Journal de l'économie

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Jean-Pierre Lévy, « Le sang de la gloire ».





Le 3 Février 2022, par Bertrand Coty interview


Vous me demandez pourquoi je m'adresse à la jeunesse. 
 
Je m'adresse à la jeunesse de France. La jeunesse de France à qui on a occulté à dessein ce qui s'est passé pendant la 2e guerre mondiale.
 
N'oublions pas que le gouvernement de la France de l'époque était un gouvernement félon, dirigé par un vieillard (le Maréchal Pétain). Il a livré à Hitler les Juifs et alors que les nazis ne le demandaient même pas à l'époque, il a insisté pour mettre les enfants dans les convois vers les fours crématoires. À la libération, il y a eu beaucoup de violences, de vengeance et de Gaulle soucieux de préserver l’unité de la France, a fait en sorte d’éviter les fractures et de faire oublier les tristes moments de la collaboration.
 
Donc cette jeunesse qu'on a privée de connaître son passé a besoin qu'on lui en parle - c'est la raison pour laquelle je m'adresse non pas à la jeunesse d'Israël, j'en parlerai très longuement plus loin, mais à la jeunesse de France. Même aujourd'hui 25 % de la population française ne sait même pas ce qu'est la Shoah, ne sait même pas qu'il y a eu des chambres à gaz, des fours crématoires, des massacres, six millions plus d'hommes de femmes et d'enfants exterminés pour la seule et bonne raison qu'ils étaient juifs.
 
On me demande comment est le moral de la jeunesse israélienne.
 
Les jeunes d’Israël dès l’âge de 8 et 10 ans savent tout ce qui se passe en Israël et dans le monde. Les parents leur parlent comme à des adultes. Il y a tellement de danger en Israël qu'il faut que les enfants dès l'âge de 8, 10 ans sachent pourquoi ils vont dans les abris, pourquoi il y a des gens qui veulent les tuer, pourquoi il y a des missiles, pourquoi ils vivent sous la menace de guerres perpétuelles. Dès l’âge de 12, 13 ans, les jeunes parlent couramment anglais. Certes on apprend l'anglais dans les écoles israéliennes, mais tous les films anglo-saxons sont en version originale, sous-titrés en hébreu. Certains immigrants grâce à ce système parlent mieux l’anglais que l’hébreu. Cette jeunesse a un œil ouvert sur le Monde… Ce sont des adultes avant l’heure.
 
 
Le dialogue a-t-il toujours une chance dans ce contexte tout à fait guerrier ? 
 
Oui, le dialogue d'abord est essentiel. La seule façon de faire la paix, la seule façon de mieux connaître ses ennemis, c'est de leur parler et dès la création de l'État d'Israël, Ben Gourion le 14 mai 1948 déclarait : « nous avons aujourd'hui recréé un état qui était le nôtre il y a 3000 ans et disons-le il y a plus de 5000 ans que les Juifs étaient installés dans ces régions du Moyen-Orient. Les premiers mots de Ben Gourion ont été “vos chefs les Arabes radicaux sont en train de vous dire quitter vos maisons, car nous nous allons détruire Israël et vous y reviendrez dans très peu de temps.” et Ben Gourion leur a dit “restez, vous serez des citoyens israéliens, on vous garantira la continuation de vos coutumes, la protection de votre religion, vous êtes nos cousins bibliques et vous ne craignez rien au contraire. Nous montrerons au monde que le dialogue, la cohabitation sont très possibles, car nous sommes vous et nous des Sémites”.
 
Malheureusement, les événements ont prouvé le contraire et les attentats, les guerres larvées, tout a milité pour ne pas créer un état israélien et un état palestinien. Il est difficile de faire la paix avec des gens qui ne veulent pas vous parler et qui veulent tout simplement vous anéantir. Donc Israël devait trouver un biais pour parler à ses ennemis, des ennemis radicaux qui s'appellent le Hamas, Daesh, les Frères musulmans, etc., etc., par l'intermédiaire d'autres musulmans libéraux et qui ont accepté la présence des sionistes dans cette région. Beaucoup de tractations, beaucoup de rencontres ont eu lieu tout d'abord entre les Palestiniens et les Israéliens et Israël était sur le point d'aboutir, Israël a offert à Yasser Arafat à l'époque le président de l’Autorité palestinienne, énormément d’avantages, énormément de possibilités pour faire une paix sérieuse, longue et solide et au dernier moment Arafat a refusé. Je pense qu'il était piloté et manipulé par certaines puissances de la région comme la Syrie ou comme l'Arabie saoudite. Malgré tout la Cisjordanie est devenue avec l'accord bien entendu des Israéliens un quasi-état dirigé par Mahmoud Abbas, c'est-à-dire par le président actuel de l’Autorité palestinienne.
 
