Journal de l'économie

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Sun Tzu, le tacticien indépassable





Le 10 Mai 2023, par Olivier de Maison Rouge

Nous poursuivons notre étude des figures de la Grande stratégie en nous attardant sur celle de Sun Tzu qui est sans doute le plus cité, et en qui le regretté Hervé Coutau-Bégarie voyait d’ailleurs davantage un tacticien qu’un stratège parmi lesquels il plaçait son cher Von Clausewitz.


Sun Tzu, le tacticien indépassable
Il n’en demeure pas moins que les deux auteurs sont régulièrement étroitement associés, bien qu’ayant produit des œuvres majeures à deux millénaires d’intervalle. Et l’un comme l’autre nous ont laissé chacun un traité impérissable, universel et intemporel.

L’Art de la guerre de Sun Tzu est incontestablement le plus vieux document de doctrine d’emploi militaire qui nous soit parvenu (écrit vers 500 avec JC, contemporain de Confucius). Il est particulièrement intéressant pour au moins deux raisons : le chapitre XII constitue un modèle du genre en matière de renseignement, et à l’aube d’un basculement géopolitique majeur, il faut toujours connaître la tactique de l’adversaire, c’est pourquoi la connaissance de la stratégie chinoise est un atout indéniable à l’heure actuelle.

À cet égard, on pourrait aisément penser que l’ouvrage que nous laisse le penseur chinois est périmé ; mais c’est toute l’astuce et l’art de ce conseiller militaire que d’avoir su rédiger des maximes et aphorismes qui se révèlent appropriés à toutes les époques et à tous les conflits. C’est pourquoi ce legs est si précieux, car les lois de la guerre – qui constitue malheureusement le propre de l’homme – ne reposent pas sur des moyens ou des techniques, ainsi qu’on le croit souvent à tort, mais bien davantage par des pratiques et des tactiques qui permettent de parvenir aux mêmes fins. Dans les conflits, anciens ou modernes, bien souvent il ne faut pas confondre les moyens et les fins.

L’œuvre de Sun Tzu nous ne nous est parvenue – à nous autres Occidentaux – qu’à la fin du XVIIIe siècle (publié à Paris en 1772). C’est pourquoi il fut si longtemps peu enseigné dans les académies militaires et aujourd’hui encore le maître reste cité davantage que lu. Ce d’autant qu’au XIXe siècle on lui préféra précisément Von Clausewitz qui présentait des écrits de l’ennemi allemand qui évoquaient la force, là où le chinois est sagesse et réflexion. Ne dit-il pas : « L’art suprême de la guerre c’est soumettre l’ennemi sans combat ». Sun Tzu fait ainsi prévaloir la ruse sur la force à l’inverse de Von Clausewitz.

Nous retenons ainsi du maître chinois :

Sur la conduite de la guerre :

« La guerre est le lieu où se décident la vie et la mort ; elle est la voie de la survie ou de la disparition. »

« La victoire est l’objectif principal de la guerre. Si elle tarde trop, les armes s’émoussent et le moral s’effrite. »

« Une attaque peut manquer d’ingéniosité, mais il faut absolument qu’elle soit menée avec la vitesse de l’éclair. »

« Ainsi, ceux qui sont incapables de comprendre les dangers inhérents à l’utilisation des troupes sont également incapables de comprendre la façon de s’en servir avec avantage. »


La stratégie offensive :

« Généralement, dans la guerre, la meilleure politique c’est de prendre l’État intact ; anéantir celui-ci n’est qu’un pis-aller. (…) Ce qui, donc, est de la plus haute importance dans la guerre, c’est de s’attaquer à la stratégie de l’ennemi.
Le mieux, ensuite, c’est de lui faire rompre ses alliances. »

« Ainsi, ceux qui sont experts dans l’art de la guerre soumettent l’armée ennemie sans combat. Ils prennent les villes sans donner l’assaut et renversent un État sans opérations prolongées. (…)

« En conséquence, l’art de mener les troupes au combat consiste en ceci : lorsque vous possédez la supériorité à dix contre un, encerclez l’ennemi. À cinq contre un, attaquez-le. À deux contre un, divisez-le. »

