Journal de l'économie

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Le projet de société du Forum de Davos, analyse par John Laughland





Le 12 Mai 2021, par Lauria Zenou

Auteur de l'ouvrage "La Grande Réinitialisation" paru chez Quid Novi, John Laughland nous livre un analyse passionnante du Forum économique mondial de Davos. Universitaire et docteur en philosophie, il décortique ce projet qui a ravivé quelques fantasmes complotistes à travers le monde.


L’idée de « Great Reset » proposée par Klaus Schwab est-elle un moyen de remettre en question un système pour l’améliorer ou bien un retour en arrière vers l’Etat puissant ?

L’idée de « Great reset » est surtout une façon pour les élites mondialistes de renforcer leur pouvoir. Ces élites qui prêchent le mondialisme depuis 30 ans et dont on constate aujourd’hui les dérapages se profilent désormais comme les mieux placées pour réparer les dégâts. Autrement dit, ce sont des pompiers pyromanes.

Il est intéressant de parler de l’État puissant car ce qui frappe surtout, c’est la vision que j’appelle « capitalo-marxiste ». C’est une convergence entre l’ultra-libéralisme et le fonctionnalisme. Ce dernier prétend gérer l’économie mondiale comme si la société humaine était une machine et eux les ingénieurs.
 

Pensez vous que la diffusion des idées de la « Grande Réinitialisation » favorable aux nouvelles technologies amènerait à une forme de transhumanisme ?

Le livre de Klaus Schwab et Thierry Malleret n’évoque pas clairement le transhumanisme, mais celui-ci a été largement débattu durant les forums de Davos et par Schwab dans ses propres conférences. C’est justement l’aspect le plus effrayant de son projet. Il montre à quel point sa vision est inhumaine. On peut très bien souhaiter que les nouvelles technologies améliorent la santé humaine, mais il est aberrant de croire avec Schwab que la nature humaine pourrait un jour être dépassée ou amandée par la technologie.

Quand Schwab annonce être favorable à la fusion des identités biologiques et numériques de l’Homme, on voit bien qu’il ne sait pas ce qu’est l’Homme. Voilà le vrai danger de la vision « swchabienne » de notre avenir.

Quelle sera la place de la France dans une confrontation d’idées qui semble inévitable ?

La France a cette particularité en Europe d’avoir un fort sentiment national et de l’État. C’est justement l’État dont le mondialisme vise l’abolition, par le marché ou par le supra nationalisme d’ailleurs. Ce rêve du dépérissement de l’État qui avait été théorisé par Max, Engels et Lénine avant d’être adopté par les mondialistes pendant les 30 dernières années, est aux antipodes de la tradition française. Elle est elle-même basée depuis des siècles sur un État fort. Ce n’est pas une coïncidence si la mondialisation est accompagnée en France et ailleurs par un affaiblissement très dangereux de l’État en matière de sécurité sur le territoire national.

L’effacement de l’État au niveau mondial s’accompagne inévitablement de l’effacement de l’État dans nos cités.

La Chine est le premier pays à rebondir alors que les Etats Unis et l’Europe sont encore en récession. Pensez vous qu’il s’agisse de la raison pour laquelle Klaus Schwab semble favorable à la gestion chinoise du Covid-19 ?

Schwab est effectivement favorable à la dictature communiste chinoise comme il l’a d’ailleurs dit au président Xi Jinpin en janvier 2021. Son orgueil de manager l’amène à penser que tout, dans la société humaine peut être dirigé. En réalité, il existe des choses qui échappent à la direction humaine. Comme nous le montre d’ailleurs la pandémie. Concrètement, je pense que si la Chine sort plus vite de la crise du COVID-19 que les pays européens c’est tout simplement par ce que les populations asiatiques ont acquis un certain niveau d’immunité contre les maladies respiratoires à cause de pandémies précédentes. Finalement, l’évolution du virus n’a strictement rien à voir avec les mesures prises par tel ou tel pays.

Pensez-vous que l’engagement de la Chine communiste à Davos en faveur du mondialisme et de la « paix mondiale » ne soit qu’un miroir aux alouettes ?

Je ne pense pas du tout qu’il s’agisse d’un miroir aux alouettes, mais, au contraire, du plus grand danger auquel le monde puisse être confronté. Cette alliance peut aboutir à la fin de la démocratie et à l’empêchement à l’autodétermination des nations. Vous l’aurez compris, l’alliance entre le communisme chinois et le mondialisme est extrêmement dangereuse.




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