Journal de l'économie

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D’un virus à l’autre ou le monde de demain.





Le 16 Avril 2020, par Nicolas Lerègle

Ce coronavirus prend des dimensions fascinantes par leurs diversités. Problème sanitaire en Chine il sert de révélateur aux nombreuses failles de notre société et permet d’esquisser les contours de comment pourrait évoluer notre monde.
Une économie rêvée forte car mondialisée se révèle de fait un colosse aux pieds d’argile. L’utopie d’une répartition internationale des tâches et productions entre les pays ne résistant pas très longtemps à l’infection de 2 millions de personnes. Soit, au moment où ces lignes sont écrites, 0,0003% des 7 milliards d’habitants de la planète. Les sommes astronomiques injectées par les économies américaine, européenne, japonaise…traduisent, si besoin en était, cette fragilité.


D’un virus à l’autre ou le monde de demain.
Une économie – et des sociétés – découvrant que le progrès technologique sur lequel elles s’appuient pour mesurer leur développement est certes source de revenus pour leurs concepteurs et diffuseurs, mais que ce choix a mis de côté le progrès scientifique, à savoir la recherche fondamentale, source de dépenses aux revenus aléatoires. Avec pour conséquence que les dangers émergents, cette crise sanitaire le montre, sont cantonnés par des découvertes scientifiques faites il y a 220 ans (la vaccination), 90 ans (les antibiotiques) ou 70 ans (ADN) améliorés par la technologie. La blockchain ou l’Intelligence Artificielle qui devaient pourtant redessiner notre futur ne sont que des évolutions technologiques dont on peut relativiser le caractère révolutionnaire. En somme on perfectionne à l’infini des outils existants plus qu’on ne cherche à découvrir de nouveaux instruments.

Une économie qui doit donc se réinventer pour que la globalisation ne soit pas constitutive d’une chaine dont la perte d’un maillon mette tout à plat. La tertiarisation de l’économie vue comme le parangon du développement se relative et devrait amener à une réindustrialisation de pays comme le notre tant il est apparu que l’indépendance nationale pour certaines productions (du médicament aux masques FFP2 en passant par nombre de composants, de matières premières, de terres rares…) revêtait, on tendait à l’oublier au nom du libéralisme, un caractère stratégique.

Une société qui face à cette épidémie a su faire preuve de résilience, de solidarité, de flexibilité mais aussi de sa bassesse structurelle réapparaissant dans chaque période de tension comme celle que nous vivons. Aux personnes qui applaudissent les soignants à 20 h le soir répond une explosion des lettres de dénonciation, anonyme cela va de soi, pour pointer les comportements de tel ou tel voisin ou de tel ou tel soignant qui ferait mieux de déménager pour ne pas contaminer son quartier (près de 15% des infirmiers ont été menacés de la sorte !).

Cette société dans le confinement a procédé à toute vitesse à sa mue technologique. On peut penser que « l’internétisation » de notre société atteindra un point de non-retour. Le recours aux réseaux sociaux et aux techniques numériques s’étant en quelques semaines généralisé non seulement à l’ensemble d’un pays mais aussi à la quasi-totalité des métiers, sauf ceux relevant du commerce de convivialité, qui ont dû se virtualiser et des personnes qui, par leur usage massif d’Internet (une création des années 70), se sont appliquées à s’informer, s’occuper, enseigner, apprendre, télétravailler, correspondre…

De nombreuses entreprises se sont aujourd’hui rendues compte que cela pouvait significativement réduire leurs coûts sans pour autant nuire à l’efficacité de leurs salariés.  On peut penser que cette réorganisation du travail ne sera pas abandonnée mais bien au contraire poursuivie voire encouragée permettant pour les entreprises de répondre à des préoccupations environnementales, moins de déplacements, et budgétaires, moins de locaux. Derrière cette évolution une reconfiguration de notre vie sociale est à attendre.

Il est encore trop tôt pour en dessiner les contours on sait cependant que cette internétisation tendra à maximiser les risques et les menaces que nous pouvons aujourd’hui connaitre et qui sont associés à un usage des réseaux sociaux et des technologies qui y sont associées.

