Journal de l'économie

Envoyer à un ami
Version imprimable

« Quiet quitting » : la démission silencieuse. Un anglicisme et une traduction malheureuse





Le 8 Novembre 2022, par Marc FERRERO

Le « quiet quitting » : Encore un terme issu du vocabulaire anglo-saxon après tous les autres : burn out, bore out et autre brown out… Beaucoup de termes anglais qui montre la prépondérance de la culture économique anglo-saxonne en France. Une colonisation à l’œuvre depuis les années 70 renforcée encore aujourd’hui par l’apparition galopante des « soft skills » alors qu’il serait si facile de parler de compétences humaines ou comportementales !


Une traduction qui interroge…

Dans cet article, nous allons utiliser l’expression pour désigner ce mouvement  en le traduisant – faute de mieux - par les termes de « démission silencieuse » qui consiste à s'investir dans une entreprise en respectant à la lettre sa fiche de poste et ses horaires. Derrière cette formule, se cache aussi le refus d'accepter des sollicitations après ses heures de travail et de mettre un point d'honneur au respect du droit à la déconnexion en se fondant sur le respect du Code du travail. En réalité, il s’agit d’un renoncement à la culture de la performance au travail, de faire des heures sans compter et de travaille « toujours plus » Le terme de « démission » est donc trompeur car il ne s’agit pas, ici, de quitter son travail mais bien de faire en sorte de ne faire que ce pourquoi on est rémunéré. C’est pourquoi beaucoup disent ou écrivent que faire son travail et respecter les termes de son contrat, ce n’est pas une démission !

Les raisons de ces comportements

Il s’agit alors de rechercher les causes qui apparaissent évidemment multifactorielles :

Tout d’abord un certain désenchantement des salariés vis-à-vis des promesses non tenues de l’entreprise, en termes d’émancipation dans sa façon de faire, de reconnaissance salariale ou narcissique et de bien-être comme le disent des psychologues du travail. Selon une étude réalisée par Malakoff Humanis en juillet dernier, 23% des salariés de moins de 30 ans évoquent une mauvaise santé mentale contre 16% pour l’ensemble des salariés. La jeunesse française serait donc plus sensible à la démission silencieuse…
Nous voulons y voir tout à la fois, une éducation des enfants où la notion d’effort s’est dégradée mais aussi celle d’un entourage affectueux devenu plus pointilliste, une pandémie contemporaine qui a joué un rôle non négligeable avec le développement du télé-travail. Dès lors, ce travail à la maison entraînant la découverte, pour certains, d’une forme de cocooning  - pardon de confort douillet !  - où les transports ne sont plus à prendre, l’habillement n’est plus recherché car il arrive pour des cadres ou des employés de rester en survêtements ou en pyjamas toute la journée… Il existe donc des causes exogènes mais d’autres sont propres au travail et à la trajectoire qu’a pu connaître le salarié.

Nous en avons identifié plusieurs qui inaugurent cette conception du travail :
  1. La déception due à une absence de promotion qu’elle soit ou non méritée et ou non promise. Phénomène très fréquent que nous avons rencontré à de multiples reprises.
  2. Des problèmes de santé qui obligent le sujet à réinterroger ses investissements et à considérer que le travail n’est plus forcément sa priorité.
  3. Des accidents de vie tels un divorce ou des enfants en difficulté et qui entraînent une reconsidération des trajectoires. Ce sont des phénomènes très fréquents dans certains métiers qui réclament un engagement majeur.
  4. Le manque de reconnaissance du travail effectué car il existe aussi une forme de rétribution narcissique qui fait que le hiérarque n’a pas la considération attendue par le salarié.
  5. La disparition de la culture d’entreprise.
  6. Un management dont l’aspect humain est devenu absent. Des chefs d’entreprises aujourd’hui fuient leurs salariés et s’enferment dans leur tour d’ivoire.
 
Chacun des points évoqués comprend sa propre résolution si on souhaite échapper à cette forme d’attitudes mais il faut rappeler que depuis l’invention du taylorisme, la question de l’effet Pygmalion est au cœur de la sociologie du travail.
 
Redonner du sens, ré-imaginer le travail et redéfinir les tâches  nous semblent bien être les missions de tous les encadrants…  Sommes-nous vraiment rentrés dans un monde nouveau dans lequel la recherche du bon équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle prime dans les choix des salariés ? 

Marc FERRERO
Psychologue clinicien




1.Posté par FERRERO le 09/11/2022 08:18 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Je suis l'auteur de l'article et les commentaires m'intéressent...
Bonne réception.
Marc FERRERO

Nouveau commentaire :
Twitter

Le JDE promeut la liberté d'expression, dans le respect des personnes et des opinions. La rédaction du JDE se réserve le droit de supprimer, sans préavis, tout commentaire à caractère insultant, diffamatoire, péremptoire, ou commercial.

France | International | Entreprises | Management | Lifestyle | Blogs de la rédaction | Divers | Native Advertising | Juris | Art & Culture | Prospective | Industrie immobilière | Intelligence et sécurité économique - "Les carnets de Vauban"













Rss
Twitter
Facebook