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Jean Raspail, l’écrivain qui se souvenait des Hommes





Le 15 Juin 2020, par Nicolas Lerègle

Jean Raspail est mort ce 13 juin 2020. La nouvelle n’a fait que quelques lignes dans la presse, toutes insistant sur un de ses ouvrages « le camp des saints » paru en 1973. Ouvrage de politique fiction au même titre que de nombreux autres édités dans les années 70/80 sous la plume des Lapierre et Collins, Forsyth, Ludlum ou Follett.


Mais le roman de Raspail a eu un traitement ô combien différent de celui d’un livre de plage puisqu’il a été érigé en ouvrage de référence pour toute une génération de politiciens de droite-droite qui y voyaient une uchronie prédictive.

Reconnaissons à Raspail, près de 50 ans plus tard, qu’il a peut-être eu le tort d’être plus dans l’anticipation palpable que la science-fiction lointaine, une marque de talent assurément. Etait-ce pour autant le manifeste politique au service d’idées extrémistes que certains souhaiteraient y lire, assurément non.  Jean Raspail n’est pas le précurseur du grand remplacement de Renaud Camus.

Jean Raspail n’était pas l’homme d’un livre et si cela devait être le cas assurément cela ne serait pas le « Camp des saints ».
Jean Raspail était un écrivain voyageur à l’instar d’un Nicolas Bouvier ou d’un Lawrence Durrell. La Patagonie était son univers, réel autant que rêvé, une terre de passions et d’ambitions que ses personnages traversaient et que lui-même s’était approprié allant jusqu’à s’instituer, en 1981, consul général de Patagonie. Les Pikkendorff (titre de son dernier ouvrage), un fil d’Ariane familial dont la présence discrète ou forte structurait la logique et la continuité de son œuvre.

Jean Raspail ne mérite pas d’être réduit à un seul ouvrage que l’on se plait, un demi-siècle après sa sortie, à sortir de son contexte et à interpréter de façon erronée.  
Jean Raspail était le créateur, au sens propre, d’une œuvre forte, dont l’humanisme constitue assurément un puissant dénominateur. Cette œuvre était portée par un style dont le classicisme n’interdisait ni la force ni l’humour, le tout au service d’une imagination qui savait se jouer du lecteur et plongeait celui-ci dans le plaisir d’une lecture revigorante.

Jean Raspail est mort mais ses livres sont vivants. Tourner les pages de « Sire », « l’anneau du pêcheur », « Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie », « Sept cavaliers… », « le Roi au-delà des mers », « les royaumes de Borée » est une évasion qui déconfine assurément l’esprit du lecteur. Ces livres sont intemporels car privilégiant le réalisme de l’humain et l’imaginaire de l’histoire.

Maintenant s’il ne devait en rester qu’un « Qui se souvient des hommes » emporterait la palme. Ce livre n’est pas un roman comme les autres. Il est comme « Martin Eden » de Jack London, le « Poisson Scorpion » de N. Bouvier ou « les Pierres Sauvages » de F. Pouillon de ces livres dans lesquels leurs auteurs se sont fondus dans les mots et les pages afin que leurs récits soient à la fois le leur et le nôtre.

« Qui se souvient des hommes » est un ouvrage de cette trempe qui oscille entre récit et roman vrai, qui raconte une histoire souvent ignorée, celle des Alakalufs, avec un humanisme transcendant invitant le lecteur à s’interroger sur l’humanité en générale et la sienne en particulier. L’écrivain voyageur qu’était Jean Raspail avec « Qui se souvient des hommes » a su rappeler qu’il n’y a pas de belles histoires aussi tristes soient-elles sans de belles personnes et cela même si l’homme est un loup pour l’homme. Aujourd’hui, où le mot distanciation est devenu partie intégrante de notre vocabulaire et rythme nos vies privées et professionnelles, « Qui se souvient des hommes » abroge cette distanciation et nous rapproche au plus près de notre humanité en nous rappelant que la différence doit être vue sans condescendance ni crainte mais doit susciter le respect et l’émotion…autant dire tout le contraire de ce que certains veulent voir en résumant Jean Raspail au « Camp des saints ».

Je ne suis pas un critique littéraire, n’en ayant ni la plume ni l’envie, juste un lecteur et à ce titre et uniquement à celui-ci pouvant témoigner que la lecture de « Qui se souvient des hommes » fait de son lecteur un homme meilleur. Et celui qui l’a lu sait alors qu’avec la disparition de Jean Raspail il a perdu un ami. Alors, si cet hommage maladroit peut convaincre quelques-uns de ne pas s’arrêter aux notices nécrologiques orientées « politiques » et tant réductrices et se plonger dans un livre de Raspail assurément cela n’aura pas été un exercice vain.   
 



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