Mais quoi qu'il en soit les tractations entre le Fatah et entre Israël ont eu des moments de succès, qui se sont plus ou moins étiolés ces dernières années. Puis le miracle est arrivé, Shimon Peres que j'ai bien connu et qui était devenu un de mes amis (quand vous lirez mon livre, vous saurez comment et pourquoi,) Shimon Peres avait un seul but la paix, la paix à tout prix. Quel qu'en soit le poids, quels qu'en soient les dangers, la paix à tout prix.  Lorsque Shimon Peres a reçu le prix Nobel de la Paix, il a déclaré “assez de sang, assez de larmes, assez !  Nous ne voulons plus être et vous et nous, les peuples dont les parents enterrent les enfants”. Puis le miracle est arrivé, un tsunami politique vient d'avoir lieu au Moyen-Orient. Israël a conclu la paix d'abord avec l'Égypte et la Jordanie - c'est une paix réelle, ce n'est pas une paix d'opérette. Le président égyptien Sissi collabore à 100 % avec Israël. Le roi Abdallah de Jordanie est devenu un ami personnel des dirigeants israéliens. Et enfin et surtout, après beaucoup de rencontres secrètes, après beaucoup de virevoltes, après beaucoup d’échecs, enfin Israël a obtenu par sa persévérance de faire ce que l'on appelle les accords d’Abraham (Abraham c'est Ibrahim en arabe, Moïse c'est Moussa en arabe).  Ils ont tout en commun pour vivre en paix, alors des accords ont été conclus avec Oman, avec les États Arabes Unis, avec Bahreïn, avec Abu Dhabi, avec Dubaï et avec bien entendu le Maroc. Une petite anecdote : le jour où les frontières se sont ouvertes, cinquante mille Israéliens ont sauté dans des avions et sont arrivés à Dubaï pour faire leurs emplettes - ce fut un accueil chaleureux de la population.
 
Vous savez les peuples ne veulent qu'une seule chose, ils veulent la paix, ils veulent la coopération, ils veulent la fraternité et puis ils veulent profiter de la technologie d'Israël pour pouvoir l’appliquer dans leur propre pays et donner du travail à leur population. Un autre exemple : je travaille avec une société israélienne qui vend des jus de fruits, un kibboutz important. C’est le kibboutz Gan Shmuel. Quand la paix a eu lieu avec l'Égypte, Gan Shmuel est allé tout de suite en Égypte et a monté avec des Égyptiens des usines de jus de fruits. Il y a une coopération entre eux qui est magnifique et extraordinaire. Aujourd'hui l'Égypte est devenue un vendeur de jus de fruits aux États-Unis et en Europe grâce à la coopération israélienne qui pour ne rien vous cacher a mis au point toutes les techniques pour réaliser des productions de haute qualité. Oui le dialogue est possible, il est rentable, il a fait ses preuves. Je suis particulièrement optimiste. Le véritable problème au Moyen-Orient, c'est l'Iran. L'Iran qui est dirigé par des mollahs, par des religieux fanatiques, je dis bien fanatiques, arme Daesh, arme le Hamas, arme des djihadistes de tous bords. Mais lorsque l'influence de l'Iran sera de moins en moins importante, tout le Moyen-Orient sera en paix. C'est la raison pour laquelle il faut à tout prix, je dis bien à tout prix, empêcher les Iraniens d'avoir leurs bombes atomiques. Israël les en empêchera, je peux vous le signer et je peux vous le garantir. Ils ont assez de pouvoir pour faire des attaques ciblées, des cyberattaques ou des attaques réelles, car Israël ne peut admettre qu'il y ait à quelques kilomètres de ses frontières des mollahs assoiffés de sang avec une arme atomique. J'espère également qu'un jour les mollahs seront chassés du pouvoir et que la belle jeunesse iranienne se rapprochera de la jeunesse israélienne. On s’entend très bien entre jeunes. La jeunesse, c’est la semence d’un pays. Israël et l'Iran seront certainement de grands amis et de grands associés. 
 
