Journal de l'économie

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Le syndrome chinois





Le 16 Juin 2021, par Nicolas Lerègle

Il y a quelques années (1979) un film décrivait une catastrophe nucléaire dans une centrale américaine dans laquelle le réacteur entrant en fusion s’enfoncerait progressivement dans le sol pour, par gravitation, ressortir de l’autre côté de la planète en Chine. Hypothèse scientifiquement irréalisable rassurons-nous.


Le syndrome chinois
En 2021 on peut se demander si un nouveau « syndrome chinois » n’est pas en train de se mettre en place avec des ingrédients assez proches. Le nucléaire, les États-Unis et la Chine, une situation qui échappe à tout contrôle. Mais aussi de nouveaux composants, une puissance chinoise hégémonique et, ne le cachons pas, revancharde des années d’humiliation dont elle considère avoir été victime depuis le sac du Palais d’Été en 1860 et une prédominance de la doctrine maoïste rendue encore plus dangereuse par les moyens qui sont aujourd’hui les siens. Ajoutons une réelle connivence entre la Chine et la Russie et l’air d’un retour aux années 60 peut être entonné ou respiré selon son humeur.

En évoquant que la Chine est un « risque systémique » l’OTAN, les mots ne doivent pas tromper, pointe du doigt un danger réel. Et comme c’est l’OTAN et pas l’OCDE qui s’exprime, ce danger est militaire.

La Russie tend à faire de la mer Noire une mer fermée en assurant un contrôle qui s’apparente à une appropriation faisant fi du droit international et créant des situations potentiellement éruptives.
La Chine ne fait pas autre chose dans la zone Indopacifique – où la France est présente territorialement à la Réunion, Mayotte, Tahiti et Nouvelle-Calédonie – où elle tend à s’imposer comme maitresse des lieux.

Tous les 5 ans, la Chine augmente ses capacités maritimes de l’équivalent de la Royale (la flotte française) dans toutes ses composantes aéronavales, de surface ou sous-marine en hommes et en drones. De même que la Guyane est une portion de la France et de l’Union européenne en Amérique du Sud, ces territoires du Pacifique sont des zones atlantiques au sens de l’OTAN. Aussi il est impossible de désintéresser des événements qui s’y déroulent.

Image Wikimedia
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La Chine de Xi n’a pas beaucoup de différence géopolitique avec la Chine de Mao. Et si le capital vu par Friedman a plus sa place qu’écrit par Marx il n’en reste pas moins vrai que le « petit livre rouge » est toujours dans les esprits et les sous-entendus. Au moment de la guerre de Corée, la Chine de Mao ne voyait pas d’inconvénient à ce que le conflit bascule dans une confrontation nucléaire, le calcul du grand Timonier est qu’après quelques dizaines de millions de morts de part et d’autre il resterait toujours plus de Chinois que d’Américains, ou Occidentaux.

Même la Russie stalinienne était plus raisonnable ayant, elle aussi, vu soit que la démographie n’était pas à son avantage soit que l’usage de l’atome n’était pas anodin.

La Chine de Xi est comme celle de Mao, partagée entre l’envie de dominer à défaut de conquérir le monde et la certitude que tous les moyens pourront être utilisés, sans qu’il soit besoin d’aller au-delà de la simple menace, en jouant sur la faiblesse des autres pays. Renversement intéressant de l’histoire où après avoir été victime de la politique de la « canonnière » la Chine trouverait dans celle-ci des attraits actuels.

Alors oui nous sommes bien confrontés à un nouveau syndrome chinois.
Celui d’un pays lointain qui par la force de son armée, de sa puissance économique, de son arsenal nucléaire essaye, par de subtils jeux d’influence et de menaces, de traverser le globe pour se retrouver présente dans des zones géographiques situées à ses antipodes. Les nouvelles « routes de la soie » séduisantes sur le papier n’auraient pas dû faire oublier que la conquête du Tibet est prioritairement passée par la construction d’infrastructures qui, au motif de développement économique, ont surtout permis le jour J de faire transiter tanks et troupes.

Les « nouvelles routes de la soie » procèdent de la même logique. On achète des ports, des bases militaires, des aéroports, des terres, on envoie des techniciens et des ouvriers, des consultants et des ingénieurs et un matin on se réveille en se demandant si on est encore indépendant ou juste vassalisé.

Déjà avec la Covid-19 nous avons eu, sans tomber dans le complotisme, un bel exemple de syndrome chinois, non pas causé par le nucléaire, mais par un virus qui, échappé d’un laboratoire – cela devient de plus en plus une évidence au fil des révélations – a su traverser le globe et mettre à plat les économies occidentales concurrentes.
Virus ou atome on conviendra que, si la différence existe elle est cependant faible.

Il est de bon ton de voir les gesticulations outragées des diplomates et représentants chinois usant les mêmes éléments de langage que ceux usités il y a 60 ans. Mensonges, pressions, invectives et injures sont de nouveau de mise, couplés avec des stratégies d’influence sur les réseaux sociaux qui ne sont pas dénuées d’efficacité.

La question que l’on doit se poser c’est comment traiter un syndrome chinois si d’aventure il devait se produire. Pour un accident nucléaire, la réponse est simple, si on ose dire, il s’agit de confiner le problème en l’empêchant de se répandre au-delà de sa zone de proximité et de le traiter avec force liquide de refroidissement.

Il y a là peut-être une idée à creuser. Réfléchir à un confinement de cette influence chinoise en proposant des alternatives aux pays qui seraient visés ou qui ont été concernés, y compris au sein de l’Union européenne, ce qui a déjà commencé avec l’Italie, le Portugal et la Grèce qui commencent à reconsidérer leur enthousiasme oriental et, refroidir les ardeurs expansionnistes chinoises par l’affichage d’un équilibre des forces qui se veut dissuasif, ce que la France fait en participant à des manœuvres communes avec le Japon, l’Australie… la guerre froide en somme, avec cependant une inconnue, la rationalité – vue par un œil occidental – de l’adversaire. Si la lecture du petit livre rouge est insipide et indigeste pour nos estomacs elle ne doit pas faire oublier que des millions de personnes en ont fait leur bréviaire et que cette ambition maoïste irrigue encore bien des esprits de la Cité Interdite.
 


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