Journal de l'économie

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La sociologie, moteur de signaux faibles : la génération Covid





Le 15 Juin 2020, par Philippe Cahen

Les sociologues sont les nez de la société, les yeux. et les oreilles. Ils savent détecter avant d’autres des mouvements sociologiques ou les sociostyles, qui portent une empreinte légère ou forte sur la société. Leur talent est de donner un nom au présent ou d’être en anticipation. Et donner un nom, c’est exister et donc peser, imaginer ce que demain peut être.


Wikipedia
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Voici quelques termes de sociologues qui ont marqué les dernières décennies et un dernier qui peut exister. Dans le cadre du Journal de l’Economie, l’attention est mise sur ce que l’on a fait de ces sociostyles, de ces mots.

Créatif culturel

Ainsi les « créatifs culturels ». On en parlait en France essentiellement entre 2005-2010 et 2016. L’origine vient d’un livre éponyme, américain (octobre 2000) comme souvent écrit par le sociologue Paul Ray et la psychologue Sherry Anderson. Les créatifs culturels sont ouverts aux valeurs féminines, écologiques qui impliquent la société et le développement personnel.
Le nom de ce mouvement sociologique a permis de cerner tôt une population, un comportement, et de lui attribuer une existence. Aujourd’hui, c’est un courant important de la société parfois considéré comme majoritaire. Mais tout courant existe aussi par son inverse.

Cocooning

Faith Popcorn avait inventé en 1981 le terme « cocooning », le retour de la société aux valeurs traditionnelles qui a marqué les années 90. Vers 1994, Faith Popcorn a créé le mot de « borrowing » pour désigner l’enferment plus profond de la société. En 1991, en France en 1994, nous lisions tous « Le Rapport Popcorn. Comment vivrons-nous en l’an 2000 ? » de Faith Popcorn dont elle disait par exemple sur le téléphone gratuit aux Etats-Unis, le 1800 : « il y a de l’or qui se cache dans ces lignes téléphoniques. Des lingots de fidélité de la clientèle ».
La perception de ces mouvements sociologiques avait poussé Faith Popcorn à pousser sa logique comportementale dans le futur. Aujourd’hui, le terme « cocooning » est oublié. Il aurait pu être utilisé pendant le confinement … au moins pour ceux qui l’ont bien vécu.

Bobo – bourgeois bohème

Le terme bourgeois bohèmes plus connu sous celui de bobo est apparu dans les années 80. Il désignait ce qui fut la jeunesse gauche caviar mitterrandienne. Il est réapparu dans les années 2000. Aujourd’hui, il désigne une population d’âge plus large, plutôt aisée, contra-bourgeoise et écologiste, plutôt urbaine, parfois écolo-rurale.
De fait, c’est une manière de vivre avec un mot – bobo – jugé péjoratif qui décrit largement le comportement psychologique et social des bobos.

Hipster

En France, le mot hipster est apparu dans les années 2010. Il donne une identité physique marquée des hommes essentiellement urbains, identité aussi bien culturelle (musique, opinions, lieux), vestimentaire (chemise canadienne à carreaux), physique (soin capillaire affirmé et de barbe, tatouages), se déplaçant en transport doux (deux roues). De marginal – un quasi bobo revendicatif, le sociostyle est devenu une affirmation de société.

Génération X, Millennials Y, Z

L’organisation par génération est plutôt classique chez les sociologues. Les babyboomers (nés entre 1945 et 1965) sont les plus caractéristiques de l’après-guerre. Une grande partie est à la retraite, les fameux jeunes retraités actifs. La génération X ou crise (née entre 1965 et 1975/80) et une génération entre deux : entre les « suffisants », qui avaient tout, et la génération suivante, technologique. La génération Y ou Millennials (née entre 1975/80 et 2000) est le plus grand choc générationnel de l’histoire de l’humanité, elle est la première génération qui apprend à ses parents l’utilisation des nouvelles technologies. La génération Z est née depuis 2000, a avalé les nouvelles technologies qui sont naturelles pour elle comme ce fut de tailler un crayon pour leurs grands-parents.

Les terminologies aident à comprendre les comportements de ces générations aussi bien dans leur travail que leurs familles et leurs amis, et donc leur consommation. Ces générations sont cependant contestées par certains sociologues par les tranches d’âge, par les ruptures d’années, par les comportements envers les nouvelles technologies.

Les covidnials ou covinials

La génération Z se cherchait un nom, comme Y devint Millennials, la génération du millénaire. « OK Boomer » de la députée zélandaise de 25 ans, Chlöe Swarbrick, devenait une signature pour les suiveurs de l’activiste écologiste Greta Thunberg, une rupture générationnelle et sociétale. L’écologie n’est pas la seule caractéristique de cette génération.

Il y a aussi les décrocheurs. Les américains les appellent la génération « neet » (nés entre 1995 et 2004), ni en étude, ni en emploi, ni en formation. En février 2020, en France, le ministère du Travail chiffrait une baisse de 6% des « neet » à 963.000. Plus nombreux que la moyenne de l’Union Européenne. Et patatras, le coronavirus surgit.

C’est le cabinet d’études Occurrence qui a imaginé les termes de covidnials ou covinials pour la génération qui a 20 ans pendant la Covid-19. Le sujet est réel tant les deux mois de confinement puis les deux mois de déconfinement, et la scolarité en téléenseignement ont marqué les esprits et vont continuer à les marquer. On peut s’interroger combien de temps quotidien cette génération n’a pas eu d’écran allumé devant les yeux. Car cette génération pour celle urbaine des grandes villes est aussi fortement consommatrice de technologies et de voyages, de carbone. Encore un saut par rapport aux Millennials.

Cette génération, majoritairement 20-25 ans, mais plus ou moins deux ans, est aussi concernée d’une part par la perte des « petits boulots » (travaux saisonniers, commerce, restauration, …) – l’OIT considère qu’un jeune sur six a perdu son travail, d’autre part l’entrée sur le marché du travail va être difficile (apprentissage ou alternance, stage, premier travail) du fait de l’offre réduite de travail.

Les covidnials ou covinials, la génération confinement, peut être fortement marquée par la Covid-19. Et chacun sait que le premier pas sur le marché du travail est déterminant pour la suite de son expérience. Entre OK Boomer et covinials, qui va marquer l’époque ? Générations à suivre.
 
Je repars en plongée …
 
Philippe Cahen
Conférencier prospectiviste
Dernier livre : « Méthode & Pratiques de la prospective par les signaux faibles  », éd. Kawa

 


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