Journal de l'économie

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Y a-t-il vraiment une économie politique « de droite » ?





Le 31 Janvier 2022, par Bernard Landais

Pouvons nous redorer le blason économique de la France ? Pour Bernard Landais, cela ne fait aucun doute ! Professeur de Sciences Economiques en Université et spécialiste de la politique économique, Bernard Landais vient de publier « Réagir au déclin, Une économie politique pour la droite française » chez VA Éditions. En prônant le retour à une société du risque et à la liberté individuelle il nous explique comment l’investissement et la transmission serviront notre croissance économique.


C’est probablement un fait dont la droite française elle-même n’a pas une conscience assez claire. L’ambition de cet ouvrage est de l’en convaincre ! La plupart des candidats à l’élection présidentielle, de droite comme de gauche, évitent les débats économiques parce qu’ils pensent qu’ils sont ardus et électoralement improductifs. Répéter en boucle que les Français sont préoccupés de leur pouvoir d’achat est un peu leur minimum syndical… La poussière économique est mise sous le tapis !

Quels sont les marqueurs de cette politique ?

La première caractéristique de l’économie politique de droite est qu’elle satisfait au principe général de réalité. Face à l’immigration et ses conséquences ou à la place de la France dans le Monde ou en Europe, le candidat de Droite est déjà celui qui est capable de regarder la réalité en face ! Or la réalité économique française de l’époque est celle du déclin, pire même celle de l’anti-développement. Il y a peu, ce constat décliniste était encore brocardé par les médias, mais depuis quelques années, c’est devenu une évidence et la crise sanitaire n’a fait que la révéler et l’accentuer. La France n’est pas la seule concernée, car c’est un phénomène mondial, mais nos problèmes devront être traités dans le cadre national.

Vous opposez la « vraie Droite » à la « Droite institutionnelle ». Qu’appelez-vous la « vraie Droite » ?

En matière économique, la « vraie Droite » se définit par deux caractéristiques claires :
 
Elle est d’abord libérale au sens précis du terme ; un libéral est quelqu’un qui aime sa liberté et celle des autres. Pour résumer mon propos, un libéral ne peut être favorable au pass sanitaire ni étouffer les gens sous toutes sortes de règlements (les emmerder !). C’est d’autant plus crucial qu’une grande partie de notre déclin économique vient de l’affaissement de l’esprit de liberté, pour nos entreprises, mais aussi pour notre vie courante. Dans une économie où la prolifération des investissements risqués de toutes sortes (industriel, éducatif, d’innovations et de puissance) est la condition primordiale de succès, l’application systématique des pressions et du contrôle administratif est tout simplement suicidaire.
 
Elle est nationale ensuite, car si le salut économique nous vient de la transmission libre de multiples cultures, on ne peut compter sur qui que ce soit d’extérieur pour le faire à la place des Français. L’Europe politique qui s’est mise en place depuis les années 1990 est totalement impuissante face aux défis posés par notre déclin économique et social auquel elle a plutôt contribué. Qui peut imaginer un seul instant que Madame Von der Leyen porte un intérêt quelconque aux forces vives de l’économie française ou souhaite encourager la transmission de notre culture au profit de notre développement ? Elle s’occupe à faire tout le contraire, en bonne gestionnaire du mondialisme.
 

Comment qualifier les politiques de droite que vous préconisez ?

Les politiques économiques à mettre en œuvre dans une perspective de droite sont des « politiques de l’Offre généralisées ».

Ces politiques de l’Offre peuvent-elles été menées avec succès ?

En fait, les politiques de l’Offre ont été popularisées sous Ronald Reagan et Margaret Thatcher dans les années 1980 et comportaient surtout un volet fiscal et d’incitations. Leurs réformes se sont avérées efficaces. Mais à cette époque, les économies nationales n’étaient pas aussi abîmées en profondeur et les ressorts d’un capitalisme des classes moyennes étaient encore bien tendus. Désormais, il nous faut généraliser la stratégie d’offre à une patiente reconstitution des cultures humaines qui nous font défaut. L’une des tâches les plus urgentes est par exemple de remettre en place un système éducatif qui rehausse le niveau scolaire, mais aussi le sens de la liberté et le goût du risque. Abolir le principe de précaution est la mesure emblématique la plus urgente à prendre, qui concerne l’ensemble de l’économie et de la société en France.

Avons-nous des précédents historiques ?

En réalité, ce qui se rapproche le plus de la politique idéale de droite fut celle des années De Gaulle et Pompidou, car les dirigeants français de cette époque lointaine avaient lié la libéralisation de l’économie française (Traité de Rome) à la défense ardente de son indépendance et de sa puissance. La liberté du commerce et le nucléaire civil et militaire furent alors les deux mamelles de ces nouveaux Sully… dans une France rajeunie !

Qui pour porter ce programme ?

Les candidats de Droite les mieux placés se saisiront-ils du thème économique ou préféreront-ils enfoncer le clou uniquement sur les questions d’immigration et de sécurité intérieure ? On ne peut faire l’impasse sur le déclin économique, car il y a urgence. Mais gageons qu’un mandat présidentiel aussi court que cinq ans est un défi tactique pour quelqu’un qui voudra réagir à ce déclin de quarante ans. Il sait d’emblée que ça prendra du temps et surtout il ignore ce qu’en savent ou en pensent vraiment les Français qui vont voter en avril.

Bernard Landais, Professeur de Sciences Economiques aux Universités de Brest, Rennes et Bretagne-Sud et Doyen Honoraire de la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de Brest ; il est l’auteur de : « Réagir au déclin, une économie politique pour la droite française », « VA Éditions » décembre 2021.



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