Journal de l'économie

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La presse, les médias, existent toujours et se renouvellent sans cesse





Le 29 Septembre 2022, par Philippe Cahen

Depuis quelques années, on enterre régulièrement la radio, la presse écrite, le cinéma… et on se trompe aussi régulièrement. Les signaux faibles se cachent dans les technologies et les changements des publics. Chaque décennie apporte ses nouveautés qui bousculent les convictions.


Image hiretheyouth.org
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Presse et médias se confondent

C’est une banalité de dire que l’imprimerie (1450) a créé la presse (1605, Johann Carolus à Strasbourg). Auparavant, dès les Romains, l’information était affichée. La technologie a créé la presse écrite, la radio la presse orale, le cinéma la presse visuelle animée et internet a tout rassemblé. La télévision a créé des variantes de la presse de film. Internet est un média qui porte toutes les presses : écrites, orales et visuelles animées. Et Internet se regarde sur l’ordinateur, la « smart » télévision, le mobile (dont la tablette). À quand la presse holographique ?

Autant dire qu’Internet révolutionne la presse d’autant qu’Internet est sur notre téléphone mobile, dans notre poche ou notre sac. On ne lit pas sur un support papier comme on lit sur un écran et le support technique peut lire le texte à notre place. Internet permet de « découper » l’information et la « saisir » quand on veut dans son entier, dans son extrait choisi et la stocker à volonté. Et l’on est confronté à ce que l’on appelle depuis le début de ce siècle l’infobésité, ou surcharge informationnelle.

Sur Internet, les médias organisent notre information selon nos goûts avec des algorithmes que ce soit sur les moteurs de recherche comme Google, les réseaux sociaux comme Facebook, Instagram, TikTok, LinkedIn, etc., nos choix de « télévision » comme Netflix, voire notre consommation de produits comme Amazon, etc. Bref l’infobésité XXL nous conduit à être saturés d’une information qui nous rassure, car elle nous ressemble.

Sauf que ce « nous » souffre d’exceptions : la curiosité, la surprise, l’évasion comme le proposait « L’Illustration » qui a inspiré Jules Verne. Sauf que d’autre part ce que la presse diffuse s’est élargi et approfondi. Y a-t-il un facteur mille ou un facteur un million voire plus depuis Jules Verne ? Que ce soit dans les sciences, le sport, la connaissance du monde, l’art (connaissez-vous le prompt art ?), les nouvelles technologies, les voyages… tout est plus large et plus profond. Et le lecteur intéressé suit. Devant l’abondance de l’information, il cherche à maitriser son temps.

Exemple de Axios : en 6 ans, un demi-milliard de dollars

Axios est une réponse à la maitrise du temps. Axios a été créé en 2016 sous une marque descriptive « smart brevity », la concision (de style) intelligente. En 3 000 à 3 500 signes, le sujet choisi pour sa pertinence, quelle que soit sa complexité doit être compris, soit 1 min de lecture. Par exemple ces 6 têtes de « chapitre » pour un article sur la connexion sans fil à faible consommation : pourquoi c’est important, description en bref, état des lieux, entre les lignes, et ensuite, l’essentiel.
Le principe a été développé au départ dans la technique, la finance et l’énergie puis s’est décliné dans l’information locale et diffusée par newsletters spécialisées lisibles sur téléphone mobile. Axios avait à l’été 2021 110 journalistes et réalisait 85 % de son chiffre d’affaires (60 millions $ en 2020, 100 millions attendus pour 2022) par des publicités ou parrainages de ses newsletters. Axios aurait toujours été bénéficiaire. Axios a été acheté en aout 2022 par le groupe de presse d’Atlanta Cox pour 525 millions de dollars. Axios veut vendre son style par AxiosHQ.

