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Élections législatives : un vote d’une importance sous-estimée ?





Le 14 Juin 2022, par La Rédaction

Nupes ou Ensemble ! ? Qui a gagné ce premier tour des législatives ? Peu importe le nombre de voix, c’est in fine le nombre de sièges qui fera la différence. Si Ensemble ! ne parvient pas à avoir la majorité absolue, le quinquennat ne ressemblera en rien à celui que nous venons de vivre. Cependant, malgré l’importance de cette élection et la mutation politique actuelle, la population déserte les urnes. Quentin Deleruelle, ancien assistant parlementaire nous confirme l’importance de cette élection. Il a d’ailleurs écrit un premier roman « Les ombres du Palais Bourbon » sur la vie, les alliances et les coups bas à l’Assemblée nationale.


Il y a eu un faible taux de participations lors du premier tour des législatives, a-t-il la même origine que celui lors des élections présidentielles ?

Il est vrai que moins d'un Français sur deux a participé à ce premier scrutin. Cette abstention est nettement plus forte que l'élection présidentielle, où elle s'élevait à 28%. Si la participation est traditionnellement plus faible aux législatives, c'est en partie parce que ces enjeux passionnent moins les Français. La politique est une affaire d'incarnation, et le scrutin présidentiel, centré autour d'un homme ou d'une femme, le démontre bien. Or, pour ce scrutin des législatives, on a affaire à des milliers de candidats, la plupart inconnus : difficile dans ce contexte de se faire une place dans les médias, ou tout simplement d'être suffisamment vu par ses électeurs. 
 
Le second facteur, c'est la nature plus gazeuse de cette élection : pour beaucoup de Français, le rôle de l'Assemblée nationale reste obscur, et elle a souvent mauvaise presse : 40% de nos concitoyens la jugeaient inutile en 2021. 
 
Contrairement à l'abstention à l'élection présidentielle qui peut être vue comme un geste volontaire, une autre façon d'exprimer son opinion que le vote, la faible participation aux législatives est une abstention de désintérêt. 

Alors que le président Emmanuel Macron a été reconduit et que les députés LREM avaient la majorité à l’Assemblée nationale, pourquoi un groupe Ensemble ! (et un futur Renaissance) ? Le parti n’est-il plus assez fort pour gagner ?

La nature « ni de droite, ni de gauche » de la Macronie l'oblige de facto à toujours aller vers une logique de rassemblement et d'élargissement : pour se construire une majorité à l'Assemblée nationale, impossible de compter uniquement sur « Les Marcheurs ». Ce qu'Emmanuel Macron avait fait en 2017 en cherchant des talents issus de la droite et de la gauche, il continue à le faire. En revanche, on constate que la majorité présidentielle se diversifie, avec des courants de gauche et de droite et surtout une proéminence dans les investitures de personnalités plus rompues à la politique. La promesse de renouvellement et de candidats « société civile » n'est plus du tout au cœur de la communication de la majorité sur cette élection. 

Divers partis se réunissent pour créer des groupes, tendons-nous vers la fin du multipartisme exacerbé ?

En explosant la droite et la gauche traditionnelle en 2017, Emmanuel Macron a fracturé le paysage politique : force est de constater que 5 ans et une présidentielle plus tard n'ont pas suffi aux partis pour se reconstruire. Ces grandes coalitions, comme celle de la NUPES, sont avant tout des accords électoraux : au lendemain de l'élection, chacun constituera son groupe. Au sein de la majorité, s’il existe à l'inverse un vrai accord solide sur le programme présidentiel, il y aura tout de même a minima trois groupes : Renaissance, Horizons et le MoDEM. 
 
En résumé, on passe d'une logique de bloc à une logique de coalition, où des majorités devront sans cesse se nouer ou se dénouer autour des textes : de quoi réveiller l'hémicycle et remettre le projecteur sur l'Assemblée nationale où nous pourrions avoir quelques surprises ! 

Si Ensemble ! ne parvient pas à obtenir la majorité, quelles-en seraient les conséquences sur le nouveau mandat du président ?

Ce serait déjà une première ! Tous les Présidents élus ont eu une majorité dans la foulée des législatives. Et malgré les bons scores de la NUPES, il y a peu de chance que cette élection déroge à la règle. Mais si c'était le cas, l'Assemblée nationale étant appelée à voter la confiance, ou non, au Gouvernement, Emmanuel Macron devrait nommer un Premier ministre capable de rassembler une majorité suffisamment large autour de lui. C'est en tout cas le pari, osé voire impossible, de Jean-Luc Mélenchon.
 

Quentin Deleruelle est l'auteur du thriller politique "Les ombres du Palais Bourbon" (VA Éditions)



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