Journal de l'économie

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Sonné mais pas KO !





Le 31 Mars 2020, par Sébastien Burel

L’industrie viti-vinicole, déjà malmenée par les gilets jaunes, les taxes américaines et les grèves, s’est heurtée de plein fouet au mur du COVID-19. Pour l’heure, elle gère les urgences : gestes barrière, fermetures, chômage technique, trésorerie. Toutefois, tous les secteurs de la filière vin ne sont pas affectés de la même façon.


Dans les domaines, le travail se poursuit coûte que coûte
 
Le printemps s’accompagne du réveil végétatif de la vigne, qui entraine une forte intensification des travaux en vert : palissage, travail des sols … Peter Fisher, propriétaire du Château Revelette [1] en Provence a mis son personnel de bureau en chômage technique dès le premier jour du confinement. Grâce aux mesures gouvernementales, il s’est senti rassuré et soutenu. Le carnet de commande est vide, le téléphone ne sonne plus guère. Il peut donc passer le plus clair de son temps sur ton tracteur ou un sécateur à la main. « Les vignes n’ont jamais été aussi belles » plaisante-t-il, avant de rappeler qu’il va tout de même manquer de bras pour l’ébourgeonnage. Habituellement, 5 saisonniers sont embauchés à cette période. Il se contentera de 2, s’il arrive à les recruter.
 
Les cavistes en mode survie
 
Il est difficile d’évaluer la proportion de cavistes encore ouverts en France. Guillaume Geniez, des Caves Maillol [2] à Perpignan ne s’est pas posé la question de la fermeture. Il a mis une partie de l’équipe au chômage partiel, a réduit ses horaires d’ouverture et réalise la majorité de ses ventes le matin. « Le nombre de clients s’est effondré » déplore-t-il, mais le panier moyen a été multiplié par deux, ce qui devrait compenser. Un système de drive et des livraisons à domicile ont également permis de soutenir les ventes. Ses clients plébiscitent les petits prix, entre 5 et 15 € à boire tout de suite. Les belles bouteilles à offrir restent sur les rayons pour l’instant. Même tendance en GMS et pour les ventes en ligne, dont le chiffre d’affaire demeurerait stable.
 
Agents et distributeurs
 
La journée type de Florence Chazallon, qui gère Vignerons de Nature [3], une association de producteurs qui mutualise la commercialisation et la distribution en France et à l’export illustre parfaitement la situation très critique des intermédiaires : gestion de la trésorerie et des RH ; conseils aux vignerons sur les aides publiques ; management du réseau d’agents pour encourager les relances ; négociations avec les banques pour repousser les inévitables mises en demeure et gestion logistique des rares commandes.   
La moitié de l’activité de Vignerons de Nature est générée par le CHR (cafés, hôtels et restaurants), un secteur déjà mauvais payeur et qui est à aujourd’hui à l’arrêt complet. Non seulement ces établissements ne passent plus commande, mais ils ne sont souvent pas en capacité d’honorer leurs engagements antérieurs. Ces défections auront nécessairement un effet domino sur la survie des intermédiaires, puis à terme, sur les domaines qui devront supporter les défauts de paiement et affronter les baisses des ventes.
 
Les pilotes de la filière naviguent à vue
 
À la tête de Pain Vin & Company [4], une agence de relations publiques spécialisée dans le luxe alimentaire, Alexandre Lazareff échange quotidiennement avec ses clients, des acteurs majeurs de la filière viticole. Tous se félicitent de la mise en place rapide des mesures d’aides d’urgence, notamment des prêts garantis, qui devraient permettre à la majorité des entreprises de garder la tête hors de l’eau jusqu’à la fin de la crise. Coopératives et syndicats de vignerons relaient auprès de leurs adhérents toutes ces dispositions en temps réel. Tous savent d’ores et déjà que les marchés ne seront pas tous touchés au même niveau. L’agence imagine dès à présent les stratégies qui permettront demain à ses clients de profiter au mieux et d’encourager un rebond aussi incertain qu’attendu.
 
 
Sébastien BUREL
Fondateur de FERMYNT Solutions digitales
www.fermynt.com



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