Journal de l'économie

Envoyer à un ami
Version imprimable

Les 6 révolutions accélérées du commerce





Le 23 Juillet 2020, par Philippe Cahen

Depuis le début du siècle (XXIème !) le commerce du Vieux Continent ou plus généralement du Monde Occidental subit une accélération de sa mutation comme jamais cela ne fut. En deux décennies, il est méconnaissable. Et les années à venir confirmeront un visage nouveau.


Aristide Boucicaut
Aristide Boucicaut
Depuis Aristide Boucicaut et ses 250 m² du Bon Marché en 1838, le commerce a connu chaque « 30 ans » une mutation (1852 le grand magasin, 1895 la vente par correspondance, 1930 le magasin populaire, 1963 l’hypermarché, 1980 le hard-discount). La hausse de la population amplifiée par la hausse du pouvoir d’achat a donné naissance à tous ces virages. Puis tout s’est accéléré notamment en 1995 avec la vente par Internet (Amazon).

Dans les temps contemporains, depuis le début du siècle, donc depuis vingt ans, six révolutions ont accéléré la mutation du commerce.
 
  1. Le vieillissement de la population

Peu importe que l’on considère15 ou 25% de la population comme âgée. Toujours est-il que lorsque la durée de vie se termine vers 80/85 ans, les dépenses en commerce diminuent et le lieu d’achat se rapproche. Par rapport à la fin du siècle dernier, cette classe d’âge est un nouveau et véritable marché croissant en nombre et en pouvoir d’achat. Il suffit de considérer par exemple le marché de la croisière !!! quand bien même est-elle à l’arrêt en 2020.
 
  1. La surabondance de mètres carrés

L’affaire n’est pas anecdotique. La construction de commerces a comme objectif principal de suivre les lieux d’habitation mais aussi de trafic des consommateurs. Les consommateurs se sont régulièrement éloignés des centres villes, le commerce les a suivis avec plusieurs générations de centres commerciaux périphériques. Et ces dernières années, les gares et les aéroports sont devenus de gigantesques centres commerciaux. La gare principale de Kyoto (238.000 m²) abrite un grand magasin Isetan sur 10 étages, une salle de spectacle de 5.000 places, un hôtel 5 étoiles de plusieurs centaines de chambres. La Gare du Nord à Paris, plus grande gare d’Europe, annonce 45.000 m² de commerces, services, bureaux et loisirs, et plus d’un hectare d’espaces verts. En écho, les centres-villes cumulent les locaux vacants et les friches commerciales se multiplient. De fait, le consommateur se déplace moins souvent.
 
  1. Plus de services que de produits

La Gare du Nord sera significative de la mutation des dépenses du consommateur. Pour simplifier, il s’agit de trois tiers : les dépenses contraintes (logement principalement, banque et assurances), les dépenses de produits / biens manufacturés (alimentation, personne, transport personnel, …) et les dépenses de services (communication, transport, santé, culture, …). Pour l’anecdote, les produits sont souvent importés, les services assurés sur place.
 
  1. Le téléphone mobile dans la poche

Le téléphone mobile a été un profond accélérateur pour le commerce et la consommation dans son ensemble. Tout d’abord, le téléphone mobile est attaché à une personne et non à un lieu (maison, bureau) comme le fut le fixe. Ensuite le téléphone mobile a acquis la fonction internet ce qui signifie tout, tout de suite, tout le temps. Le tout sous le même toit (hypermarché puis centre commercial) a perdu sa raison d’être principale. Et puis il faut l’admettre, Amazon a été un créateur et un accélérateur du commerce sur Internet par la largeur de choix pour moitié assumé par sa place de marché, la qualité des services et l’assurance de la livraison la plus rapide en adhérent à Prime. Internet a virtualisé les services et les produits comparables.
 
  1. Surabondance de produits … et de déchets

A la surabondance de m², s’est ajouté la surabondance de produits et services qui s’est caractérisée par une baisse de prix tant en produits qu’en services, accompagnée d’une accélération de l’obsolescence des produits et services. Ce cycle infernal pose le double problème des matières premières et des déchets. Le monde croule sous les déchets et est de plus en plus en manque ou tout au moins en exploitation de matières premières de plus en plus coûteuses pour l’Homme et pour l’environnement. Le frein semble se mettre en place et le consommateur devient attentif à la durée de vie de tel ou tel produits (SEB par exemple).
 
  1. Le nouveau temps de vie

La crise de la Covid-19 n’a été qu’un accélérateur qui a été fatal aux commerces les plus plus fragiles. Il y a trop de commerces, de centres commerciaux. Les opérateurs sont les premiers à le savoir depuis des années. Les projets restent nombreux malgré des autorisations d’agrandir ou de construire plus difficiles à obtenir. Le triangle de Gonesse en est un exemple. Les fermetures de commerces en ville et en centres commerciaux se comptent par milliers. Mais le plus spectaculaire est la mise en placement sous administration judiciaire de Intu, la plus importante foncière britannique spécialisée dans les centres commerciaux.

Le temps de vie a changé et change encore. Avec le magasin au fond de sa poche, le consommateur est devenu maître du temps. Certes, le magasin fait découvrir les produits, certes le magasin est marchand de rêves et de surprises, certes le magasin est rencontre humaine. Magasiner c’est flâner. Mais le consommateur veut aussi avoir une activité physique, une activité culturelle, une activité sociale. Et les services offerts au fond de sa poche sont là pour satisfaire sa curiosité et ses besoins connus ou à découvrir.

Ce nouvel équilibre de vie crée de nouvelles enseignes comme il a fait mourir celles qui n’ont pas anticipé cette frénésie de révolutions. Non, pas de révolutions, plutôt de mutations.

Le commerce se réinvente. C’est sans doute l’une des entreprises les plus jouissives à développer, car le commerce est rapide à ouvrir et répond immédiatement à la satisfaction … ou pas … du consommateur. Aujourd’hui, la plus grande fortune mondiale est Jeff Bezos, le patron d’Amazon. En France, parmi les grandes fortunes, on trouve aussi bien les magasins Vuitton (certes, c’est LVMH) que les magasins Gifi …
 
Je repars en plongée …

Philippe Cahen
Conférencier prospectiviste
Dernier livre : « Méthode & Pratiques de la prospective par les signaux faibles  », éd. Kawa
 


France | International | Entreprises | Management | Lifestyle | Blogs de la rédaction | Divers | Native Advertising | Juris | Art & Marché | Prospective | Industrie immobilière | Intelligence et sécurité économique - "Les carnets de Vauban"



Les entretiens du JDE

Institut Sapiens : « Les concessions autoroutières préservent l’intérêt général »

​Jean-Luc Favène, Directeur Général de Lissac : "Notre modèle de franchise à tout pour séduire indépendants et primo-franchisés"

Quand Wall Street revêt les ailes d’Icare

La France doit consacrer l’importance stratégique d’une filière de l’hygiène

Sacha Lazimi (Yubo) : « En termes de communauté, nous sommes la première application sociale 100 % made in France »

Relance économique : de la nécessité d’intégrer la sécurisation des échanges inter-entreprises

Le chômage américain baisse… si vous excluez les CDD

TwentyTwo Real Estate: "agilité et rigueur face au risque" (Daniel Rigny)













Rss
Twitter
Facebook