Journal de l'économie

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Le populisme à l’Elysée ?





Le 26 Avril 2022, par La Rédaction

Le populisme smart doit être le nouveau guide de la politique. Souvent opposé à la démocratie, il est en fait salvateur. C’est tout du moins l’idée que partage Yannick Mireur dans son dernier ouvrage « Populisme Smart, Le retour du ‘peuple’ dans la politique et comment y répondre ». Il nous y montre comment enrayer la crise démocratique et reconquérir l’opinion à travers un discours populiste smart, pédagogue.


Le terme « populisme » est souvent mal connoté. En quoi le « populisme smart » est-il différent ?

Définissons tout d’abord le terme pour parler de la même chose : le populisme désigne la réponse politique à un mécontentement largement répandu, profond et non passager, au sein des classes moyennes et populaires, mais aussi supérieures. Ce mécontentement, qui a des causes diverses, appelle un discours où se mêlent d’un côté le bon sens, qui prend acte de la légitimité du mécontentement face à des élites dirigeantes parfois détachées des préoccupations de la population, et de l’autre le simplisme qui ne restitue pas à l’opinion les complexités du monde contemporain, abondant à gros traits dans le sens des attentes (souvent peu réalistes) des classes mécontentes. Cela correspond à des promesses financières et fiscales ou à celles du RN sur la nationalité, qui se heurteraient à des obstacles juridiques. C’est une sorte de facilité électoraliste qui est volontiers irresponsable. Le populisme canalise une exaspération, voire un désespoir, mais il relève plus du flair que de l’art de gouverner.
 
Populisme smart, cela veut dire tenter de concilier les deux, à savoir ne pas démoniser, mais accepter les revendications populaires, avec un corollaire qui est la pédagogie, c’est-à-dire le contraire du simplisme à outrance. Un discours populiste smart consiste à respecter « les raisons d’autrui » comme le dit l’écrivain Nicolas Matthieu, et non à les évacuer comme inconvenantes ou grossières, et à reconnaître ainsi que les causes du mécontentement sont valides, voire même à les partager, brisant les codes du langage politiquement correct qui attise le vote populiste comme le souffle sur la braise. En même temps, le populisme smart entreprend d’expliquer sans détour les réalités économiques et internationales. Sympathie pour les demandes populaires, empathie pour les plus vulnérables dans la transition économique que nous vivons, mais aussi vérité sur les contraintes comme les opportunités associées à la mondialisation. Populisme smart, cela signifie exploser simplement ce qu’il est possible de faire et ce qui moins à portée et pourquoi.  
 
Par exemple, plutôt que s’empresser de rejeter le principe d’une préférence nationale en l’accusant de tous les maux, il explique pourquoi ce principe est apparu dans le débat – les abus de couverture sociale au bénéfice des immigrés d’Afrique et du Maghreb (RSA, allocations familiales, etc.) –, dans quelle mesure son application aurait du sens, et pourquoi il n’est en rien contraire à l’universalisme français qui consiste à accueillir quiconque qui adhère aux grands principes politiques et à l’héritage culturel français.
De même il explique pourquoi des principes anciens comme la laïcité ou le droit du sol, conçus dans un contexte historique spécifique, méritent d’être adaptés aux réalités actuelles, sans que cela signifie un reniement. Faudrait-il par exemple distinguer nationalité et citoyenneté comme le font les Britanniques ? Autre exemple : il convient de reconnaître l’échec patent de l’intégration et le malaise que cet échec a provoqué dans la société, mais sans conclure à un rejet systématique des migrations, car elles font partie de l’histoire de l’humanité. Mieux vaut proposer pourquoi et comment l’Europe doit s’investir dans le développement économique en Afrique pour juguler d’inévitables poussées migratoires à venir, et pourquoi elle est la bonne échelle d’action. 
Le populisme smart consiste à affronter les postures idéologiques qui trop souvent tronquent le débat politique, à désamorcer les inquiétudes culturelles, à désosser les enjeux économiques pour montrer toute la vacuité des solutions faciles, et à offrir un discours offensif pour ramener l’opinion à croire à la politique.
Il porte aussi un révisionnisme sur le rôle des partis, dont le discrédit est lié à la détérioration du personnel politique. Leur rôle de RH pour rechercher des talents, faire de la compétence le critère principal de leur recrutement, mérite d’être posé sur la place publique si les partis veulent retrouver la confiance et la considération des électeurs.
Définissons tout d’abord le terme pour parler de la même chose : le populisme désigne la réponse politique à un mécontentement largement répandu, profond et non passager, au sein des classes moyennes et populaires, mais aussi supérieures. Ce mécontentement, qui a des causes diverses, appelle un discours où se mêlent d’un côté le bon sens, qui prend acte de la légitimité du mécontentement face à des élites dirigeantes parfois détachées des préoccupations de la population, et de l’autre le simplisme qui ne restitue pas à l’opinion les complexités du monde contemporain, abondant à gros traits dans le sens des attentes (souvent peu réalistes) des classes mécontentes. Cela correspond à des promesses financières et fiscales ou à celles du RN sur la nationalité, qui se heurteraient à des obstacles juridiques. C’est une sorte de facilité électoraliste qui est volontiers irresponsable. Le populisme canalise une exaspération, voire un désespoir, mais il relève plus du flair que de l’art de gouverner.

