Journal de l'économie

Envoyer à un ami
Version imprimable

La communication du gouvernement français face à la crise du Covid-19 : quelles erreurs ?





Le 26 Mars 2020, par Charles Alcaïdé

Entre les détracteurs du gouvernement qui lui reprochent d’en faire trop, et de condamner la pérennité économique, et ceux qui soulignent qu’il n’en fait pas assez par démagogie politique, entre la dramatisation extrême, qui pourrait exacerber les menaces et mener rapidement à la psychose, et le respect des mesures de prévention indispensables à l’endiguement de la propagation du virus, l’exécutif français n’a que peu de marges de manœuvre dans ses choix de communication. Tour d’horizon d’un trimestre de communication laborieuse.


(Credit : Jacques Paquier/Flickr)
(Credit : Jacques Paquier/Flickr)
Rapporté pour la première fois en novembre 2019 dans la province chinoise du Wuhan, le virus SARS-CoV-2, plus communément appelé Covid-19, ne cesse depuis de se propager à l’échelle mondiale, à tel point que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) s’est vue contrainte de déclarer l’état de pandémie mondiale le 11 mars 2020. En France, foyer d’infection mondial majeur aux côtés de la Chine, de l’Italie et de l’Iran, le gouvernement a dû communiquer à ses ressortissants les mesures drastiques prises en conséquence.

Une communication tardive

La France, à l’instar des pays européens, n’a pris conscience de la gravité de la situation que tardivement. Depuis début décembre, les média évoquent une épidémie se propageant en Chine, mais le gouvernement fait le choix d’une stratégie de banalisation des faits : aucune prise de parole officielle, on décide de retrancher cette épidémie à l’échelle régionale voire nationale, jamais elle ne sortira de Chine. C’est donc naturellement la couverture médiatique habituelle qui prend le dessus sur des potentielles recommandations gouvernementales centralisées, et avec elle son lot de fake news relayées sur les réseaux sociaux : on a ainsi pu voir circuler des photos de bouillon de chauve-souris avant de réaliser que la transmission inter-espèce à l’homme dépend d’autres animaux porteurs (pagume, pangolin).

Malgré l’alerte de l’OMS qui déclare une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) dès le 30 janvier et les mesures préventives drastiques prises par certains pays à l’instar de la Corée du Sud, le gouvernement d’abord refuse de croire à la pandémie mondiale et choisit de ne pas communiquer de mesures préventives : la France ne sera pas concernée. Ce choix de l’isolement fait étrangement écho à la stratégie de communication -désastreuse- choisie par le gouvernement face à la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, lorsqu’en avril 1986, les citoyens français apprenaient non sans circonspection que le nuage toxique dégagé par l’explosion s’était arrêté à la frontière.
 
Une communication ambigüe

Dès que la crise fut véritablement installée en France, c’est-à-dire courant du mois de février, le gouvernement a cependant tout de suite voulu montrer qu’il maîtrisait la situation pour ne pas laisser place à des phénomènes de panique généralisée. Il fait alors un choix judicieux : choisir de communiquer les mesures à suivre par l’exécutif, mais s’en remettre pleinement aux autorités médicales pour déterminer et expliquer ces mesures. Choix stratégique d’autant plus judicieux que les autorités médicales sont les professionnels auxquels les Français font le plus confiance, les politiciens étant dernier de ce même classement (Enquête Harris 24/10/19). Ce choix de communication est en réalité doublement stratégique car il s’inscrit en rupture avec l’hyperactivité habituelle de la communication du gouvernement d’Edouard Philippe. On peut donc y voir en filigrane une tentative de montrer que le gouvernement Philippe a appris des erreurs commises, notamment lors de la crise de l’incendie Lubrizol à Rouen. Rappelons qu’alors une communication trop abondante à différentes échelles et la multiplication d’interlocuteurs (déplacement du Premier Ministre, visite de plusieurs ministres, communiqué de presse de l’Agence Régionale de Santé) n’avaient apporté que de la confusion et avait échoué à rassurer les habitants de la région.

Au contraire, les apparitions sporadiques du Président et du Premier Ministre laissent désormais place aux apparitions journalières de Jérôme Salomon, Directeur Général de la Santé (DGS), très rapidement surnommé « Monsieur Coronavirus ». La crise semble bien gérée et Eric Giuily, PDG de l’Agence France Presse (AFP) et fondateur de l’agence CLAI affirme dans une tribune publiée dans Les Echos (11/03 /20) que « le gouvernement a jusqu’à présent globalement réussi sa communication ».
 