Exemple du New York Times : accroitre sa fréquentation

Le New York Times fait le choix des acquisitions externes afin d’élargir son centre de gravité en choisissant des acteurs spécialisés à fort potentiel. Le choix est dans l’élargissement de la fréquentation dans le pourtour du cœur du réacteur. En 2020, il acquiert Serial Productions, le créateur du podcast qui développe des séries. En somme, la radio au service du papier, mais il faut dire qu’à présent, la radio s’écoute en se déplaçant ou en faisant du sport et plus devant son poste émetteur.

En janvier 2022, il acquiert The Athletic, 550 millions de dollars, crée en 2016, un site et un réseau de sport anglo-saxon couvrant 200 équipes avec 400 journalistes, ce qui est considérable. Or le sport est une actualité quotidienne particulièrement captive. L’objectif du Times est de 10 millions d’abonnés contre 8 millions à ce jour. The Athletic en a 1,2 million. En février 2022, le New York Times acquiert Wordle, un jeu de lettres crée en octobre 2021 dont les joueurs se comptent par millions, un potentiel énorme de fréquentation du journal. Aujourd’hui, les produits autres que l’information (jeux, cuisine, audio…) pèsent plus de 10 % du chiffre d’affaires.

Exemple de l’écran de « télévision » des enfants

L’écran de télévision est un vestige du passé. Entre 2011 et 2021, le temps passé devant un poste de télévision par les 4-14 ans est passé de 2 h 18 à 1 h 10 selon Médiamétrie. Dans 10 ans, ce temps pourrait être… nul. C’est le temps devant un écran qui augmente à 4 h 30, soit plus 15 min de 2021 sur 2020. L’enfant choisit ce qu’il veut regarder. L’écran n’est plus qu’un support à passer ce qui est réputé par les algorithmes des plateformes (Netflix, Disney+,…), des VoD, du streaming.

Pour les15-24 ans, tout au moins en UK, TikTok a dépassé en audience la télévision selon l’Ofcom, le régulateur britannique des médias. Les plus de 65 ans regardent quant à eux encore plus la télévision. Or les réseaux sociaux – voir notamment les influenceurs - sont les sources d’information des moins de 24 ans. La culture du format court, voire ultra-court se met en place. BRUT peut apparaitre pour certains comme un format long. La rupture est profonde entre les +65 ans et les -25 ans.

Exemple : la guerre des plateformes

Les plateformes n’en sont qu’à leurs débuts. Les films et les séries ont été leurs matériaux de naissance. Le sport va être le matériau d’accoutumance pour certains. Mais la « télé de papa » va y retrouver ses petits sous des formes nouvelles adaptées aux plateformes : culture, voyage, jeux, information… vont apparaitre sous des formats issus aux outils d’aujourd’hui et de demain. Plus personne n’est choqué d’une intervention par Zoom à la télévision. La puissance financière des plateformes les assure de blockbusters. Mais la créativité et la spontanéité resteront l’apanage des audacieux. Les plateformes seront bientôt dépassées à moins qu’elles ne rachètent les audacieux confirmés.

Tout change, rien ne change

Objectivement, nous le public changeons très rapidement. Et objectivement, la presse, les médias conservent les formes anciennes ou adaptées aux technologies du moment. Il y a toujours autant de lecteurs de livres et les moins de 12 ans en sont toujours friands. Les magazines existent toujours et les mooks traversent le temps, XXI date de 2008 et a été largement copié. Ce qui est certain, c’est qu’il faut s’adapter au public toujours à la recherche d’informations et de divertissements, mais dont la disponibilité change.

Il y a 50 ans dans le métro, c’était tout un art du pliage et dépliage pour lire son journal, puis est venu le format berlinois et les gratuits, aujourd’hui chacun est plongé dans son téléphone mobile qui offre le texte, le son ou le film où l’on ne sait quoi jusqu’au jour où l’on aura des sortes de lunettes sortant d’écouteurs géants.

Je repars en plongée…
 
Philippe Cahen
Conférencier prospectiviste
Dernier livre : « Méthode & Pratiques de la prospective par les signaux faibles », éd. Kawa


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