Quelles seraient les conséquences de la montée du populisme au gouvernement ?

Capter l’humeur de l’opinion, saisir les attentes immédiates et les anxiétés plus sourdes, est nécessaire pour gouverner. Mais il faut aussi montrer une capacité à faire des propositions pour adapter le fonctionnement des institutions, notamment européennes, ce qui est difficile à 27, et peut-être demain à 28 avec l’Ukraine dont on évoque, malheureusement sous le coup des événements et non comme résultat d’une politique pensée et construite, l’adhésion. Sans cette capacité, le risque est d’accélérer notre déclassement et de provoquer un recul économique d’ampleur – ces craintes-là ne sont pas feintes. 
La caractéristique du populisme est de répondre à court terme. Or il s’agit de convaincre l’opinion d’une vision à plus long terme qui pourra faire comprendre et accepter des sacrifices à court terme. Ce ressort-là est cassé comme en atteste la grande désillusion politique qui frappe l’opinion, et plus encore les 18-35 ans. Le populisme smart vise à réparer cette cassure en admettant les causes de la cassure tout en expliquant avec la plus grande clarté comment se rapprocher des attentes de l’opinion, l’embarquer en quelque sorte, dans un projet collectif. 

A différents degrés, le populisme n’est-il pas présent dans tous les grands partis politiques ?

Les partis ont pour mission de répondre aux attentes des électeurs au mieux d’un intérêt général en offrant un projet fédérateur. Il faut souvent donc tenir une ligne de crête difficile qui s’appelle l’art du possible. Ainsi, il faut parfois acquiescer à des revendications dont on sait que les conditions financières les rendront irréalisables au moins à court terme, pour emmener l’opinion vers un plan d’ensemble où les détails s’étalonneront à mesure que l’on avancera. Mais la condition pour cela est toujours la même : être en mesure d’exercer le pouvoir, sans quoi on reste sur le banc de touche, sans moyen d’influer sur le cours des choses. 
La politique est aussi un théâtre. Les émotions de l’opinion, la dimension sentimentale des enjeux publics, l’histoire, la nation, ce que l’on appelle le récit ou le narratif, qu’il s’agisse de grandeur nationale ou de conquête sociale, c’est aussi la matière de la politique. Et notre culture politique verticale excite la rencontre entre peuple et leader, qui est affaire d’alchimie, qui repose notamment sur une formule mêlant vérité, rigueur et espoir. Dans chaque parti, RN, LFI et LREM, la concentration verticale du pouvoir participe, qu’on le veuille ou non, à une forme de césarisme, qui est toujours teinté de populisme en ce sens qu’il fait appel à l’émotion plus qu’a l’esprit critique. 
 
Par ailleurs, si le RN porte des propositions irréalistes qui le font qualifier de populiste, la dénonciation d’un danger terrible de la part de ses adversaires mérite d’être prise pour ce qu’elle est : l’agitation orchestrée de la peur dans l’électorat, qui n’est pas un procédé digne. Le projet de LREM visait à faire disparaître les causes du vote populiste et extrême : vu la situation en 2022, il y a lamentablement échoué. Donc faire face aux problèmes qui causent ce vote serait préférable à cette approche d’épouvantail qui marche moins et aggrave le fossé entre politique et opinion. 

Le populisme est-il opposé à la démocratie ?

Je ne crois pas. Il est une façon, quoique l’on puisse en déplorer certaines manifestations, de régénérer la participation de l’opinion à la vie politique, son intérêt pour la chose publique. La forte participation à la présidentielle américaine a montré que le discours de Trump ravivait une flamme citoyenne. Bien sûr, c’est une force à double tranchant, mais sur des sujets stratégiques comme la Chine le coup de semonce Trump a fait bouger des lignes qui restaient figées. Trump a poussé un désillusionnement général sur les orientations que prendrait la Chine dans la mondialisation, et il y a consensus sur une attitude plus ferme vis-à-vis de Pékin et du parti communiste chinois. J’avais écrit en 2014 une tribune appelant à être durs face à la Chine, car il ne fallait pas s’illusionner sur la tricherie dont est capable le PCC. Hélas, il a fallu un Trump, avec ses scandaleuses facéties et son ignorance vantarde pour déciller les élites washingtoniennes. Mais vous voyez que la démocratie a résisté à ce messager obscène, qui a perdu en 2020 alors que les sortants sont généralement reconduits aux États-Unis. Et le populiste Trump a perdu là où il avait gagné en 2016 : parmi les classes moyennes et populaires des États industriels. Celles-ci peuvent donc, par lassitude ou colère, confier le pays à un Trump, et être parfaitement capables de lui reprendre son mandat pour choisir la décence et le calme en la personne d’un politicien assez fade comme Biden, quatre ans plus tard.
Le populisme présente des risques, mais ce peut aussi être un utile coup de pied dans la fourmilière s’il aboutit in fine à remettre l’esprit critique du citoyen au cœur de l’espace public. Et pour cela l’école est le socle de notre société, l’instruction publique doit assurer que le plus grand nombre, même ceux qui suivent des études courtes, ait de quoi exercer leur esprit critique face aux événements. 



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