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Olivier Marian, Arteïa : « Une solution de catalogage et de gestion des collections d’œuvres d’art pour les collectionneurs, par des collectionneurs. »





Le 25 Avril 2019, par Yadira Castellanos Estrabao

L’avènement de la blockchain couplée avec les plateformes de ventes en ligne d’objets d’art et les nouvelles applications de gestion peuvent-elles apporter plus de qualité et de transparence aux acheteurs d’art sur Internet ? La réponse est oui.


En 2018 l’utilisation des applications mobiles sur ce marché a augmenté de 20 %.  Selon le Hiscox Online art trade report 2018, 89 % des acheteurs déclarent également que la transparence des prix est un élément essentiel à la confiance envers le marché et 73 % des nouveaux acheteurs déclarent souhaiter connaître l’historique des prix de vente ou de transactions similaires pour renforcer leur confiance.
 
C’est dans ce contexte que nous avons voulu en savoir plus sur la « solution de catalogage pour gérer une collection d’œuvres d’art » proposée par Arteïa. Nous sommes allés à la rencontre d’Olivier Marian, cofondateur, dans ses bureaux avec vue imprenable sur Bruxelles.
 
 Comment vous est venue l’idée de créer Arteïa ?
 
Tout est parti de la collection de mes parents pour laquelle j’ai essayé sans succès de trouver une solution de catalogage pertinente.  Je suis ingénieur de formation ce qui m’a permis d’effectuer seul un premier développement, une première esquisse en quelque sorte. Mais c’est en échangeant avec d’autres amis collectionneurs que le constat s’est affiné.
Il y avait un réel besoin pour une plateforme indépendante, pratique, complète et accessible pour organiser et gérer une collection d’objets d’art. Un outil dédié aux collectionneurs. Il fallait aussi un système très sécurisé qui protège les données par nature personnelles et sensibles.
J’ai rencontré il y a 3 ans Marek Zabicki et Philippe Gellman, qui cherchaient des investisseurs pour leur projet et qui avaient la même vision. Je les ai rejoints et, avec nos compétences respectives et notre passion partagée, nous avons créé la société Arteïa avec Marie et Hugues Taittinger.  Aujourd’hui, je m’occupe à plein temps du développement de la solution avec une équipe de 25 personnes, dont 20 personnes pour le développement en Pologne, à Cracovie, et des collaborateurs à Londres, Paris et Bruxelles. Nous avons levé 3 millions en equity et mis plus de 2 ans pour créer et tester l’outil qui est opérationnel et ouvert au marché depuis octobre 2018.
 
Pouvez-vous nous parler de vos clients ?
 
Arteïa a aujourd’hui une cinquantaine de clients abonnés à la plateforme, des collectionneurs, mais aussi des artistes qui peuvent ainsi gérer le catalogage de leurs créations. Ils disposent d’outils de partage très efficaces pour faire connaître leurs œuvres : création de sites Web spécifiques, PDF associés à un outil de messagerie… Ils peuvent très facilement et rapidement donner une structure et de la visibilité à leur travail.
 
Nous avons rencontré également une forte demande du côté d’institutionnels comme les banques privées et des Family offices, très intéressés pour la gestion des actifs arts de leurs clients. Ils gagnent ainsi en visibilité. L’application permet de générer un rapport qui s’intègre utilement dans les documents d’actifs financiers.  Nous lançons également un partenariat avec un grand assureur ici en Belgique qui sera annoncée très prochainement.
 
Mais la base Arteïa sert aussi d’outil de référence pour les prêts aux musées. L’application intéresse donc les institutions publiques et les entreprises avec des collections privées d’œuvres d’art. Aujourd’hui, lorsqu’un musée organise une exposition monographique par exemple, les conservateurs sont confrontés à la difficulté de localiser les pièces dans les collections privées.  Arteïa va très prochainement, à l’horizon de l’été, leur permettre de localiser les œuvres de façon anonyme, au moins dans un premier temps. Et aux propriétaires de répondre et se présenter s’ils le souhaitent. C’est une fonction de mise en relation qui facilite la traçabilité des collections à des fins de partages, mais aussi scientifiques.
  
Nous parlons de traçabilité des œuvres et de cryptocertificats, pouvez-vous nous en dire plus ?
 
Après avoir lancé notre solution de catalogage de collection en octobre 2018, nous travaillons maintenant au lancement cet été d’une plateforme de services qui va lier cette solution à une grande base de données sécurisée par la blockchain. Cette base de données permettra l’archivage sécurisé des informations d’existence et de provenance d’œuvres d’art. La solution est conçue pour permettre la constitution par les artistes eux-mêmes d’un catalogue raisonné digital, consultable en ligne. Une base de données qui explique et certifie la provenance des œuvres. Nous parlons sur ce point d’artistes vivants qui peuvent garantir la traçabilité de l’historique de leurs pièces et créer des cryptocertificats. Ceci est un aspect indispensable pour asseoir la confiance du marché.
 
La technologie Blockchain est utilisée pour sécuriser l’opération et notamment l’historique des informations. Ce point est fondamental pour la traçabilité de la documentation sur l’œuvre.
 
Par ailleurs, nous avons initié un partenariat pour numériser les catalogues raisonnés avec « Cahier d’Art », qui est l’éditeur historique de beaucoup de catalogues de grands artistes. Nous allons commencer par Adel Abdessemed, figure majeure de la scène artistique internationale. Et la collaboration va s’étendre à la numérisation de tous les prochains catalogues édités par “Cahier d’Art”.
  
Et pour l’art ancien, où la question de la provenance est si essentielle ?

Pour l’art ancien, la problématique est plus complexe et intègre d’autres variables. Les notions de provenance, qui peut changer au fil du temps et d’historique des détenteurs de l’œuvre, comportent beaucoup d’inconnues. D’autres facteurs devraient être intégrés à la solution pour l’émission d’un cryptocertificat dans ce cas.
 
Il faut bien comprendre qu’Arteïa est un outil de stockage de l’information, c’est aux utilisateurs de valider les données qu’ils publient. Arteïa fonctionne un peu comme un coffre-fort. Nous protégeons l’information d’interventions externes malveillantes et garantissons la signature électronique, mais nous n’intervenons ni sur l’œuvre ni sur la substance de cette information.
Nous ne prétendons pas régler tous les problèmes, mais ouvrir la voie à plus de transparence et commencer à améliorer la situation. Par exemple, une des améliorations est la visibilité de l’historique des informations. Avec la blockchain, chaque information est signée, datée et non modifiable. Donc il est possible que des avis d’experts changent sur la provenance d’une œuvre d’art, mais l’historique de ces avis est visible et protégé. La personne qui consulte cet historique est ainsi mieux informée.
  
Avez-vous l’intention de constituer une plateforme de vente ?
 
Nous réfléchissons à la question, mais n’avons pas la volonté d’intégrer une solution de vente dans l’immédiat. Nous allons dans un premier temps mettre en relation vendeurs et acheteurs, mais nous n’intervenons pas dans l’acte de vente par lui-même.

 
Arteïa s’avère être une solution complète de catalogage à partir de laquelle d’autres applications mobiles de traçabilité sont envisageables. Ceci s’inscrit en droite ligne des attentes de transparence des acheteurs et de certains acteurs du marché désireux d’intervenir dans un contexte apuré de pratiques souvent critiquables.  Une solution de collectionneurs pour les collectionneurs, mais pas seulement !
 
Propos recueillis par Yadira Castellanos Estrabao, Expert CECOA, tableaux et dessins anciens.
 



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