Journal de l'économie

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Il reste un an à Greta Thunberg pour réussir





Le 30 Novembre 2020, par Philippe Cahen

Pour sauver la planète, il faut que l’Homme émette moins de dioxyde de carbone, consomme moins, voyage moins. C’est ce qui se passe avec la Covid-19 depuis mars 2020. Greta devrait être heureuse ! Il reste un an pour confirmer le changement de monde.


Greta Thunberg enflamme.

Greta Thunberg, en août 2018, à 15 ans, débute une grève pour le climat devant le Parlement suédois afin de dénoncer les dangers du dérèglement climatique essentiellement dus à l’Homme. En quelques mois, elle est suivie par des millions de lycéens du monde entier. Et son audience se manifeste devant les Parlements anglais et français, devant l’ONU lors du Sommet mondial pour le climat (septembre 2019). Depuis 1974 et René Dumont, jamais en France, l’écologisme n’avait atteint un tel niveau de conscience et notamment chez les générations les plus jeunes. Deux jours après des manifestations mondiales, le score écologiste aux élections européennes du 26 mai 2019 en France– et dans plusieurs pays européens - en témoigne. Devant le Parlement européen, le 4 mars 2020, elle considère la proposition de loi sur le climat comme une reddition.

Il ne s’agit pas ici de résumer l’écologisme à Greta Thunberg. Il s’agit de ne pas réduire l’écologisme à de vieilles barbes - ce qu’il fut longtemps, hommes comme femmes – et de ne pas citer de mouvements ou partis, car ils sont divers, non homogènes politiquement – et heureusement, et s’expriment aujourd’hui par des associations (pour certaines reconnues comme ONG) puissantes comparables à des lobbys dont ils utilisent les méthodes de communication.

Le sujet se résume ainsi : oui, le dérèglement climatique qui se manifeste par le réchauffement de certaines régions, la sécheresse de certaines régions, les accidents climatiques de certaines régions, oui l’Homme en est en très grande partie responsable par sa production de gaz de serre et notamment de CO2. Une fois que cela est démontré, dit et admis, concrètement, que fait-on ?

Covid-19 et déconsommation

Le Club de Rome a publié en 1972 le rapport Meadows : Les limites à la croissance (dans un monde fini). Concrètement, soit on limite la croissance, soit un jour ou l’autre, le monde sera en pénurie de ressources naturelles et/ou étouffera sous la pollution.

Jusqu’à présent, c’est la seconde option qui prévaut. D’ailleurs le Peak of Hubbert, le sommet de consommation du pétrole, dont on parlait quotidiennement jusque 2008/2009, a disparu de notre langage depuis que les pétroles et gaz de schistes sont exploités en quantité. Le pétrole dont certains voyaient le baril à 200, voire 300$, stagne depuis sous les 100$ et est même descendu en janvier 2009 à moins de 30$. Cette disparition du Peak of Hubbert comme du Peak of Koal (pic de charbon) fait penser à certains que le pic de lithium ou le pic de cobalt est une vue de l’esprit ce qui est possible selon le délai et la quantité nécessaire.

La première option, croissance zéro, est restée longtemps dans les oubliettes. Elle revient doucettement depuis vingt ou trente ans. Ces dernières années, elle revient avec force. Mais comment moins consommer dans un monde qui innove de plus en plus vite et nous crée des besoins considérés comme superflus pour certains, ou comme des progrès pour d’autres. Vivre plus longtemps en bonne santé, est-ce superflu ou est-ce un progrès ?
La Covid-19 a été une chance unique pour les adeptes de la croissance zéro : 4 ou 5 milliards de Terriens confinés chez eux pendant plusieurs mois ! Trains, avions, voitures à l’arrêt. Tourisme à l’arrêt. Production ralentie. Les seuls transports en action sont des transports de nécessité : se nourrir, soigner, entretenir. Consommation réduite à son essentiel. Les Français ont non-consommé environ 100 milliards €. Ce sont sans doute des milliers de milliards $ qui n’ont pas été dépensés dans le monde, donc combien de CO2 épargné sur le premier confinement ?

J’aurais aimé entendre les cris de joie de Greta Thunberg et de ses amis (vous avez compris que je n’en citerai aucun, il y en a beaucoup) : bravo ! Enfin nous réalisons un test à échelle 1 ! Faisons le bilan : ce qui nous a manqué, ce dont nous pouvons nous passer, ce que nous pouvons diminuer … Bref, un discours du genre : la croissance zéro c’est très particulier, on sait que notre monde se surpollue jour après jour, nous perdons de la faune, de la flore. Il y a moyen, sans détruire notre vie personnelle de sauver notre vie future et celle de nos enfants … Faisons le point et voyons comment sauver notre Planète.

