Journal de l'économie

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Pour qui sonne le glas ?





Le 17 Février 2020, par Nicolas Lerègle

« Quand les nazis sont venus chercher les communistes je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.
Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. »
Pasteur Niemöller


Pour qui sonne le glas ?
C’était il y a 80 ans. Aujourd’hui on pourrait écrire :
Quand les fake news ont commencé je n’ai rien dit, je savais où était la vérité et le droit me rassurait,
Quand des protestataires saccageaient l’Arc de Triomphe, je me suis rassuré d’être citoyen d’un Etat de droit qui pouvait agir,
Quand la vie privée des politiques s’est introduite violemment dans le débat public, je me suis dit « de quel droit » ?
Quand ma vie privée s’est retrouvée sur Internet je n’ai rien pu dire, il n’y avait plus de droit.

La vie privée est aujourd’hui une donnée essentielle constituant ce que nous sommes en tant que citoyens pour ne pas dire être humain. De la même façon que le secret des affaires est une composante essentielle de la vie des entreprises pour ce qu’il leur permet de se développer et d’être concurrentielle sur leurs marchés.

Depuis quelques années nous observons un effacement du rapport au droit. Les phénomènes d’incivilité se sont considérablement renforcés au cours des derniers mois. Ce qui est arrivé à Benjamin Griveaux, est révélateur d’un délitement du rapport au droit et à l’éthique, au politique ou à l’intimité de chacun. Qu’un activiste russe, pompeusement qualifié d’artiste, qui a certainement plus sa place dans un établissement spécialisé que sur les plateaux télé s’auto-érige moralisateur de notre vie publique et amène à candidat à se retirer est pour le moins inquiétant. Que cela se fasse avec la bienveillance de son avocat qui semble, ébloui assurément par les feux de la rampe et ses convictions politiques, avoir oublié la ligne de partage entre le droit et le non-droit est tout aussi inquiétant.

La démocratie française mérite mieux que cela et si les écarts de conduite personnels peuvent être sanctionnés cela doit être dans les urnes et non par l’entremise des médias et réseaux sociaux.
Quel rapport avec l’Intelligence Economique ou la Sécurité de notre économie ? Une évidence, nous sommes, notre démocratie est, sur une ligne de crête et elle peut basculer du mauvais côté ou « l’american dream » qui nous faisait rêver se transformera en « chinese reality » qui pourrait nous faire cauchemarder.

La semaine dernière Olivier de Maison Rouge, dans sa chronique, évoquait la poésie d’Eluard et cette liberté chérie, cette semaine la référence est celle d’un pasteur antinazi. Dans les deux cas l’Histoire est présente à nos esprits. Les points de convergence entre les années 30 (du XXème siècle) et les années 10/20 du XXIème siècle sont trop nombreux pour être ignorés.

Une extrême droite ou une extrême gauche (les extrêmes se rejoignent toujours ne l’oublions pas) qui croit dans de nombreux pays, Italie, France, Allemagne, Hongrie, Pologne. Qui, quand elle est au pouvoir, cherche régulièrement à rogner sur les libertés individuelles ou à contrôler la justice. Relire « le viol des foules par la propagande politique » de Serge Tchakhotine (re)devient une nécessité urgente.
Des mouvements de protestation qui basculent rapidement dans la violence (gilets jaunes) ou dans la répression (Hong Kong). Des mouvements fondés sur un communautarisme (LGBT) exacerbé qui au nom de leur tolérance pratiquent la censure et l’interdit vis-à-vis de ceux qui ne partagent pas leurs opinions ; ceux qui au nom de choix alimentaires (Végan – mais en partie financés par les industriels américains de la viande synthétique) présentés comme un idéal de société veulent interdire certains modes de vie ; d’autres au nom d’une croyance religieuse (l’Islam), exogène à notre culture, cherchent à implanter un cadre de règles juridiques et sociales en opposition avec celles qui nous régissent depuis des siècles.

Une culture de la délation, ou de la dénonciation, qui s’insinue comme une norme sociale.  Parfois à raison, face à des violences inadmissibles qui passaient, jusqu’à encore récemment, pour la norme et étaient mises sous le boisseau. Parfois aussi avec excès quand la dénonciation devient une vengeance (revenge porn) ou un règlement de compte qui permet de nuire à une personne. Dans les années 30 il y avait les procès de Moscou qui permettait d’éliminer des opposants, aujourd’hui ce sont des procès de même nature par l’entremise des réseaux sociaux qui poursuivent les mêmes objectifs.

Cette force des réseaux sociaux n’est pas sans rappeler l’impact de la radio et du cinéma dans les années 30 associée à une culture de la désinformation pour ne pas dire de la propagande. Rappelons que J Goebbels définissait cette dernière comme la technique consistant à donner plus de réponses que de questions au point, qu’à un moment, ces réponses s’imposent et deviennent des vérités.
Les entreprises ne seront pas épargnées par ces mouvements de la société. Surtout si ceux-ci se transforment en tendance de fond elles seront nécessairement impactées soit par des menaces de boycott soit plus simplement par une soumission commerciale à de nouvelles habitudes. Autant dire un contexte en opposition avec une logique de développement. Là aussi ce n’est pas sans rappeler ce qui s’est passé il y a 80 ans.

Ce constat doit amener les pouvoirs publics à une prise de conscience urgente. La démocratie est par essence fragile. C’est une citadelle, résistante en principe sauf quand elle est minée de l’intérieur et que certains voient, dans cette fragilité, une opportunité pour leurs ambitions personnelles.

L’Histoire, celle de la France, comme d’autres pays, est là pour témoigner que le basculement peut s’opérer en moins de 5 ans. Une guerre, une crise, une exacerbation sociale, la recherche d’une solution miracle ou d’un leader charismatique, une fragilité des institutions ou la méfiance en elle, autant dire des ingrédients faciles à trouver et la démocratie, la nôtre, deviendra un vestige du passé. Il est encore temps d’inverser cette tendance mais pour combien de temps encore et surtout nos politiques en auront-ils le courage sinon c’est pour notre démocratie et modèle de société que sonnera le glas.
 


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