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L’Amérique de Donald Trump : Mythes et réalités du dynamisme économique américain





Le 5 Novembre 2018, par Jeremy Ghez

La vitalité actuelle de l’économie américaine est incontestable. Nous apprenons aujourd’hui qu’au mois d’octobre 2018, elle a créé 250 000 emplois supplémentaires, dépassant ainsi les prévisions des économistes. Le chômage, qui atteint 3,7 % de la population active, est au plus bas depuis 50 ans alors que les salaires continuent d’augmenter, après une très longue stagnation. Cette situation et ses évolutions possibles sont décrites dans le récent ouvrage paru en novembre chez VA Éditions.


Cette vitalité a de quoi surprendre, quand on considère le climat politique délétère du pays et la personnalité de son président, Donald Trump, qui laisse plus d’un observateur international perplexe. Afin de mieux en saisir la réalité, il convient de la mettre en perspective en rappelant que cette amélioration s’inscrit dans une tendance longue et qu’elle peut être mise à mal à moyen terme.
 
Il faut d’abord souligner que, tandis que l’économie américaine a créé 4,3 millions d’emplois depuis janvier 2017, pendant les 22 premiers mois de la présidence de Donald Trump, elle en avait créé 4,6 millions sur les 22 derniers mois de la présidence Obama. La croissance de la création d’emplois s’est donc ralentie, remettant en cause l’idée, si chère au président actuel, que l’économie américaine ne s’est jamais aussi bien portée. Il faut aussi rappeler que Barack Obama a hérité d’une conjoncture économique particulièrement mauvaise, au lendemain de la crise des subprimes et de la crise financière de 2008. Les six derniers mois précédant son arrivée au pouvoir, l’économie américaine détruisait en moyenne près de 500 000 emplois par mois. Donald Trump a hérité, lui, d’une conjoncture économique bien plus clémente, puisque l’économie américaine créait plus de 200 000 emplois par mois en moyenne lors des six derniers mois de la présidence Obama.

Jeremy Ghez
Jeremy Ghez
On peut aussi ajouter que l’économie américaine bénéficie aussi d’un coup de fouet particulièrement efficace, conséquence de la baisse d’impôts significative de l’administration Trump. Les plus enthousiastes célèbrent une réforme fiscale qu’on attendait depuis longtemps. Les plus prudents soulignent que cette relance a lieu à un moment où l’économie américaine se portait déjà particulièrement bien. Elle pourrait ainsi contribuer à la surchauffe de l’économie, au retour de l’inflation et à l’augmentation des taux d’intérêt par la Banque centrale américaine — mettant ainsi à mal, paradoxalement, les perspectives de l’économie américaine à moyen terme.
 
Sur le plan du commerce international, il faut aussi reconnaître que l’approche de Donald Trump a porté ses fruits en matière politique : le président américain est en mesure de dire qu’il a imposé à ses deux voisins, le Canada et le Mexique, un nouvel accord commercial. De même, c’est Jean-Claude Junker qui est venu à Washington, au nom de l’Union européenne, pour renégocier les accords commerciaux transatlantiques. Il faut cependant noter que ces nouveaux compromis ne sont pas radicalement différents de ce qui préexistait… Beaucoup de bruit pour rien, comme on aime dire aux États-Unis. Qui plus est, cette approche brutale peut, à terme, aliéner les partenaires historiques de l’Amérique, particulièrement perplexes face aux efforts de rapprochement du président entre les États-Unis et des pays autoritaires comme la Russie ou la Corée du Nord. En détricotant méthodiquement les fondamentaux de la gouvernance internationale, Donald Trump risque de limiter la capacité de son pays à mobiliser ses alliés en cas de crise à venir.
 
Les États-Unis sont donc le théâtre d’un contraste saisissant, entre économie en pleine expansion et perspectives politiques et économiques de plus long terme bien moins brillantes. La capacité de cette économie américaine à se réinventer malgré les divisions politiques profondes est l’indicateur clé à suivre pour comprendre les perspectives des États-Unis à moyen terme.

Jeremy GHEZ est professeur affilié d’économie et d’affaires internationales à HEC Paris et le codirecteur du Centre de Géopolitique de l’école. Ancien de la RAND Corporation, ce franco-américain est un fin connaisseur des rouages du processus politique américain dans lequel il s’est souvent impliqué et offre ici les clés pour comprendre la crise politique et identitaire que traverse le pays.
 

 



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