Journal de l'économie

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Par où commence-t-on pour sauver la planète ? 2/2 Moins consommer





Le 27 Septembre 2021, par Philippe Cahen

La COP26 de Glasgow va nous occuper du 1er au 12 novembre avec un objectif : comment éviter les +2,7 °C en route pour 2100.
Dans : Par où commence-ton pour sauver la planète ½ Moins détruire, nous avons reproduit la BARDA du gouvernement américain, qui a fourni des fonds d’urgence à la recherche contre la COVID-19, à la lutte contre le dérèglement climatique et la préservation de l’environnement pour ne prendre que deux exemples : comment éteindre l’incendie.
Non seulement il faut éteindre l’incendie, il faut surtout ne pas l’alimenter, il faut l’éviter.
Deux choix : décarboner ou moins carboner


Image Pixbay
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Par où commence-ton pour sauver la planète ½ Moins détruire

Il est aujourd’hui accepté que l’activité humaine produit le principal gaz à effet de serre qui pollue l’environnement, le carbone. Selon Bloomberg New Energy Finance, dans un objectif de zéro émission de CO2 en 2050 avec différents scénarios, le budget est entre 92.000 et 173 000 milliards de dollars. Or les différents scénarios se fondent sur le mode de consommation actuel comme par exemple passer de la voiture thermique à la voiture électrique.
Cette logique ne tient plus. Il n’y a plus le temps. Les signaux faibles du carbone sont devenus des signaux écarlates.

Nous surconsommons

Le site américain Wish propose des produits gratuits, pour quelques euros de prix de transport depuis la Chine et livrables à domicile. Autant dire qu’il exprime une valeur nulle du produit, donc de l’industriel et de ses employés qui l’ont fabriqué. Et le consommateur tient pour nulle la valeur des produits le plus souvent de piètre qualité. Son chiffre d’affaires serait de 2,5 milliards $.

En France, l’ADEME estime en 2019 que 70 % (soixante-dix pour cent !) des vêtements achetés ne sont jamais portés. Le textile, deuxième industrie la plus polluante du monde, est devenu un produit neuf jetable, deux fois sur trois.
Lorsqu’un salon de jardin en résine est vendu, 150 €, son bilan carbone de matières d’origine, fabrication, transport vers la France puis vers le consommateur, destruction, est sans doute supérieur à son prix consommateur.

Les déchets que nous produisons (papier cartons, plastique, textile, bâtiment, métaux ferreux, métaux non ferreux, etc. soit 12 filières pour Federec) sont si nombreux que le recyclage et les technologies de recyclage actuelles sont insuffisantes pour lutter contre la pollution. En France, annuellement, les 800 millions de tonnes de matières consommées génèrent 350 millions de tonnes de déchets dont seuls les deux tiers sont recyclés … seulement. Que fait-on des 120 millions de tonnes restantes ? En 2019, seuls 17 % des déchets électroniques ont été recyclés dans le monde sachant que la croissance de la production de ces produits est supérieure à tous les autres produits. La Terre et la Mer deviennent un monde de déchets.

La taxe carbone aux frontières

Le constat est donc simple : les produits n’ont plus de valeur, ce sont des consommables, ou si l’on veut, la valeur n’est plus dans le produit. Pour exemple, vers 2030, la valeur d’une voiture sera à 60 % dans l’électronique embarquée, la voiture « produit » ne sera que de 40 %.

En d’autres termes, le coût de fabrication d’un produit est faible face à un coût carbone et recyclage.

Le prix réel d’un produit est donc la somme de son coût de fabrication ET de son coût carbone. Ainsi, la France importe globalement autant de carbone qu’elle en produit. L’Europe avance sur un projet qui a son évidence : il faut imposer un prix carbone à l’importation de certains produits, comme l’acier, le ciment, les engrais, le fer … autant de produits fabriqués dans des pays aux normes environnementales plus « souples » (voire inexistantes) que celles appliquées en Europe par exemple pour le ciment de Turquie, les engrais de Russie, le fer et l’acier de Chine.

L’objectif est de moins produire de carbone, de redonner une chance aux fabricants nationaux, donc de relocaliser, d’inciter les producteurs internationaux à respecter les normes environnementales européennes, et créer des ressources pour financer les filières des déchets.

Concernant les produits de consommation courante, cela aura comme effet de valoriser le produit quitte à en vendre moins. Et ce « vendre moins » correspond aussi à un « consommer mieux ».

« Consommer moins, consommer mieux » entre dans les habitudes

Dans les produits de consommation courante, les consommateurs ont précédé les législateurs européens dont la rapidité de décision n’est pas la première des qualités.

L’économie circulaire est en plein boom. Le site et licorne française de mode Vestaire Collective en est le symbole sur la Toile avec pour premier marché les États-Unis. Le Printemps et les Galeries Lafayette ont intégré chacun plus de 500 m² dans leurs magasins parisiens. L’achat de seconde main concerne 4 acheteurs sur 10. Back Market, autre licorne française, reconditionne essentiellement des appareils électroniques et a trouvé un partenariat commercial et financier avec SEB.
La taxe carbone étudiée par l’Europe et qui devrait s’élargir aux produits de consommation courante, ne devrait logiquement pas s’appliquer aux produits de seconde main, car ayant passé la frontière. Autant dire que la taxe devrait éliminer les produits de piètre qualité. L’indice de réparabilité qui s’applique en France sur quelques produits depuis le 1er janvier 2021, devrait se mettre en place aux États-Unis, et concerne de plus en plus d’industriels.
Le « consommer moins, consommer mieux » n’est plus marginal.

Reste le deuxième pollueur de la planète : le transport routier

Pour atteindre 80 % de recul des transports routiers en 2040 (Bloomberg), il faut passer par un pas de géant et admettre que les Terriens ne peuvent plus globalement rouler avec un véhicule individuel et que les transports routiers de marchandises doivent être repensés.

Les constructeurs automobiles en constatant que la valeur de l’automobile est passée très majoritairement aux composants et systèmes numériques vont devoir admettre que leur modèle économique de véhicule personnel est dépassé. Waymo de Google, Huwei, le toulousain EasyMile et des dizaines d’autres sont prêts à passer à un nouveau système de transport.

De fait, le monde du « consommer moins » est en marche sans doute plus pour des raisons de dépenser moins que de polluer moins. Qui s’en plaindra ?
 
La pollution est pour le plus grand nombre bien difficile à percevoir dans le quotidien. Le porte-monnaie, les dépenses, sont bien plus percevables pour le plus grand nombre. Dans la mesure où le consommateur n’a pas le sentiment de se priver, il adhère. Parcourir Paris-Lyon en deux fois plus de temps que par TGV, mais trois fois moins cher est compréhensible et adoptable pour la grande majorité des consommateurs.
Pour le plus grand nombre, si sauver la planète c’est finalement consommer mieux : pourquoi pas !
 
Je repars en plongée…

Philippe Cahen
Conférencier prospectiviste
Dernier livre : « Méthode & Pratiques de la prospective par les signaux faibles
», éd. Kawa
 


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