Il ne faut pas être grand clerc pour voir que la bouée de sauvetage actuelle de nos économies et vie sociale à savoir les réseaux sociaux risque de devenir très rapidement le point faible de celles-ci. Faiblesse matérielle car ces réseaux nécessitent des énergies de plus en plus puissantes, et des moyens matériels soumis à des pressions d’usage toujours plus importante qui vont en accroitre les faiblesses et ruptures. Faiblesse humaine aussi car, dans un monde où les fake news et théories complotistes, séduisent de façon massive les populations, on est en droit de s’inquiéter de la perméabilité des esprits mais aussi de l’efficacité des réseaux sociaux pour modeler des opinions.

En matière de sécurité économique le discours était d’éviter au maximum l’usage dual (personnel et professionnel) des technologies et de leurs outils mis à dispositions. Les mises en garde d’hier contre l’usage d’un ordinateur privé pour le travail en entreprise ne semblent plus de mise. Il convient donc de réinventer de nouveaux outils – ou de perfectionner ceux qui existent – pour répondre à la prévisible expansion des risques de cette internétisation.  

Le risque essentiel est constitué par les atteintes à l’image ou à la réputation. Ce sont elles qui permettent par leurs effets sur les utilisateurs les détournements de valeur ajoutée, le cyber-espionnage, les piratages informatiques qui vont devenir, encore plus que maintenant, notre quotidien.

Ce risque est identifié, il convient donc de réfléchir dès à présent aux contours d’une cyber-vigilance gage d’une cybersécurité et de mettre en place les outils de défense qui permettront d’y répondre de façon efficace.
Il faut donc être vigilant et s’armer pour lutter contre les attaques, d’où qu’elles viennent. Les attaques réputationnelles utilisent le plus souvent et de façon simultanée plusieurs supports digitaux tels que les réseaux sociaux ou un mix médias digitaux et réseaux sociaux. La diffusion de l’information est très rapide mais aussi très fugace ce qui ne l’empêche pas d’imprégner et d’influencer les esprits. L’auteur, personne ou entreprise, qui se cache ou non, dramatise une situation ou un fait avéré ou inventé pour servir ses intérêts, déstabiliser un concurrent par exemple.

La violence visuelle ou sémantique est la règle car elle impacte plus sérieusement qu’une approche subliminale. L’auteur de la malveillance est dès lors certain de trouver un écho car le lecteur cible préfère des histoires fortes à des histoires banales et le destinataire est souvent la victime mais aussi le complice, non intentionnel, de l’auteur par une mauvaise réaction de propagation et diffusion des messages reçus.

La cyber-vigilance va devenir incontournable car la réputation doit faire l’objet d’une surveillance de tous les instants. Il est préférable, pour une personne ou une entreprise, de ne pas découvrir par autrui, donc trop tard, que l’on fait l’objet d’une attaque malveillante. Et s’il existe un domaine pour lequel la globalisation et l’internationalisation sont toujours de mise cela sera bien celui-là.

Le fait marquant des attaques portées contre votre réputation est que, très souvent, elles proviennent de l’international. Le web n’a pas de frontières ce qui donne un sentiment d’impunité aux harceleurs. Les sociétés qui seront en mesure de proposer des services de cyber-vigilance devront tant sur le plan technique que de leurs expertises, être totalement orientées vers l’international pour identifier et tracer les activistes et éventuellement pouvoir ainsi remonter jusqu’à leurs commanditaires quand les malveillances ont une dimension économique. Les outils qui devront être employés devront pouvoir traquer les informations partout et en toutes les langues. Une réponse crédible ne peut se concevoir sans une capacité d’action par-delà les frontières.

La clef de la cyber-vigilance et des contre-mesures qu’elle permettra de mette en œuvre consistera à utiliser le fonctionnement même du web sur lequel prospère le détracteur. Seule la diffusion d’informations positives, participant à la reconstruction de l’image de ceux qui seront ciblés, devront être construites et diffuser afin contrebalancer, puis diluer finalement les propos qui seront sources de nuisances. 

En somme le monde de demain sera celui ou chacun aura à sa disposition une panoplie complète d’outils lui permettant d’évoluer, avec une sécurité maximisée, dans un monde virtuel qui se confondra de plus en plus avec la réalité quotidienne tant personnelle que professionnelle. Que le virus soit pathologique ou informatique, le principe qu’il faut mieux prévenir que guérir conserve et prendra tout son sens et justifiera de disposer, par anticipation, des outils permettant de répondre à des attaques de toute nature et de toute origine.
 


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