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La hausse du prix du diesel peut-elle faciliter la transition écologique ?





Le 30 Novembre 2018, par Christophe Girard

Au vu des événements, la crise des "Gilets jaunes", la question se pose pour Macron et le Gouvernement : faut-il annuler la prochaine hausse de la TICPE au 1er janvier 2019 et renoncer aux hausses de 3 centimes des taxes sur l’essence et de 6 centimes sur le diesel ? Rappelons-leur la phrase de Kennedy en mars 62 : « A vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes. »


Une hausse du prix du carburant en trompe-l’œil

Officiellement, les tarifs du carburant augmentent sous l’effet de la TICPE pour freiner la consommation d’énergie fossile. En réalité, la consommation de carburant routier par habitant ne cesse de baisser en France depuis 2010 : on ne consomme pas plus de carburant routier aujourd’hui qu’il y a dix ans, avec plus d’habitants. Et, depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, la consommation a diminué de plus de 10 %. Ce sont les chiffres de l’Union Française des Industries Pétrolières (UFIP) publiés en octobre.
Donc, la taxe augmente parce que la consommation de carburant baisse ! Et plus la consommation baissera, moins la taxe rapportera.
Ce qui veut dire que la raison de la hausse de la taxe n’est pas écologique (puisque l’objectif est atteint sans hausse de taxe), mais qu’elle est budgétaire.
Selon Eric Verhaeghe, après analyse détaillée des comptes publics, « La part des entreprises à l’effort budgétaire global s’est effondrée de plus de 10 milliards € (et ce avant les baisses massives d’impôt sur les sociétés), quand celle des ménages battait des records sur tous les fronts : plus 20 milliards de TVA, plus 17 milliards d’impôts sur le revenu…. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre l’origine de la grogne des Français » (1).

Une mécanique infernale

L’idée de départ est que l’augmentation du prix des carburants va modifier les comportements des consommateurs. Pourtant, avec une contrainte à court terme, augmenter les prix ne conduit pas nécessairement, ou très peu, à réduire la consommation. « Dans le cas des carburants, quand leur prix augmente de 10 %, la consommation baisse de 1 à 3,5 %. Pour obtenir une baisse de consommation d’au moins 10 %, et potentiellement de 35 %, et ainsi avoir un effet non nul en matière de lutte contre le réchauffement climatique, il faudrait donc pratiquement doubler le prix des carburants ! … Ce qui n’est pas prévu par le gouvernement d’Emmanuel Macron qui a entériné une hausse de la TICPE de 23 centimes par litre pour le gazole d’ici à 2022, et de 11,5 centimes pour le sans-plomb, soit une hausse des prix comprise entre 8 et 15 % environ par rapport aux prix actuels (environ 1,50 euro le litre). En conséquence, la baisse prévisible de la consommation de carburants se limitera, à quelques pour cents, à l’horizon 2022 », explique un économiste (2).
En outre, les ménages les plus démunis sont plus exposés que les autres à cette augmentation du prix des carburants : ils disposent de moins de moyens financiers pour la supporter et n’ont pas nécessairement la possibilité de changer de véhicule ou de chaudière. Il poursuit : « Ainsi, lorsque le ménage est financièrement serré et que le prix des carburants augmente, il ne change pas de véhicule. Et encore moins de chaudière tout en réduisant ses postes de dépenses tels qu’intensité et qualité du chauffage, fréquence et choix de ses déplacements, habillement, alimentation, santé, loisirs... » Cela n’incite donc en rien à un changement de comportement, mais donne une difficulté supplémentaire pour satisfaire les besoins de mobilité ou de chauffage, au moins à court terme. Pour avoir une idée du problème, l’augmentation des carburants coûterait un mois de salaire à un smicard parcourant 50 km par jour pour travailler.

Un racket fiscal

La vérité est que l’État français est en déroute financière. L’écologie n’est qu’un prétexte. Il faut de l’argent, et vite. D’où le réflexe classique : le matraquage fiscal.
Comme le montre Eric Verhaeghe, déjà cité, le déficit s’ouvre de façon béante depuis 2017 : « Par une politique fiscale agressive, François Hollande avait réduit à huit milliards au 30 septembre 2014 le différentiel entre les recettes fiscales nettes et les dépenses de l’État. Avec Emmanuel Macron, ce différentiel a explosé à 26 milliards... Autrement dit, 10 % des dépenses courantes de l’État ne sont pas couvertes par des recettes fiscales. »
Pourquoi mentir à ce point pour nous encourager à rouler tous à l’essence ?
Le calcul est très simple. Prenons deux automobilistes parcourant 15 000 km par an. L’un possède un véhicule essence, avec une consommation de 8,5 litres aux 100 km ; l’autre possède le même modèle du même constructeur équipé d’un moteur diesel, équivalent en puissance, avec une consommation de 5,8 litres aux 100 km. Dans le premier cas, la consommation annuelle est de 1 275 litres, taxés à 0,86 euro, soit au total 1 096,50 euros. Dans le second cas, la consommation annuelle est de 870 litres, taxés à 0,66 euro, soit au total 574,20 euros. La différence sera donc de 522,30 euros sur un an.
Avec un parc automobile de 38 millions de véhicules, il est facile de calculer que la disparition programmée du diesel représentant environ 60 % des motorisations actuelles, permettrait à terme, une recette fiscale supplémentaire de plus de 11 milliards d’euros par an. Il ne faut pas chercher ailleurs la véritable raison de la volonté gouvernementale de tuer le moteur à gazole.

Pas simple pour un menteur de reconnaître qu’il a menti.
Macron et le Gouvernement Philippe auront-il l’humilité suffisante pour cela ?
On est en droit d’en douter. Mais peut-être n’auront-ils pas le choix.

(1) http://eric-verhaeghe.entreprise.news/2018/11/04/prix-du-carburant-langoisse-qui-se-cache-derriere-la-version-officielle/
(2) https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/macron-ou-l-ecologie-punitive-pour-210031




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