne ne voulait aller mourir pour Dantzig ou les Sudètes et que Chamberlain agitant le traité de Munich à sa descente d’avion avait soulagé tout un peuple.

Je me souviens que la croissance économique et le réarmement massif ont été étroitement liés dans ce pays. Il s’agissait à la fois de s’assurer d’une paix sociale où le pain et les jeux atténueraient les revendications démocratiques et de se doter des moyens de poursuivre des ambitions territoriales justifiées par une idéologie conquérante plus que par un besoin d’espace vital peu évident.

Je me souviens des jeux olympiques de 1936

Je me souviens que ce pays avait la capacité à susciter dans de nombreux pays de la sympathie et à recueillir des soutiens lui permettant de s’octroyer la denrée la plus précieuse dans sa quête, à savoir le temps. Le temps qui permet de se renforcer, de progresser dans sa recherche, de jauger de la détermination ou de la faiblesse des autres nations et d’avancer en conséquence ses pions sur un échiquier mondial dont il se veut le centre.

Je me souviens de Mosley en Angleterre, de Brasillach ou Rebatet en France et de tant d’autres ayant affiché complaisance et alignement.

Je me souviens que la classe dirigeante du Parti avait su trouver auprès des hommes d’affaires du pays des alliés compréhensifs et dociles qui faisant de leur enrichissement le seul horizon. Ils étaient dès lors disposés à toutes les compromissions. Je me souviens que parfois ces capitaines d’industries exprimaient l’opinion que tout cela ne serait que transitoire et qu’ils seraient toujours en mesure de faire valoir que leurs intérêts rejoignaient ceux du pays. 

Je me souviens d’avoir lu le très joli livre d’Eric Vuillard « l’ordre du jour » relatant un épisode de la sorte dans les années 30.

Je me souviens que certains d’entre eux, qui avaient trop publiquement exprimé une opinion, avaient eu la surprise de se retrouver dépouillés de leurs biens ou enlevés et emprisonnés le temps d’être jugés et condamnés ou de revenir à de meilleures pensées.

Je me souviens que la résistance de petits pays n’avait que peu de poids face aux velléités belliqueuses.

Je me souviens aussi que ce pays était un jour passé à l’action et avait entrainé le monde dans la guerre. Si persuadé de sa force, ce pays s’en était même pris à son voisin le plus imposant et le plus peuplé ce qui avait causé sa perte.

Je me souviens…car il est bon de se rappeler que ce qui s’est passé peut se revivre. Persuadés que les erreurs du passé ne se reproduiront pas et pourront être corrigées il est fréquent que les dirigeants de pays totalitaires prennent leurs désirs pour des réalités et leurs mensonges pour des vérités. Cela aussi je m’en souviens.
En somme je me souviens de ce qu’a été le IIIème Reich pour me demander si la Chine ne sera pas le IVème.
 
 


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