Journal de l'économie

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Pourrons-nous compter sur les banques ?





Le 16 Mars 2020, par Nicolas Lerègle

Le Covid-19 est en passe de s’imposer comme un excellent révélateur des forces et failles de nos sociétés modernes et de notre système économique.


Image Pixabay
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Quand, après la crise de 1929, J.M Keynes constatait que le capitalisme était dénué de « cœur » et que l’Etat devait intervenir d’une façon ou d’une autre, il venait en écho aux auditions au Congrès de J.P Morgan qui, ces années-là, ne payait pas d’impôt ! Les crises, quelle que soit leur cause, produisent les mêmes effets. En 1929 le virus de la crise était l’engouement des ménages pour la Bourse et le crédit immobilier. Un jeudi noir combiné à une sécheresse prolongée dans le Midwest et cela entraina la faillite de millions de ménages dans l’incapacité de rembourser leurs emprunts, « les raisins de la colère » et le New Deal. Ensuite, par effet de dominos, en Europe les nationalismes prirent le dessus, les frontières se fermèrent et les extrémismes purent s’épanouir avec les suites que nous connaissons.

En 2020 le virus est biologique mais les conséquences de celui-ci pourraient ressembler à celles du passé. Quand les Bourses plongent, que les pays se replient, que les particuliers dévalisent les supermarchés, une réaction en chaine économique et sociale peut être à craindre. Déjà les frontières se ferment faisant fi des grands principes de l’Union Européenne et du capitalisme libéral et les discours extrémistes ou populistes commencent de nouveau à poindre, grèves de décembre 2019 et gilets jaunes ne sont pas si éloignés, surfant sur l’anxiété d’une situation qui peut échapper à tout contrôle.

Dans ce contexte le discours du président Macron tenait autant de Keynes, l’Etat interviendra, de Roosevelt, il est temps de revoir le pacte social entre l’Etat et les citoyens et de Kennedy, l’Etat va aider mais il faut aussi que les citoyens, ensemble, aident l’Etat. Concrètement le Trésor Public et les organismes sociaux vont faire montre d’une grande compréhension vis-à-vis des contribuables. En contrepartie de nombreuses entreprises vont fermer pour une durée indéterminée, les salariés se mettront à télétravailler autant que possible, les parents garderont leurs enfants. On demandera aux bailleurs confrontés à des locataires indélicats de patienter deux mois supplémentaires pour les expulser. Beaucoup d’efforts en somme qui ne seront pas sans conséquences pécuniaires.

Et à ce moment on s’aperçoit qu’il y a un grand absent dans ce discours de mobilisation générale décrétée contre le coronavirus…les banques !

Après un temps de flottement les banques centrales se sont réveillées et ont décidé d’inonder le marché de liquidités, essentiellement des dollars, pour enrayer autant que possible la panique des investisseurs. Est-ce que la BCE va aller plus loin et suivre l’exemple de la FED et abaisser ses taux directeurs ou racheter de la dette, on ne le sait pas encore.
Maintenant les actions des banques centrales sont certainement d’une grande utilité, mais un passé récent a montré que mettre à disposition des banques des liquidités gratuitement et en grande quantité ne se traduisait pas nécessairement par un ruissèlement de cet argent sur l’économie réelle que l’usager était en droit d’attendre.

Il n’est pas toujours aisé de redescendre des hauteurs macroéconomiques des banques centrales, impressionnantes par les montants évoqués se chiffrant en milliards d’€, pour se mettre au niveau microéconomique attendu par les usagers, aujourd’hui les plus concernés. Il est cependant urgent de prendre des dispositions de cette nature si on veut éviter un enchainement catastrophique aux conséquences toujours imprévisibles.

La vraie question est de savoir ce que vont faire les établissements bancaires qui accompagnent particuliers et entreprises dans leur vie quotidienne pour éviter que la machine économique ne se grippe complètement.
Les centaines de milliers d’entreprises auxquelles on demande de baisser le rideau et de ne faire aucun chiffre d’affaires auront néanmoins des frais. Si, face à elles, le système bancaire agit sans tenir compte du caractère exceptionnel de la situation on peut craindre le pire. Or, seules des consignes gouvernementales strictes seront de nature à modifier la donne.

A celles demandant aux restaurants, cinémas, théâtres, bar etc. de fermer il serait bon que viennent en complément des instructions imposant aux banques, durant la période qui sera jugée nécessaire par les pouvoirs publics, de modifier substantiellement leurs relations avec leurs clients. Un exercice de solidarité pratique en somme.
Ces dispositions ne relèvent pas d’une ingénierie financière sophistiquée mais du bon sens.
D’abord elles doivent être explicitement imposées et non suggérées, adepte de Talleyrand rappelons-nous que, ce qui va sans dire va encore mieux en le disant. L’expérience montre que certains acteurs économiques sont plus frappés de surdité que d’autres. Ce qui peut être imposé aux commerces peut l’être, de même, à des établissements bancaires et ce, sans s’embarrasser de circonvolutions de langage.

Il faut que le champ d’application de telles mesures soit généralisé et non limité. Si des commerces ferment ou des secteurs d’activités sont impactés, c’est toute la chaine de production allant des fournisseurs, aux prestataires et sous-traitants qui va être directement fragilisée. Il n’est donc pas possible de sectoriser une solidarité bancaire à quelques acteurs économiques ce qui reviendrait à nier la réalité du fonctionnement de notre économie.

Ensuite il faudrait prendre des mesures très pratiques qui seront en phase avec les besoins concrets des entreprises, directement affectées par les mesures gouvernementales, qui ne peuvent pas toutes compter sur une trésorerie opulente, un actionnaire puissant ou un soutien massif des pouvoirs publics.
Eviter d’alourdir la trésorerie des entreprises par des frais de tenue de compte et des agios par exemple, dont la justification n’est pas de mise, du moins temporairement, au regard des efforts demandés pendant cet épisode épidémique.

Accorder automatiquement sur simple demande, des facilités de caisse, à taux zéro, équivalentes à trois mois de chiffre d’affaires, ou plus si les mesures gouvernementales s’étendent au-delà de cette durée, pour permettre aux entreprises de passer une période qui n’a pas d’équivalent.

Autoriser un décalage dans le temps, là aussi pour la période fixée par les pouvoirs publics, du remboursement des emprunts et prêts qui seraient en cours et ce sans pénalité ni contrepartie.

Suspendre, pendant la durée de cette situation exceptionnelle, toute interdiction bancaire, ou mesure équivalente et coûteuse, qui résulteraient d’une défaillance, transitoire de paiement, de particuliers ou d’entreprises. On ne peut pas demander à des bailleurs de surseoir pendant deux mois, a minima, à la récupération d’un bien et de les sanctionner si pendant cette période ils ont des frais non couverts par des revenus locatifs.

Ces mesures, dont la liste n’est assurément pas exhaustive, auront un coût pour les banques concernées c’est indéniable, mais assurément moindre que celui qui serait engendré par un effondrement, hypothèse qui ne peut pas être écartée, de pans entiers de notre économie et donc de notre modèle de société.

Alors oui, pour reprendre les propos du président Macron, « quel qu’en soit le coût » il convient que de telles mesures soient prises. Au courage politique justifiant de demander aux entreprises de baisser le rideau doit aussi répondre celui d’imposer aux banques de ne pas fermer le robinet aux liquidités.



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