Journal de l'économie

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Les Jubilés d’une Reine





Le 9 Septembre 2022, par Patrick Pascal


Pour la seule fois dans l’histoire de la monarchie britannique, a été célébré en juin dernier un Jubilé de Platine pour marquer les 70 ans de règne d’Elisabeth II. La Reine ne put pleinement s’associer à ces célébrations destinées à honorer une longévité inégalée sur le trône, qui exprimèrent une nouvelle fois l’affection et le respect que lui vouaient les Britanniques, le Commonwealth et tant de peuples au-delà du Royaume-Uni.
 
En ces circonstances, il convient de revenir sur le Jubilé de Diamant, dix ans auparavant en juin 2012, que la Reine put fêter avec le Prince Philip, associé quasiment tout au long de son règne aux affaires de l’Etat dont Elisabeth II ne s’éloigna jamais.
 
Le Jubilé avait été attendu de longue date. Aussi malgré le froid et l’humidité qui s’étaient emparés de Londres – cela devait finalement affecter la santé du Prince Philip qui avait bravé les éléments – des centaines de milliers de personnes s’étaient réunies lors de trois moments forts : plus d’un million de spectateurs le long de la Tamise, le dimanche 3 juin, pour assister au spectacle historique de la descente du fleuve (« The pageant on the Thames ») par une barge royale entourée par une flottille d’innombrables embarcations ; 250 à 300 000 personnes lors du concert, donné devant Buckingham Palace, retraçant la musique britannique tout au long du règne, de Paul McCartney à Robbie Williams en passant par Tom Jones et Elton John ; un nombre équivalent lors du parcours en carrosse découvert (NB : un landau de 1902), le long du Mall, après la messe d’action de grâce à la cathédrale Saint-Paul, et de l’apparition de la famille royale au balcon du Palais, au terme des célébrations.
 
La fête ne s’était pas limitée à ces seuls lieux. Les provinces et composantes du Royaume (cf. Pays de Galles, Écosse, Ulster) ont activement participé à l’événement, à leur manière, et la télévision en avait démultiplié l’ampleur. L’euphorie avait semblé gagner chaque foyer, chaque lieu public et chaque pub - jusqu’aux automobilistes et taxis arborant des drapeaux – qui étaient décorés comme il se doit pour une fête nationale. La fête était partout, jusque dans les « street parties » auxquelles les Britanniques sont accoutumés. La foule, dans sa diversité, s’était approprié à nouveau « l’Union Jack » qui avait été largement confisqué au cours des années précédentes par des mouvements extrémistes. L’affection et le respect du pays se sont ainsi exprimés de manière ostentatoire pour la Reine et le premier cercle de la famille royale ; la capacité à faire face à bien des vicissitudes dans une époque de grands changements a été saluée et aussi une attitude empreinte de dignité et de modestie, si ce n’est de simplicité.
 
Le Jubilé de Diamant est arrivé à point nommé pour servir d’antidote à la crise, non seulement en faisant oublier un temps les difficultés du moment, mais aussi en insufflant un sentiment de confiance à la population. Quand bien même il ne se serait agi que d’une parenthèse, de nombreux citoyens se sont déclarés fiers – comme cela devait être le cas lors des Jeux olympiques de Londres, quelques mois plus tard – de cette célébration qui avait mis en exergue la capacité du pays à organiser un événement aussi considérable (« it makes you so spécial to be British »).
 
La participation du Commonwealth aux célébrations – et la présence de très nombreuses personnalités venues des pays membres – par exemple lors du défilé des bateaux sur la Tamise –, a replacé le pays dans toute sa perspective historique et rappelé le lien que la monarchie lui permet d’entretenir encore aujourd’hui avec son héritage impérial. Pour autant, le débat qui se fait jour chez certains des membres du Commonwealth, quant à ce que pourrait être à l’avenir leur statut au sein de ce vaste ensemble, n’a pas été totalement occulté. Dans ce contexte d’une célébration très largement circonscrite à l’univers du Commonwealth, la présence du navire trois-mâts français « Belem » a été particulièrement remarquée. Le Prince Charles a été reçu à bord.
 
Le Jubilé de Diamant n’a fait que coïncider avec l’année des Jeux olympiques et il eut une valeur démonstrative en soi de l’attachement du Royaume-Uni à ceux qui incarnent la continuité nationale. Les médias britanniques, par la nature de leurs reportages « autour » de la célébration, ont contribué à quelque peu « désacraliser » la solennité de l’événement. Ils ont, dans le même temps, fait ressortir la dualité d’un pays fait de respect des traditions ancestrales et d’une modernité touchant souvent à l’excentricité. Le Royaume-Uni a ainsi rappelé, au cours de ce Jubilé, de quelles multiples façons il focalisait encore l’attention du monde et souligné sa diversité telle qu’à titre d’exemple une majorité de Londoniens ne sont pas nés au Royaume-Uni. Dans le rapport du pays à la famille royale, le quotidien le Times a résumé un sentiment assez largement répandu par ces mots : « nous ne sommes pas gouvernés par des robots constitutionnels, mais une famille qui vit et respire et avec laquelle nous partageons triomphes et malheurs »
 
(Extraits de Journal d’Ukraine et de Russie, les crises et l’évolution du système international, VA Éditions)    
Patrick PASCAL
Ancien ambassadeur
Ancien président du groupe Alstom  à Moscou
8 septembre 2022




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