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Pourquoi les relations bilatérales entre la France et le Qatar sont au beau fixe





Le 3 Juillet 2018, par La Rédaction

La France est vraisemblablement le plus visible des partenaires du Qatar, mais elle n’est évidemment pas le seul. La spécificité de la relation entre la France et le Qatar tient autant à l’opportunité économique que chaque pays représente pour l’autre, qu’à l’étroitesse d’une relation politico-diplomatique indispensable aux grands équilibres du Moyen-Orient. La visite en France de l’émir du Qatar, Cheikh Tamim al-Thani, prévue le 6 juillet 2018, est l’occasion de revenir sur les enjeux d’une relation soigneusement entretenue.


Emir of Qatar Sheikh Tamim bin Hamad Al Thani
Emir of Qatar Sheikh Tamim bin Hamad Al Thani
Une histoire ancienne

Si l’Afrique est généralement vue comme une zone d’influence française, le Moyen-Orient reste la chasse gardée des Etats-Unis, au moins depuis le pacte du Quincy de 1945 entre les USA et l’Arabie saoudite. Mais cet état de fait, considéré comme un acquis des relations internationales, n’a jamais empêché les Etats-Unis de pousser leurs pions en Afrique, ni la France de chercher à étendre son influence dans la péninsule arabique.

C’est ainsi à proximité d’Abou Dhabi, capitale des Emirats arabes unis (EAU), que la France a pu installer sa plus récente base militaire permanente. Il va de soi que plusieurs pays du Golfe sont des alliés stratégiques sur nombre de dossiers sensibles comme l’approvisionnement énergétique ou l’intervention militaire en Irak.

Mais au-delà de son intérêt propre, la France est aussi sensible aux symboles ; et le Qatar n’a pas manqué d’adresser à la France des signaux d’intérêt depuis son indépendance en 1971. C’est ainsi en français que le tout jeune Etat a demandé son adhésion à l’ONU. Et la France sera parmi les premiers pays à s’ouvrir à une représentation diplomatique du Qatar dès 1972.

Depuis, les relations se sont lentement mais continuellement renforcées, avec notamment un accord de coopération militaire signé en 1994. Sur le plan culturel, si les enfants du Cheik, scolarisés au lycée franco-qatari Voltaire, apprennent le français depuis leur plus jeune âge, l’ouverture d’une antenne d’HEC à Doha est également un symbole de l’intérêt croissant du petit Etat pour la langue de Molière. Pour le Qatar, il s’agit bien de trouver, en termes de formation des cadres, comme en termes d’alliances militaires, des alternatives aux modèles anglo-saxons.

La France en « troisième voie » diplomatique

Si la logique des blocs de l’Est et de l’Ouest a disparu, les pays du Golfe et du grand Moyen-Orient sont toujours amenés à faire des choix d’orientation stratégique en faveur des Etats-Unis ou de la Russie, particulièrement depuis le grand retour de cette dernière sur la scène internationale à la faveur des crise syrienne et ukrainienne (la Chine devient également, peu à peu, un acteur déterminant).

A l’instar de ses voisins, le Qatar ménage ses alliances et ses relations économiques, mais seule la France a toujours représenté l’opportunité d’une « troisième voie » diplomatique crédible, en particulier depuis l’opposition devant l’ONU à la guerre en Irak en 2003. Pour le Qatar, la France représente l’opportunité de contrer mezzo voce l’influence de son encombrant voisin saoudien et de se garantir un accès direct et privilégié à l’un des membres du Conseil de sécurité de l’ONU.

Pour la France, l’idée reste de disposer d’un point d’appui local, aussi bien économique que diplomatique, à l’extérieur de la sphère d’influence américaine. Le tropisme saoudien de l’administration Trump et la haine viscérale que les deux pays vouent à l’Iran ne contribuent pas à apaiser les tensions dans la péninsule arabique, tensions particulièrement perceptibles depuis le début de l’intervention saoudienne au Yémen.

Au milieu, le Qatar cherche à conserver des marges de manœuvres, particulièrement dans le contexte du blocus décrété par l’Arabie saoudite et ses proches alliés : le 5 juin 2017, l'Arabie saoudite, l'Égypte, Bahreïn et les EAU mettaient en effet un terme, au moins provisoire, à leurs relations diplomatiques et économiques avec le Qatar. Un an plus tard, le bilan de ce blocus tourne à l’avantage du Qatar et au fiasco pour l’Arabie saoudite, qui a renoncé d’emblée à inclure le gaz, la principale ressource du Qatar, dans le périmètre du blocus.

Pour résister à l’embargo décrété contre lui, le Qatar a pu compter sur un solide réseau de partenaires qui ont poursuivi les échanges et renouvelé au royaume sa confiance. Sorti renforcé de cette crise, le Qatar a également fait la démonstration de la résilience de son économie, en raison d’années d’investissements hors secteur pétrolier ou gazier. Et la France fait partie des principales destinations ayant accueilli ces investissements. 

Intérêts économiques bien compris

Pour le Qatar, ces investissements sont avant tout le résultat d’une stratégie de diversification des actifs, conçue et mise en œuvre en vue de préparer l’après-pétrole (et gaz). Pour rompre avec sa dépendance aux produits pétroliers, le Qatar oriente progressivement son économie vers les services, incluant aussi bien les médias et l’immobilier que la finance ou le tourisme.  Outre le cas célèbre du PSG (en football et en handball), le Qatar est ainsi le premier actionnaire du groupe média Lagardère (à plus de 13 %). A travers la Qatar Investment Authority, fonds d'investissement souverain de l’émirat du Qatar, le pays est également présent au capital de Vinci, Total, LVMH ou encore Accor.

Pour la France, si les échanges avec le Qatar sont bien moins importants en valeur qu’avec l’Arabie saoudite ou avec les EAU, il convient de noter que c’est le seul pays des trois cités avec lequel notre balance commerciale est excédentaire : le Qatar est un (très) bon client des entreprises françaises, qu’il s’agisse du secteur de l’armement, des transports, de l’énergie ou des technologies environnementales.

Dans tous ces domaines, à grand renfort de contrats signés en grande pompe entre chefs d’Etat, l’idée partagée par la France et le Qatar est de consolider par la voie économique un partenariat diplomatique mutuellement avantageux. Et les terrains d’entente et de coopération sont de fait nombreux, y compris dans la lutte anti-terroriste qui devrait être au menu des discussions du 6 juillet. Nul doute qu’elles seront l’occasion d’un nouveau renforcement de cette relation bilatérale très singulière.




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