Quel est l'état de la jeunesse face à l'incertitude qui domine dans cette région ? 
 
Mais d’abord, je voudrais dire que la jeunesse d'Israël est une jeunesse pleine de résilience et cela l’a d'ailleurs amené à devenir une jeunesse très entrepreneuriale, très énergique, très innovatrice. Ça fait quatre-vingts ans que la jeunesse israélienne est dans l’incertitude, ça fait quatre-vingts ans qu'ils subissent des guerres, des attentats, mais ils ont su comme à chaque fois réagir. Je pense que ce désir de coopération, ce désir de créer une amitié va continuer. Il n'y a pas d'autre issue pour les peuples juifs et pour les peuples du Moyen-Orient de vivre autrement que dans la paix.  Les jeunes israéliens vivent au jour, le jour pour diverses raisons. D'abord la vie notamment à Tel-Aviv par exemple, est extrêmement chère. Il y a eu d'ailleurs une étude récente qui confirme que Tel-Aviv est la ville la plus chère du monde !
 
Alors qu'est-ce que font ces jeunes ? D'abord ils ne peuvent pas acheter d’appartements parce qu'ils sont trop chers et puis ils dépensent tout leur argent en sortant le soir, en allant dans des boîtes de nuit, en mangeant dans les plus grands restaurants qui sont d’ailleurs des restaurants excessivement chers, mais très bons. La gastronomie en Israël est devenue un fleuron de ce pays. La vie est trépidante. La jeunesse est magnifique. Pourquoi est-elle trépidante ? Parce qu'ils savent qu'un jour ou l'autre, on peut mourir, on peut mourir d'une balle dans la tête, on peut mourir d'une bombe qui se trouve dans un autobus, on peut mourir parce que Israël sera attaqué. Je précise à nouveau qu’Israël ne sera jamais détruit, jamais. Heureusement qu’Israël possède la bombe atomique.
 
Alors vous me posez la question pour savoir si l'aventure d'Israël peut se transformer dans ce contexte agité
 
Mais elle s'est déjà transformée. L'aventure d'Israël est en marche depuis la création de l'État d'Israël. Ce n'est pas depuis hier qu’ils vont essayer de s'en sortir, Israël s'en est sorti, Israël a vaincu toutes les armées qui les ont attaqués. Shimon Peres disait : “la seule façon de vivre dans ce pays, c'est l'innovation. Le marché israélien, c'est le monde. Israël exporte dans le monde entier, des fruits, des légumes et bien entendu le high tech. Vous savez il y a aux États-Unis la Silicon Valley et bien en Israël il y a la silicone WADI. C’est-à-dire le quartier où se trouvent la plupart des grandes sociétés israéliennes qui ne font que faire des progrès gigantesques dans l’innovation énergétique, dans la cybersécurité, dans la robotisation, l’ingénierie… Israël fait marcher les paralytiques, fait voir les aveugles. Si vous lisez mon livre, vous comprendrez tous tout ce que fait Israël et c’est tentant pour les voisins. Ont-ils intérêt à continuer de faire la guerre, car ils savent qu'ils la perdront. Parce qu’à chaque fois qu'il y a une guerre, ils perdent la guerre ou bien ont-ils intérêt à se rapprocher d'Israël pour améliorer le sort de leurs propres enfants.
 
Eh bien merci de m’avoir interviewé, mais sachez que je suis optimiste. Israël va bientôt atteindre le chiffre de dix millions d'habitants. Pour votre information avec 0,2 % de la population mondiale, Israël représente déjà plus de 20 % des prix Nobel scientifiques, je ne parle pas des prix Nobel de littérature, de médecine, etc., etc.  Je vous remercie.
 




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