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La fraude au président, arnaque financière ou prédation économique ?





Le 20 Juillet 2021, par Olivier de Maison Rouge

Bien que penché depuis longtemps sur les actes de malveillance et les guerres informationnelles, parmi les agissements relevant de l’encerclement cognitif (pour reprendre un terme cher à notre ami Christian Harbulot) se trouve un délit hybride – comme beaucoup de faits qui se rencontrent sur le terrain de la guerre économique – qui est la « fraude au président » ou encore le faux ordre de virement (ou « FOVI »).

De telles actions illégitimes portent gravement préjudice à de nombreuses entreprises chaque année, à l’instar des ransomware qui relèvent de la cyberdélinquance. Pour les assurances, ce risque est devenu un fléau très important, susceptible d’assécher les liquidités d’une entreprise, déjà fragilisée en cette période de crise sanitaire.

Nous en faisons ci-après une analyse sous l’angle de l’intelligence économique.


La fraude au président, arnaque financière ou prédation économique ?
La fraude au président

Bien que relevant bien souvent bien souvent des délits crapuleux, cette infraction - dite « astucieuse » - contribue cependant à la vulnérabilité des entreprises, les privant parfois d’une trésorerie nécessaire à la bonne marche des affaires sociales. Elle participe également à l’atteinte à l’image de sa victime, dont la réputation se trouve largement écornée, à l’égard de ses fournisseurs, clients et partenaires financiers. Il peut induire également une perte de confiance des banquiers et investisseurs.

De fait, la soustraction de liquidités par escroquerie se trouve à la frontière du banditisme et de l’intelligence économique en ce qu’elle fait appel tout autant à l’information préalable et à l’ingénierie sociale.

Dans les faits, la « fraude au président » se traduit par un procédé d’affabulation et de pression psychologique, créant un « tunnel mental » par lequel l’interlocuteur se retrouve malgré lui soumis de manière cognitive, privé du discernement nécessaire.

La machination est précédée d’un véritable travail d’étude et d’analyse des voix, agissements, comportements, méthodes de contrôle interne, profils personnels … des acteurs de l’entreprise et de ses partenaires. En effet, une telle approche peut se faire directement, mais la cible peut aussi être indirectement un sous-traitant ou un donneur d’ordre.

Par suite, profitant d’une absence du président – ou d’un cadre dirigeant – l’escroc appelle la personne qui a la main sur les paiements en se faisant passer pour ledit supérieur hiérarchique (l’ascendant est un élément clé de la réussite de la fraude), prétextant d’une opération financière confidentielle, importante pour la survie et/ou le développement de l’entreprise, créant par là même un climat de confiance avec la cible qui se sent investie d’une marque d’intérêt du dirigeant, ayant le sentiment de participer à une décision stratégique. L’escroc est suffisamment habile pour reprendre les codes habituels de la personne substituée : tics de langage, formulations, codes internes, etc.

Sous couvert d’une absolue nécessité de procéder de manière exceptionnelle, et en toute urgence, l’acteur de la fraude justifie d’un transfert financier dérogeant aux bonnes pratiques de l’entreprise. In fine, il produit un RIB sur lequel la personne trompée par l’apparence (jusqu’à en imiter la voix) va réaliser le virement financier.

Le procédé est malheureusement assez fréquent, permettant de tromper des PME, ETI et même de grands groupes.

L’escroquerie aux faux ordres de virement (FOVI)

Les soustractions financières ci-dessous participent aux mêmes finalités et empruntent les mêmes mécanismes trompeurs.

On constate ainsi des cas où de prétendus fournisseurs ou bailleur réclamant des paiements qui ne seraient pas parvenus, ou émettent de nouveaux RIB enregistrés à tort par le service de paiements font enregistrer leurs comptes dans les livres de la société prochainement victime, et perçoivent indûment des mouvements financiers qui ne leur étaient pas destinés.

De même, il existe des e-mails dont les adresses électroniques sont falsifiées (un « i » remplacé par un « l » ou encore un « L » minuscule pour un « I » majuscule) trompant son destinataire, l’invitant à procéder à un règlement à distance. Ainsi, une adresser électronique bancaire devient « crédIt » au lieu de « crédit » ce qui, pour un salarié d’attention moyenne, suffit à le tromper.

Plus artisanale, l’arnaque au chèque bancaire semble actuellement fleurir.

Bien que le mode de paiement connaisse un certain déclin, il demeure utilisé par des délinquants financiers. Le procédé est assez rudimentaire, mais non moins efficace : ayant récupéré les coordonnées bancaires de l’entreprise (qui pullulent sur le Darkweb notamment, suite à des violations de données), le malfaiteur libelle un chèque falsifié ou volé qu’il dépose sur le compte bancaire de sa future victime.
Celle-ci se voir créditer de la somme en question sur son compte bancaire.

L’auteur de la fraude appelle ensuite l’entreprise indûment créditée, lui faisant part de son erreur, et lui proposant de lui rembourser directement la somme, par virement. Tandis que la victime s’exécute, le délinquant use de sa faculté pour annuler le chèque à l’origine de la fraude jouant sur les délais calendaires bancaires. De fait, la victime, croyant avoir fait une opération neutre, se voit amputée doublement du montant crédité à tort.

Nous recommandations les précautions suivantes :
  • Sensibiliser les DAF et services de paiement à ce type d’infractions.
  • Les tester si besoin.
  •  Mettre en place des règles rigoureuses à double contrôle interne pour les paiements avec vigilance accrue (détection des signaux faibles).
  • Recoller les informations bancaires / clients / fournisseurs et instaurer un régime de vérification (rappel téléphonique, confirmation e-mail, etc.).
  • Rappeler les règles de discrétion professionnelle sur les réseaux sociaux.
 

Par Olivier de MAISON ROUGE
Avocat – Docteur en droit
Coprésident de la commission Renseignement et sécurité économiques (ACE)
Dernier ouvrage publié : « Survivre à la guerre économique. Manuel de résilience », Va Editions, 2020


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