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La Convention Citoyenne pour le Climat : une erreur de méthode à éviter





Le 23 Juin 2020, par Philippe Cahen

La Convention Citoyenne pour le Climat a conclu ses travaux les 19, 20 et 21 juin. Aucune vision, aucune prospective. Elle a déçu.


Pixabay
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Allons droit au but. Les 150 propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat auraient pu être listées dès le 4 octobre 2019, le premier jour de la première session de la Convention. Baisser la vitesse sur les autoroutes après celle des départementales : normal. Interdire le chauffage des terrasses des cafés : bien sûr. Fermer les portes ouvertes sur la rue : ben ma foi. Diviser l’usage des pesticides par deux : évidemment. Développer les circuits courts : cela va de soi (mais combien consomment en carbone 10 supérettes de 100 m² et un supermarché de 1.000 m² ?). Etc.

Juste un rappel de la question posée : comment réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40% d’ici 2030 dans un esprit de justice sociale ?

La justice sociale n’est pas traitée. Cela aurait pu être de s’interroger sur un an de manifestations de Gilets Jaunes qui a mis chaque samedi des dizaines de milliers de personnes dans les rues qui ont bloqué des milliers de commerces. Rien. Ou cela m’a échappé. Cela aurait pu être la justice sociale de chaque proposition par exemple limiter la climatisation, ce qui est juste car elle consomme mondialement autant que le numérique, cela aurait pu être aussi limiter le chauffage de l’eau des 2,5 millions de piscines privées en France, n°2 mondial derrière les États-Unis. Mais effectivement, les piscines sont un sujet sensible.

Justice sociale, cela aurait pu être des propositions de préservations ou de créations d’emplois. Par exemple développer des puits de carbone comme la forêt, réorganiser sa gestion, exploiter en France les arbres abattus en France – et non en Chine – et les transformer et encourager les meubles en bois et non en colle de particules (Ikea, But, Conforama, etc.) et donc réduire et simplifier les déchets issus des meubles. Belles économies de gaz à effet de serre et justice sociale car emplois en France. Mais de cela rien.

Et puis … d’ici 2030. Rien. Que sera la France de 2030 ? Nouvelles technologies et carbone ? Santé et carbone ? Formation et carbone ? Transport et carbone ? Il ne s’agit pas de détecter des signaux faibles. Il suffit de relever les travaux en cours qui sont multipliés depuis la COP21 de Paris en 2015.

Donc le seul sujet traité est la diminution des émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40%. 40% n’est pas traité, pas chiffré. On peut supposer que les experts de soutien (mais qui sont-ils ?) l’ont fait.

Les propositions portent sur 6 thématiques : se déplacer, consommer, se loger, produire/travailler, se nourrir.

Prenons la thématique « se déplacer » : les mots transport en commun, bus, car, tramway, métro, avion, moto sont absents. Comme si la Convention ne traite que de la maudite voiture et de l’élogieux vélo. Mais il semble que pour aller travailler - leur utilisation principale de la voiture - les Français vont en voiture sur des distances de plus en plus longues. Cette distance est un sujet à traiter pour réduire le carbone. Pas un mot sur 30% des déplacements dans les villes liés à la vie de la ville (alimentation, livraison de commerces, construction, entretien, etc.). Par ailleurs, la France est la première destination mondiale des touristes … qui se déplacent par définition : 8% du PIB, 10% de l’emploi. A peine une mention, comme une banalité. En résumé, une toute petite partie des transports est traitée, la partie la plus visible, dont on parle le plus, et rien sur les transports imaginables en 2030. Par exemple, d’ici 2030, le transport à la demande se sera encore plus développé, le véhicule autonome (au sol, dans les airs, sur l’eau) existera : pas un mot.

En fait, si la question du PM est juste, la réponse de la Convention est partielle sans doute pour deux raisons :
 
  1. La Convention a été piégée malgré elle par les grèves sur les retraites et la Covid-19. Elle a duré 8 mois au lieu de 4 ou 5 mois. Le temps a détruit la dynamique, a renforcé le prestige du Conventionnel.
  2. Pendant cette durée, les Conventionnels ont beaucoup lu, échangé entre eux et avec leurs amis. Ce sont les solutions les plus populaires et sages qui ont été proposées et retenues. Toutes sauf les 28 heures de travail hebdomadaire ont été retenues à une très large majorité.

Par expérience, plus un tel groupe s’étale dans le temps, plus il tombe dans le quotidien, dans le faisable immédiatement, dans la banalité. Il s’agit donc d’abord d’une erreur de méthode.
Car dans le fond, produire moins de gaz à effet de serre est juste, en piéger plus est aussi juste. Il eut été nécessaire de traiter la forêt, mais aussi la ville de demain, ce que ne traite pas la thématique « se loger » qui contient au demeurant des aspects fort intéressants et moins banals pour lutter contre l’artificialisation des sols.

La méthode a conduit à des propositions de synthèse. Or la synthèse est tout sauf l’audace. C’est le consensus. Il serait intéressant que la Convention relève les 20 ou 50 pré-propositions qui n’ont pas emporté de consensus. Il doit y avoir des pépites qui se cachent !

La Convention Citoyenne pour le Climat n’a pas été piégée.

Or ce qu’il y a de plus inquiétant, c’est que l’on attend depuis de longs mois la réinvention de la France, d’ailleurs dans un cadre européen, oublié ou sous-estimé par les Conventionnels. Si la réinvention de la France, qui aurait du être traitée pendant le confinement, suit une méthode semblable, je crains que ce ne soit que la confirmation du passé et sa continuité. Autant dire une perte de temps dommageable au futur… de la France, tout simplement.

Je repars en plongée …
 
Philippe Cahen
Conférencier prospectiviste
Dernier livre : « Méthode & Pratiques de la prospective par les signaux faibles  », éd. Kawa


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