Journal de l'économie

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Plaidoyer pour la police





Le 15 Juin 2020, par Nicolas Lerègle

La violence d’un policier qui se révélerait excessive est bien entendu réprouvable. Comme le serait celle d’un citoyen lambda dont la réponse à une situation de tension ne serait pas proportionnée.


Plaidoyer pour la police
Ce qui est arrivé à G Floyd aux Etats-Unis est choquant autant par les conséquences de l’acte que par l’état d’esprit, diffusé en vidéo, dans lequel il apparait avoir été réalisé, un mélange de passivité, d’inconscience et d’indifférence caractérisant plus un sociopathe qu’un policier.

Ce qui est arrivé à G Floyd peut, bien évidemment, se passer dans d’autres pays dont la France. Comment pourrait-il en être, statistiquement, autrement sur une population de 250.000 policiers et gendarmes dans laquelle doit se retrouver les % répartissant la population française d’un point de vue politique, d’origine, de religion, d’opinions etc.
Maintenant comparer la situation étatsunienne et la situation française est de la plus totale mauvaise foi.

La France dispose d’une police, ou d’une gendarmerie, nationale opérant selon des règles d’engagement communes et partagées et contrôlées de façon stricte. Nous ne sommes pas dans une logique de millefeuilles de responsabilités au niveau des villes, des comtés, des Etats, de l’Etat fédéral ni dans une multiplication des services en charge de la loi et de l’ordre ne disposant pas des mêmes pouvoirs, moyens et règles d’engagement et d’intervention. La situation n’est pas comparable.

En France entre 10 et 15 personnes perdent la vie chaque année dans un contexte d’intervention policière. Certaines se donnent la mort au moment d’une intervention et d’autres décèdent accidentellement en essayant de l’éviter. Dans 1 cas sur 4 environ, ce décès peut rentrer dans le schéma d’un usage inapproprié de la violence dans un cadre légal d’intervention. Aux Etats-Unis ce sont 1.000 personnes qui sont tuées en moyenne chaque année par les forces de l’ordre. La situation n’est pas comparable.

La France n’a pas le passé esclavagiste et ségrégationniste des Etats-Unis qui a perduré dans les faits, pour ce dernier aspect, jusqu’au milieu des années 60 et dans les têtes jusqu’à maintenant. L’engagement de sang des soldats issus des colonies pendant les deux conflits mondiaux a fait que, dès les années 20, la dimension raciale n’avait plus la même importance. L’art, le jazz, les revues, les bals, « nègres », (sans que cet adjectif ait la moindre connotation péjorative bien au contraire) étaient portés aux nues par les surréalistes, les artistes, les collectionneurs et ce jusqu’à aujourd’hui avec, entre autres, le musée du quai Branly. La situation n’est pas comparable.

La France a comme devise « Liberté, Egalité, Fraternité » et pas « In God we trust » qui laisse place à plus d’interprétation et de subjectivité. Certes cette devise peut sembler parfois malmenée par les comportements de quelques individualités mais ce sont des épiphénomènes et non des mouvements de fonds qui caractériseraient notre société. Cette dernière repose sur un pacte social d’adhésion aux valeurs de la République et aux respects de ses lois avec comme contrepartie un accès facilité à l’éducation, à la santé, aux prestations sociales, tout l’inverse du modèle américain où le dollar est au sens propre comme figuré la seconde devise qui structure ce pays. La situation n’est pas comparable.

Les Etats-Unis pensent à déboulonner les statues des acteurs confédérés de la guerre de Sécession, d’expliquer qu’ « Autant en en emporte le vent » est un film raciste, en France certains mouvements communautaires aimeraient faire de même avec les statues ou rues de Colbert et d’autres prétextant qu’ils étaient promoteurs du commerce triangulaire au XVIIème siècle niant qu’à chaque époque correspond une vision du monde et que l’Histoire ne se réécrit pas de la sorte. Ajoutons que les mêmes se gardent bien de condamner tous les rois tribaux qui chassaient leurs congénères pour les vendre aux esclavagistes européens et américains et restent silencieux sur ce qui se passe encore dans de nombreux pays d’Afrique et du Moyen Orient. La situation n’est pas comparable.

Il est triste de voir se succéder sur les plateaux de télévision des politiques, des sociologues ou des avocats pleins de componction et prompts à décrire une situation de « violence policière » qui serait une norme généralisée devant susciter la révolte citoyenne.  Que des milliers de personnes descendent dans la rue en mémoire de G Floyd peut éventuellement se comprendre mais que les mêmes comparent le décès de G Floyd à celui d’un jeune français survenu quelques années plus tôt est tout simplement malhonnête, les faits n’étant en rien similaires. La situation n’est pas comparable.

Que ce soit en mai 68 ou en 2019 avec les gilets jaunes il a été possible de constater que la violence n’était pas policière, que l’attitude des forces de l’ordre n’a entrainé aucun décès.
On peut entendre les volontés de réduire au maximum l’arsenal des forces de l’ordre ni leurs techniques d’intervention mais pour aboutir à quel résultat ? Pense-t-on sérieusement qu’à toute situation une demande policée pourra être suffisante ? A-t-on perdu le sens des réalités au point de ne pas voir que des quartiers sont mis en coupe réglée par des trafiquants, que des bandes délinquantes troublent l’ordre public, que des règlements de compte s’opèrent régulièrement ? Est-on aveugle pour ne pas remarquer que les prévenus de faits délictuels peuplant les tribunaux ont de nombreux points communs qui peuvent en effet, inciter les policiers à être plus vigilants avec eux qu’avec d’autres ?

La police et la gendarmerie sont nécessaires au bon fonctionnement de notre République et de notre démocratie. L’une comme l’autre ont pu montrer, dans l’Histoire, des moments de compromission ou de collaboration où l’apparence du droit supplantée la conscience et l’éthique, mais la France de 2020 n’est pas dans cette situation. Christophe Castaner a voulu rassurer une aile gauche qui de toute façon en demandera toujours plus, son propos était nécessaire mais trop déséquilibré faisant presque passer les membres des forces de l’ordre pour des délinquants en puissance. Christophe Castaner se rêvait Vidocq il s’est révélé Shadock…là aussi la situation n’est pas comparable.

Ne nous trompons pas, à force de comparer ce qui n’est pas comparable, à force de monter en épingle et de généraliser des faits individuels qui ne méritent pas d’être érigés en symbole, à force en somme de souhaiter des forces de l’ordre qui soient privées de moyens d’intervention on risque, assez rapidement, d’être confrontés à une société invivable pour le citoyen lambda. Si on tend l’oreille aux reportages du moment on s’aperçoit maintenant que chaque contrôle d’identité est teinté de racisme, que chaque interpellation est présentée comme violente, que chaque intervention policière est une dangereuse provocation et j’en passe. Continuons comme cela et nos forces de l’ordre hésiteront à deux fois avant d’intervenir et là c’est notre situation citoyenne qui ne sera plus comparable à celle d’aujourd’hui.
 


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