Journal de l'économie

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La femme et le droit





Le 1 Octobre 2020, par Nicolas Lerègle

La mort du juge Ruth Bader Ginsburg le 18 septembre a eu un retentissement médiatique qui a largement dépassé le cadre washingtonien de la Cour Suprême des Etats-Unis d’Amérique dont elle était la doyenne. Le Monde en faisait son titre de une comme l’essentiel des journaux français ou mondiaux soulignant l’importance de deux éléments, la force de cette Juge, cataloguée selon nos habitudes « à gauche » et donc progressiste dans ses décisions en faveur du droit des femmes, des minorités et autres ; le poids de cette institution qui est, au sens propre, un pilier de la démocratie américaine et donc, à l’approche des élections présidentielles, un enjeu considérable, les Juges, rappelons-le, étant nommés à vie.


La femme et le droit
Maintenant pourquoi tant d’intérêt pour ce décès, on a peine à croire, sans leur faire injure, que la disparition d’un membre du Conseil d’Etat ou du Conseil Constitutionnel ou de la Cour de Cassation – la Cour Suprême étant un peu cette trinité judiciaire – sorte du champ de la rubrique nécrologique de nos quotidiens ?

La Cour Suprême ne se contente pas de juger elle participe clairement au modelage de la société américaine. Elle a autorisé l’avortement, elle prône l’égalité des citoyens, elle admet les homosexuels dans l’armée ou met fin aux trusts…en somme elle se mêle de tout. Cette situation unique fait que la désignation des Juges est un choix qui dépasse le simple cadre de la compétence juridique pour devenir un enjeu politique de premier plan. D. Trump et le chef de la majorité républicaine du Sénat ne s’y sont pas trompés en annonçant que la désignation de son remplaçant serait rapide, interdisant ainsi à J. Biden s’il était élu d’avoir son mot à dire sur la question.

Cette situation ne fait que renforcer la désagréable impression qui se dégage des Etats-Unis d’Amérique depuis quelques années et singulièrement depuis l’élection de D. Trump, un pays replié sur lui, indifférent au monde qui l’entoure, pratiquant à outrance le « selfish power » en lieu et place du « soft power » dont il était passé maître dans sa diffusion.

Si ce décès nous intéresse c’est peut-être parce que le choix de son successeur aura des conséquences sur nous, nos relations avec les Etats-Unis d’Amérique dans tous les domaines des relations internationales, de la politique ou de l’économie. Rappelons-nous qu’en cas de litige sur le résultat de l’élection il appartiendra à la Cour Suprême de trancher et de désigner le président (Bush vs Gore).          
   
On n’est pas l’allié ou le partenaire d’un pays de la même façon si ce dernier respecte ou non l’esprit autant que la lettre de ses accords et traités ou si, au contraire, il tend, au nom  de sa force, à s’affranchir de toutes contraintes.

Si la démocratie américaine faite de pouvoirs et de contre-pouvoirs s’affaiblit et que les mécanismes usuels de modération, on serait tenté ici de parler de garde-fous, ne jouent plus leurs rôles nous sommes en droit d’être inquiets. La guerre de Sécession (1861/1863) n’est pas si éloignée que cela et reste encore vivace dans de nombreux esprits sudistes et suprémacistes qui font de la sécession  leur ultima ratio regum pour défendre les droits qui leurs sont reconnus depuis 1776. De notre bord on pourrait penser que cette hypothèse n’est que farfelue mais cela serait oublier que les Etats-Unis sont avant tout une fédération d’Etats qui ont, pour certains, des spécificités les différenciant fortement.

Par ailleurs l’affaiblissement du pouvoir politique et d’une structure démocratique ne présage rien de bon en termes de remplacement. La tentation du régime autoritaire est grande tant elle apparait comme un remède à ce qui est perçu comme une faiblesse du politique alors qu’elle n’est qu’un marqueur de distanciation des citoyens vis-à-vis de leurs dirigeants et du régime qu’ils incarnent.

Ne nous y trompons pas D.Trump a une finesse politique, celle qui fait dire à un dirigeant « après moi le déluge » et qui explique l’attirance qu’il a manifesté tout au long de ce mandat pour des dictateurs ou autres dirigeants peu démocratiques dont il se voyait l’égal dans sa compréhension tronquée de la politique où la force prime sur le droit ou les droits.

Dans un monde dominé par la Chine, les Etats-Unis d’Amérique, la Russie et bientôt l’Inde on ne peut que s’inquiéter des faiblesses actuelles de l’idéal démocratique. La Russie et la Chine y ont clairement renoncé pour le moment, l’Inde s’est considérablement durcie avec le nationalisme hindou de l’actuel premier ministre Modi et les Etats-Unis ont un parti républicain qui sait s’affranchir allégrement de toutes règles quand son intérêt propre est en jeu. Dans ce monde les pays européens ne peuvent pas rivaliser individuellement, du moins s’ils ne souhaitent pas être des vassaux de puissances plus importantes.

La Cour suprême pouvait être un garde-fou à des dérives trop importantes. On notera que la juge désignée par D. Trump, Amy Coney Barrett, outre ses qualités professionnelles indéniables a la particularité d’appartenir à un mouvement charismatique, non reconnu par l’Eglise, d’inspiration catholique qui pratique la glossolalie entre ses membres, à savoir le fait de parler ou prier à haute voix dans une langue ayant l’aspect d’une langue étrangère composée de syllabes incompréhensibles. Démarche visant à copier la « langue des anges » décrite dans le Nouveau Testament. Qu’on le veuille ou non nous sommes influencés par nos convictions et nos croyances, il est donc intéressant de se dire que le sort juridique, et donc de société, d’un pays comme les Etats-Unis d’Amérique pourrait dépendre d’une Juge qui serait seule à se comprendre !
 


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