« C’est pourquoi je dis : “connaissez l’ennemi et connaissez-vous vous-même ; en cent batailles vous ne courrez jamais aucun danger.” Quand vous ne connaissez pas l’ennemi, mais que vous vous connaissez vous-même, vos chances de victoire ou de défaite sont égales. Si vous êtes à la fois ignorant de l’ennemi et de vous-même, vous êtes sûr de vous trouver en péril à chaque bataille. »


De l’énergie, des faiblesses et des points forts, des manœuvres :

« En règle générale, dans la bataille, utilisez la force normale pour engager le combat ; utilisez la force extraordinaire pour remporter la victoire. »

« Généralement, celui qui occupe le terrain le premier et attend l’ennemi est en position de force ; celui qui arrive sur les lieux plus tard et se précipite au combat est déjà affaibli.
Et c’est pourquoi ceux qui sont experts dans l’art militaire font venir l’ennemi sur le champ de bataille et ne s’y laissent pas amener par lui. »

« L’ennemi doit ignorer où je compte livrer bataille. Car, s’il l’ignore, il devra se tenir prêt en de multiples points. Et, s’il se tient prêt en de multiples points, les opposants que je trouverai en l’un quelconque de ces points seront peu nombreux ».

« Percez donc à jour les plans de l’ennemi et vous saurez quelle stratégie sera efficace et laquelle ne le sera pas. (…) Or, la guerre est fondée sur la tromperie. Déplacez-vous lorsque c’est votre intérêt et créez des changements de situation par des dispersements et des concentrations de forces. »

« Dans la guerre, le nombre seul ne procure aucun avantage. N’avancez pas en vous reposant exclusivement sur la puissance militaire. (…) Lorsque l’on se trouve éloigné d’un ennemi d’une puissance égale à la sienne propre, il est difficile de le provoquer au combat et il n’y a rien à gagner à l’attaquer sur les positions qu’il s’est choisies. »

« La promptitude est l’essence même de la guerre. Tirez parti du manque de préparation de l’ennemi ; empruntez des itinéraires imprévus et frappez-le là où il ne s’est pas prémuni. (…) Or, ce qui est capital dans les opérations militaires, c’est de faire croire que l’on s’ajuste aux desseins de l’ennemi. »

« Si ce n’est dans l’intérêt de l’État, n’agissez pas. Si vous n’êtes pas en mesure de réussir, n’ayez pas recours à la force armée. Si vous n’êtes pas en danger, ne vous battez pas. (…) C’est pourquoi le souverain éclairé est prudent et le bon général prévenu contre les mouvements inconsidérés. C’est ainsi que l’État est sauvegardé et l’armée épargnée. »


L’utilisation des agents secrets :

« De toutes les questions, aucune n’est plus confidentielle que celles qui ont trait aux opérations secrètes. »
« La prévision n’est pas tirée de l’analogie avec le passé pas plus qu’elle n’est le fruit des conjectures. »

« Or, si le prince éclairé et le général avisé défont l’ennemi chaque fois qu’ils passent à l’action, si leurs réalisations surpassent celles du commun, c’est grâce à l’information préalable.
Ce qu’on appelle “information préalable” ne peut pas être tiré des esprits, ni des divinités, ni de l’analogie avec des événements passés, ni de calculs. Il faut l’obtenir d’hommes qui connaissent la situation de l’ennemi. »

« Si des plans relatifs à des opérations secrètes sont divulguées prématurément, l’agent et tous ceux à qui il a parlé devront être mis à mort. »

« Il n’y a aucun domaine où l’on ne puisse employer des espions. »


En conclusion, nous citerons son contemporain Confucius, pour qui : « L’importance n’est pas la réponse, mais d’avoir bien compris la question. »

 

Olivier de MAISON ROUGE
Avocat, Docteur en droit
Dernier ouvrage paru : « Gagner la guerre économique. Plaidoyer pour une souveraineté économique et une indépendance stratégique » VA Editions, 2022


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