Un manque de transparence et de cohérence

Mais les choses se compliquent. Pour éviter une éventuelle paralysie économique du pays, le gouvernement a tout intérêt à retarder l’annonce du stade 3 et du confinement. C’est ce qu’il va tenter de faire et de justifier dans sa communication à partir du début du mois de mars. Mais ce choix de communication est incompris par une partie de l’opinion publique car la crise semble déjà bien plus importante qu’on ne veut bien l’avouer dans les communiqués de presse. C’est ainsi que 58% des Français estiment que la crise est mal gérée (sondage Elabe 04/03/20). La communication du gouvernement souligne l’importance du respect des mesures de sécurité en accord avec le stade 2, alors que dès le 10 mars, devant l’imminence de la crise sanitaire dans les départements de l’Oise et du Haut-Rhin, on applique déjà de fait le stade 3, sans l’avouer publiquement dans les allocutions. Les médias relaient rapidement ces incohérences entre un stade 3 appliqué mais toujours pas annoncé officiellement. Incohérence exacerbée par une communication ponctuée d’erreurs bénignes mais participant à l’incompréhension totale. Emmanuel Macron, interviewé le 7 mars dans un EPHAD, évoque implicitement l’impossibilité d’éviter le stade 3, mais reste très évasif (« quand le stade 3 sera … » il ne fait pas recours au conditionnel). Jean-Michel Blanquer annonce la fermeture des établissements scolaires quelques heures seulement après l’intervention d’Edouard Philippe qui expliquait le contraire. Le week-end précédent le confinement (14-15 mars) voit se profiler le paroxysme de l’incohérence : Edouard Philippe déclare à 20h la mise en place du stade 3, et partant la fermeture des activités « non essentielles à la vie du pays », dès minuit, tout en annonçant maintenir les élections municipales du lendemain (dimanche 15 mars) qui invitent près de 48 millions de Français à se déplacer aux urnes. Résultat : un record d’abstention (56%) et une annonce du report du second tour dès le lendemain (lundi 16 mars), et donc de fait une sanctuarisation des résultats de la veille, mais surtout une incompréhension totale de la communication de l’exécutif et un manque de crédit accordé aux interventions ultérieures.

L’opinion publique n’accorde en effet que peu de crédit à l’annonce de l’entrée en vigueur du confinement dès le 17 mars à 12h, on assiste à des scènes surréalistes : les conditions météorologiques favorables donnent des airs de vacances anticipées à ce confinement, à tel point que le gouvernement doit annoncer l’interdiction d’accès aux plages dès le 19 mars et communiquer massivement sur l’interdiction de sortir de chez soi. Les amendes pleuvent (près de 5000 dès le premier jour d’après les chiffres de Christophe Castaner) mais le confinement n’est pas respecté. La période de flottement précédant la mise en place du confinement a durablement affecté la légitimité de la communication du gouvernement, et ce malgré un cap à suivre désormais clairement établi depuis la déclaration choc du Président de la République « Nous sommes en guerre » (lundi 17 mars) et son audience stratosphérique (32 millions de Français) ainsi que les apparitions d’Edouard Philippe (le 18 mars pour expliciter le discours de la veille, le 23 mars pour annoncer le renforcement du confinement).





1.Posté par BARAS-DERER Yvette le 15/04/2020 13:19 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Arrêtez de dire Français à tout va, dites "de France" SVP car c'est ainsi que ceux qui ne le sont n'obéissent pas, sont anarchistes ....
Par exemple ce matin
les consommateurs "de France" au lieu de Français, ça impliquent ceux qui vivent "en France",
les écoliers "de France" au lieu de Français et OM car il y a des enfants de tous pays,
les salariés "de France" au lieu de Français
Les retraités "de France" , etc....et puis remplacer - les Français - par "Les résidents de France"
MERCI et vous constaterez une amélioration certaine....
JE PUBLIE CETTE DEMANDE SUR MON PROFIL POUR RECEVOIR L'OPINION DE MES AMIS FACEBOOK....

Nouveau commentaire :
Twitter

Le JDE promeut la liberté d'expression, dans le respect des personnes et des opinions. La rédaction du JDE se réserve le droit de supprimer, sans préavis, tout commentaire à caractère insultant, diffamatoire, péremptoire, ou commercial.

France | International | Entreprises | Management | Lifestyle | Blogs de la rédaction | Divers | Native Advertising | Juris | Art & Marché | Prospective | Industrie immobilière | Intelligence et sécurité économique - "Les carnets de Vauban"



Les entretiens du JDE

Schoolab Entreprise à Mission ou comment concilier Business et enjeux sociétaux

Violence policière est fait divers

Marie Legrand, directrice générale d'Audio 2000 : "Audio 2000 s'est construit autour des valeurs de professionnalisme, d'innovation et d'accessibilité "

Le MoHo : un collectif pour changer le monde !

Couvre-feu : « leur » monde à l’envers

L’intégration des étrangers de France : du mythe à la réalité.

La fin du franc CFA : un livre qui bouscule les idées reçues.

C’est pire qu’un crime, c’est une faute













Rss
Twitter
Facebook