Un silence assourdissant

Il n’en fut rien, pas de proposition. Pourtant des résultats positifs ont été constatés. Des photos spectaculaires prises de l’espace montraient la baisse de la pollution. En Île-de-France grâce à la baisse de trafic, le dioxyde d’azote a chuté de 20 à 35% et jusqu’à 50% en bordure des axes routiers. Les particules fines inférieures à 100 nm ont chuté de 30%. Mais au déconfinement, entre le 11 et le 31 mai le niveau est remonté de 80 à 90% du niveau antérieur au confinement, deux mois auparavant.

Non pas que la réponse attendue fut : reconfinons-nous ; mais quelles leçons tirer, quelles propositions faire ? Ah bien sûr, on dira que les « coronapistes » sont une réponse. D’une part plusieurs villes les ont rapidement supprimées, constatant que si elles étaient utilisées par les habitants de la ville, elles ralentissaient fortement le trafic de ceux qui venaient y travailler et parcouraient des dizaines de km (80% des trajets domicile travail). D’autre part, par exemple Paris est une ville qui semble en travaux permanents, zébrée de pistes mal fléchées et de cyclistes non éduqués. Même la Convention Citoyenne pour le Climat qui s’est terminée pendant le confinement, et a donc vécu cette expérience, n’a pas su répondre à la question : comment diminuer les déplacements ?

On aurait imaginé des questionnements sur le tourisme, la voiture, l’avion, par exemple la taxation du kérosène des avions, ou le capital carbone de chaque personne. Nous étions dans un temps exceptionnel, il ne semble pas qu’il y ait eu des questions exceptionnelles.

Le projet en cours : exporter la partie sale des énergies propres

La reprise économique et donc sociale post-Covid va prendre, semble-t-il, un an ne serait-ce que pour des questions de vaccination. Le confinement saison 2 a peu ralenti la circulation automobile et risque d’accroitre la production de CO2 par la croissance du chauffage individuel durant l’hiver 20/22 pour cause de télétravail. Certes il y a un plan climat européen, certes les fonds financiers s’orientent moins vers les énergies carbone (charbon, gaz et pétrole), certes la consommation s’oriente vers des produits alimentaires plus sains et des produits plus durables, etc. Mais le ton général est à la reprise de l’économie d’avant.

Greta Thunberg et ses amis ont d’autres choses à proposer, à construire, sans que cela soit « coercitif ». Il faut cependant être prudent, des signaux faibles alertent sur des erreurs potentielles. Nous exportons la partie sale des énergies propres. Les énergies renouvelables (éolien et solaire) donc propres et la voiture électrique peu émettrice de CO2 et particules fines (il faut oublier le freinage et les pneus), sont d’abord des investissements dans des outils de transformation de ces énergies propres en électricité qui « profitent » à la Chine et à quelques pays en développement (Chili, Bolivie, RDC). Nous exportons les mines de matières premières dans des conditions humaines et environnementales déplorables, ainsi que la production de parties importantes des composants des éoliennes, panneaux solaires et de batteries de voitures électriques sans aucun respect de l’environnement et des conditions de travail. Et il faut ajouter que le recyclage de ces produits n’est pas abouti : ces pays ne veulent plus importer nos déchets ! Cette solution peut être une faillite environnementale et sociale.

Il reste un an pour créer un Nouveau Monde

Tout le monde ou presque partage l’essentiel du diagnostic de l’écologisme. L’époque de la Covid-19 est unique pour proposer une transformation du monde et donc de ses emplois. La démarche devrait se rapprocher de celle du GIEC : les contraintes, les objectifs, les moyens. Et comme dans la COP21, il faut travailler avec les parties prenantes.

Pour l’instant, Greta Thunberg et ses amis ont surtout été dans l’incantation du drame, car c’est un drame. Ils ont été entendus. Depuis mars 2020, la puissance de leurs prises de paroles n’a pas été à la hauteur du défi notamment par leurs contradictions. Pour les fêtes de fin d’année, les étales bios seront chargés de fruits d’Amérique du Sud, souvent bio, mais chargés de CO2 du kérosène, et nous mangerons de la « viande » et du « poisson » végan dont le bilan carbone des machines est une catastrophe écologique et humaine, pas animale.

Notre Planète est ce qu’elle est et nous pouvons le regretter ou nous en émerveiller. Un système économique s’est mis en place, certains disent depuis quelques dizaines d’années, d’autres disent depuis que Sapiens est devenu sédentaire. Intéressant. Mais il faut construire un monde, avec ses forces et ses faiblesses, un monde qui corrige celui d’aujourd’hui et ne l’ignore pas. Nous sommes entre un monde futur à quelques dizaines d’années (2030/2050) et la prospective (2050/2100/2150). Le choc de la Covid-19 est encore dans tous les esprits. Le monde à venir se redessine. Si Greta Thunberg et ses amis trouvent les corrections trop faibles, il faut construire des propositions avec les parties prenantes. À moins de souhaiter un Covid-20 ou un Covid-21. Psychologiquement et socialement, ce serait un drame. Un drame immense.
 
Je repars en plongée …

Philippe Cahen
Conférencier prospectiviste
Dernier livre : « Méthode & Pratiques de la prospective par les signaux faibles  », éd. Kawa


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