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La crise des gilets jaunes analysée par Eric Delbecque





Le 10 Décembre 2018, par Eric Delbecque


La crise des gilets jaunes analysée par Eric Delbecque
Si l’on veut lire la saga des Gilets jaunes sous l’angle des stratégies d’influence, on y trouve une inépuisable matière à méditation. La première est celle de la gauche radicale incarnée par Jean-Luc Mélenchon et ses amis. La France insoumise tente d’exister en maximisant la haine et les provocations. Puisque les députés mélenchonistes ne sont guère capables d’élaborer un programme constructif, de proposer des idées qui rapprochent les Français, ils optent pour l’accroissement des divisions.
 
Comment justifier autrement les appels réitérés à la dissolution ou le bellicisme verbal d’Éric Coquerel pensant qu’il va « aller chercher » Emmanuel Macron à l’Élysée ? Que visent-ils ? À prendre la posture avantageuse du matamore ? À jouer les guérilleros ? Nourrissent-ils une nostalgie inguérissable, dont Robespierre et Lénine sont les saints patrons, pour une violence révolutionnaire pathologique dont on connaît par cœur les conséquences désastreuses et inhumaines ? Il faut croire que oui.
 
En tout état de cause, on comprend bien les motivations de cette médiocre guerre de l’information qui s’échine à profiter de l’espace médiatique pour obtenir une audience qui s’effiloche sur le long terme et qui rappelle leur comportement durant l’épisode Benalla. « Matraquer » informationnellement d’un côté et cultiver l’ambiguïté de l’autre en ne condamnant pas fermement la violence, en particulier celle de l’ultragauche. Cette stratégie vise à solidifier une attaque réputationnelle contre le Chef de l’État en s’appuyant sur l’activisme de quelques centaines d’individus qui ne reflètent guère les rangs de la colère populaire. La France rurale et des petites villes n’a que faire des obsessions idéologiques de la France insoumise : elle veut simplement retrouver l’espérance que ses enfants ont un avenir et que leur retraite ne sera pas synonyme d’un insupportable déclassement.

Eric Delbecque
Eric Delbecque
Quant à l’extrême droite, elle s’imagine en avant-garde d’un 6 février 1934 qui pourrait réussir. Bien que Marine Le Pen ne soit pas responsable des errements des Identitaires, il paraît clair qu’elle entend tirer profit de la rage des Gilets jaunes pour démontrer que ses troupes se confondent avec une immense vague d’écœurement populaire qui cible comme jamais les élites, les énarques et la haute finance. Encore une fois, la politique de l’affrontement, la stratégie de l’escalade, ne grandit pas ceux qui la choisissent.
 
La société du spectacle la rend bien sûr séduisante ; cependant, elle révèle magnifiquement les intentions réelles de ceux et celles qui n’y résistent pas. Aimer la France engage au combat des idées, à l’intelligence des situations, parfois à la contestation, mais à celle qui ne dresse pas les Français les uns contre les autres. Quel sens cela a-t-il de favoriser une agitation qui conduit à la destruction des petits commerces et à l’emploi des salariés ? Cela modifie-t-il l’équilibre des forces ? Les citoyens finissent toujours par espérer le retour de l’ordre. Tout ça ne rime à rien. Ces infoguerres sortent d’un autre temps : elles s’affirment caractéristiques de « l’Ancien Monde ».

Éric Delbecque
Expert en sécurité intérieure, auteur du Bluff sécuritaire (éditions du Cerf)

 



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