Journal de l'économie

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Justice et politiques : se désoler, se consoler.





Le 8 Mars 2021, par Nicolas Lerègle

Giscard et Mitterand qui ont échappé à la justice on se demande bien pourquoi, Chirac, Sarkozy qui n’y ont pas coupé, Barre qui planquait son argent en Suisse y a échappé, Fillon, Juppé, Fabius, Balladur y sont passés, Cahuzac, Thevenoud, Carignon, Bayrou, de Sarnez, Léotard, Lagarde, Dumas, Guéant, et tant d’autres ont connu les prétoires, Boulin, Bérégovoy, de Groussouvre se sont suicidés (certains diront, comme Stavisky en son temps) Le Pen aussi comme Mélenchon pour être certain de n’oublier personne et encore on passe les nombreux maires, députés, sénateurs qui ont dû rendre leurs mandats quand leurs errements ont été dévoilés et étaient trop médiatisés pour être ignorés.


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Alors oui, après cette incomplète énumération quand on entend les gémissements à l’annonce de la condamnation de Sarkozy on se dit que notre classe politique sans être zimbabwéenne, n’est pas exempte de reproches. On peut se désoler en pensant que nous méritons mieux et que vraiment, ce n’est pas la peine d’être diplômé de l’ENA et élu de la nation pour se comporter comme un vulgaire prévaricateur. On peut se consoler, en lisant la presse étrangère, en constatant que nous sommes loin d’être une exception de Juan Carlos à Craxi, de Poutine à la présidente de la Corée (du Sud), d’un potentat africain à un ministre algérien, de présidents brésiliens aux liens troubles d’un président américain.

Nous savions que le pouvoir corrompt tout, il serait hypocrite de s’en étonner. La recherche du passe-droit, du coupe-circuit ou du piston étant un sport national pratiqué y compris par les plus exigeants éthiquement. Et si des hommes politiques refusent de céder à de telles sirènes, il faut admettre que rarement ils accèdent aux plus hautes fonctions n’ayant pas su ou voulu se faire les obligés redevables et utiles comme autant de barreaux à une échelle que l’on souhaite monter.

La question est donc de savoir si la justice a sa place sachant que les magistrats eux-mêmes ne sont pas insensibles aux hochets de la République, aux promotions flatteuses et au pantouflage confortable.
Clairement il faut que la justice passe et il est peu acceptable que des hommes politiques se disant responsables et respectueux des lois de la République – dont ils sont les rédacteurs feignent-ils souvent d’oublier – soient dans la critique d’un système qui éventuellement peut les rattraper et les punir.

Nous ne sommes pas dans la Russie « poutinienne » et tous les politiques poursuivis ou condamnés ne sont pas des Navalny soumis à un arbitraire autocratique. Malgré les errements de l’âme humaine et du corps politique, la France est encore un État de droits où des lois existent en accord avec une devise républicaine, s’appliquent en théorie à tous, qu’ils soient pauvres ou riches, et sanctionnent de façon équilibrée les délits et crimes.

Il est toujours cocasse de voir un homme politique qui, dans ses fonctions ne trouvait jamais assez sévère la justice à l’encontre des voleurs de poules et qui, pris la main dans le sac aux œufs, trouve, tout à coup, cette justice anormalement sévère à son égard. C’est cocasse, car c’est humain et au fond la règle du « pas vu pas pris » ne souffre pas d’exception.

La justice de notre pays est à notre image même si nous n’y consacrons pas les moyens que nous dépensons à soigner notre apparence. Elle est guidée par des principes issus de notre Histoire et actualisés régulièrement des évolutions de nos sociétés et du regard que nous portons sur ce que doit être le Droit. Elle est servie par des magistrats qui, pour leur grande majorité, ont conscience de leurs rôles primordiaux dans la sauvegarde de l’ordre social et se considèrent plus portés par une vocation que par une ambition. Qu’il y ait eu des errements de l’État français ou que certains syndicats de magistrats se voient comme le bras armé de la révolution prolétarienne ne change rien à cet état de fait.

Les politiques sont des justiciables comme les autres, les diamants de Giscard ou les écoutes de Mitterrand (sans parler d’autres libertés prises avec le droit) vaudraient aujourd’hui à leurs auteurs des poursuites d’après mandat dont ils ont été épargnés, car à l’époque ce n’était pas l’usage. Quelques années plus tard, les choses avaient déjà changé.

Les politiques en s’exprimant de façon plus partisane que rationnelle arrivent à fausser la perception citoyenne de la justice qui n’apparait plus comme cette femme portant la balance les yeux bandés telle une Mâat républicaine jugeant nos actes, mais comme un faussaire truquant les poids et trébuchets.
Maitre Mô venant tristement de troquer sa robe pour un linceul je ne me risquerai pas à rivaliser avec son talent pour relater une audience, simplement on ne peut que conseiller à ceux qui écouteraient un peu trop les yeux fermés les avis émis en fonction de  choix partisans sur telle ou telle décision de justice d’aller assister à une audience.

Ils constateront alors que les magistrats savent de quoi ils parlent, ils connaissant leurs dossiers, ils maitrisent la procédure – quitte à rappeler celle-ci à des confrères s’égarant dans ses méandres – ils écoutent et, même quand ils semblent empressés de passer à l’affaire suivante, ils ne le font pas sans respecter le contradictoire et la voix des parties présentes. Ils se comportent ainsi pour des litiges de voisinage ou des délits que l’on qualifierait de mineurs dès lors qu’on n’est pas concerné. On peut penser que pour des affaires ô combien plus sensibles ils ne dérogent pas à ces lignes de conduite qui les honorent et doivent nous rassurer. N’oublions pas que de très nombreuses avancées de nos droits individuels nous le devons à des magistrats qui ont su analyser une loi dans sa lettre, mais aussi dans son esprit justement influencé par l’air du temps que nous vivons.

Alors oui parfois en regardant nos hommes politiques soumis aux Fourches caudines de la justice, en espérant qu’ils ne soient que la partie visible de l’iceberg, je me désole. En constatant que la justice passe, je me console.
 


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