Journal de l'économie

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Jean-Marc Soulier : « la révolution supply chain »





Le 18 Novembre 2021, par Bertrand Coty - Interview

Jean-Marc SOULIER a 32 ans d’expérience dans le supply chain management, essentiellement dans le conseil et aussi dans l’opérationnel en logistique et service clients. Dans le conseil, il a été notamment président de Metis Consulting, cabinet de référence en supply chain en France, puis partner, membre du comité exécutif, en charge de la practice supply chain du groupe de conseil en management et technologie Wavestone.
Jean-Marc est intervenu, au sein de nombreux secteurs, notamment dans le retail, le eCommerce, le luxe, les produits de grande consommation et la distribution B2B. Il a piloté de nombreux projets de transformation supply chain, en France et à l’international (Europe, États-Unis et Chine), depuis la définition de la stratégie opérationnelle (« éclairer ») jusqu’à la mise en œuvre et l’obtention de résultats attendus (« aider à faire et à réussir »).
Il est ingénieur, diplômé de l’ENSEEIHT (Toulouse, France), et titulaire d’un Master of Science en Aerospace Engineering de USC, University of Southern California (Los Angeles, USA)
Actuellement senior advisor du cabinet de conseil Wavestone pour les sujets supply chain, il est également membre du conseil d’administration de France Supply Chain, la principale association française professionnelle.


Jean-Marc Soulier
Jean-Marc Soulier
Jean-Marc Soulier, vous publiez aux éditions Maxima, La révolution supply chain. Le moins que l’on puisse dire est que la question de l’approvisionnement fait aujourd’hui partie de nos préoccupations. Comment analysez-vous la crise actuelle ? 
 
C’est une situation assez inédite. La crise du Covid-19 a généré au niveau économique, un véritable Stop & Go de forte intensité, avec pour résultat la conjonction d’un choc de la demande et de plusieurs chocs de l’offre que nous vivons actuellement.
La demande, sérieusement ralentie pendant dix-huit mois, est repartie beaucoup plus fortement et plus tôt que prévu, partout et principalement aux États-Unis. Après des mois de privation et des politiques généreuses des gouvernements, il y a une soif de consommation et beaucoup d’argent disponible.
Les contractions sur l’offre s’observent, elles à plusieurs niveaux :
  1. Des pénuries de matières premières ou d’énergie pour des raisons variées (incidents climatiques, tensions entre pays…)
  2. Des capacités de production amoindries liées à la persistance du Covid dans certains pays asiatiques (Vietnam, Malaisie, Thaïlande, et même en Chine dans certaines zones)
  3. Des manques de containers (-11 % entre juillet 2020 et septembre 2021) et aussi une moindre disponibilité des navires liée au freinage effectué par les armateurs en début de crise
  4. Des pénuries de chauffeurs routiers, à peu près partout sur la planète
 
Les conséquences ont été des augmentations sensibles de prix (matières premières, transport maritime …) et des engorgements, parfois spectaculaires, sur plusieurs maillons de la supply chain (usines, ports, transport routier…).
Pris séparément, chacun de ces évènements est assez classique en supply chain, sauf que là, plusieurs maillons sont touchés simultanément et de nombreux secteurs d’activité (semi-conducteurs, matériaux de construction, papier, textile…) sont concernés, et le tout avec une forte intensité.
Tout finira par revenir à la normale, mais Il faudra sans doute attendre début 2023 pour retrouver une situation pleinement stabilisée.
Mais il faut aussi s’habituer à ce type d’évènements, car la prochaine décennie verra une montée des risques climatiques ou géopolitiques qui impacteront à coup sûr les chaines d’approvisionnement. Les entreprises doivent s’y préparer.
 
Comment envisagez-vous l’évolution de ce service essentiel à la vie des entreprises ?
 
La fonction Supply Chain est clairement montée en puissance au sein des entreprises ces vingt dernières années. Il y a aujourd’hui, enfin, une forme de reconnaissance de sa valeur ajoutée et elle va prendre encore plus de place dans le futur au sein des comités de direction. Dans un monde qui devient de plus en plus complexe et incertain, il faut être capable de naviguer dans des tensions contradictoires, d’optimiser à la fois les coûts et le service aux clients tout en limitant son empreinte environnementale. Il faut aussi développer une approche transversale, de bout en bout, et ne pas se contenter d’optimiser un seul maillon. La Supply Chain apporte une double vision, à la fois très opérationnelle, car connectée en permanence au terrain, mais aussi stratégique, car elle est en première ligne sur des prises de décisions majeures (sourcing fournisseurs, localisation de sites,  investissements de digitalisation ou d’automatisation, développement de nouveaux services..). L’ancrage business de la supply chain est de plus en plus présent, car sa vocation est d’aider l’entreprise à soutenir sa croissance. Et elle a aussi l’opportunité de jouer un rôle moteur dans les projets de développement durable en étant un acteur clé du changement au sein des entreprises (réduction des émissions de GES, développement de l’économie circulaire…).
 
 
La digitalisation est-elle véritablement au service du développement durable ou faut-il opposer l’une à l’autre ? 
 
On sait que la digitalisation de l’économie au sens large génère des externalités négatives sur l’environnement notamment par la forte consommation d’énergie pour refroidir les serveurs, énergie qui est encore aujourd’hui majoritairement fossile.
Mais si on regarde les apports des technologies digitales de la supply chain, on se rend compte qu’elles peuvent non seulement aider à améliorer l’efficacité opérationnelle, mais aussi, en même temps, à réduire les émissions de GES.
Citons quelques exemples :
  • La connaissance temps réel de la localisation des véhicules, l’utilisation de capteurs ou d’objets connectés (IOT) couplés à des solutions d’analyse prédictive (IA) permettent de prendre de meilleures décisions plus rapidement pour optimiser des chargements et ainsi réduire les émissions de GES par tonne transportée
  • Les plateformes digitales de mises en relation entre chargeurs et transporteurs permettent là aussi d’optimiser le taux de remplissage des véhicules en massifiant les flux et donc consommer moins de carburant
  • Les technologies de Smart Factory et de l’impression 3D permettent de rebâtir des modèles opérationnels plus responsables, en réduisant le cout de production des petites séries et en relocalisant la production dans les zones de consommation
  • La digitalisation de la traçabilité des produits (grâce au RFID, QR Code,..) permet aussi d’améliorer la transparence sur l’origine des matières et de leur lieu de production et ainsi de renforcer la responsabilité des fabricants et de donner plus d’informations aux consommateurs.
 
 
Quel est le conseil principal que vous donneriez aux chefs d’entreprise aujourd’hui ?
 
Pour tous, c’est d’abord de s’intéresser fortement aux sujets de supply chain. Une bonne supply chain (avec un excellent taux de service) permet de fidéliser les clients et aussi d’en recruter de nouveaux grâce à des services innovants. Mais une mauvaise supply chain est une machine à perdre des clients.
 
Et pour ceux qui s’y intéressent déjà, c’est de continuer d’investir dans ce domaine, car cela bénéficiera au développement business de leur entreprise. Les challenges sont nombreux et complexes à adresser : amélioration de la performance opérationnelle, développement de l’agilité, meilleur service aux clients, plus les chantiers incontournables de développement durable à mener à bien.
Il faudra être capable d’utiliser tous les leviers à disposition notamment ceux de la digitalisation et de l’automatisation, avec des bénéfices potentiels très significatifs.
En supply chain, il faut plus que jamais, continuer à investir à la fois dans la matière grise (les compétences) et dans la technologie.
 




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