Journal de l'économie

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« J’accuse » ou le retour d’Anastasie





Le 4 Mars 2020, par Nicolas Lerègle

Un état de droit comme souhaite être la France repose sur des principes simples, contenus pour l’essentiel dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen inscrite dans le préambule de notre Constitution. La liberté d’expression comme les principes d’égalité entre les citoyens en découlent, de même que la fondamentale présomption d’innocence qui n’est pas un paravent d’une culpabilité future mais bien la ligne qui permet à toute personne, mise en cause, de faire valoir ses droits et, éventuellement, reconnaitre son innocence.


« J’accuse » ou le retour d’Anastasie
A l’heure des réseaux sociaux et d’une information circulant à la vitesse de la lumière, à une époque où démêler le vrai du faux peut commencer à devenir compliqué, où les séparatismes se réveillent pour reprendre la terminologie présidentielle, il est de plus en plus difficile de s’assurer du respect de ces droits fondamentaux voire même de la compréhension de leur essentielle utilité.

Cette situation entraine des comportements déviants et la création de moyens de diffusion décalés.

La semaine dernière Olivier de Maison Rouge invitait à prendre conscience de l’existence d’un « dark net » permettant, en quelques téléchargements et cliques, d’avoir accès à des sites dont les objets sont clairement illégaux de la vente de drogue à celle d’images pédophiles quand cela n’est pas pire encore.

Cet Internet noir existe car il est le reflet des attentes et pulsions de nombreux utilisateurs mais il permet aussi pour des citoyens « lambdas » de s’adonner à un mode de consultation du web qui les mettrait, selon eux, à l’abri d’yeux indiscrets, les mêmes seront accros aux messageries cryptées comme Telegram, Threema ou autres.

Dans le même ordre d’idées, on a le sentiment qu’il existe aussi une réalité noire qui vient se doubler à celle qui constituait, jusqu’alors, notre référence.

Les César ont offert de ce point de vue une bonne illustration, il est vrai que les mondes parallèles et autres uchronies, dystopies constituent la base de nombreux genres du 7ème Art.
Dans « mon » monde la liberté d’expression, surtout artistique, est libre et ne doit pas être entravée dès lors que son exercice ne remet pas en cause des droits fondamentaux et ne soit pas attentatoire aux libertés individuelles.

Dans « mon » monde, seule une décision rendue par des juges peut décréter qu’un individu est coupable de ce qui lui est reproché. En l’absence de celle-ci la présomption d’innocence doit prévaloir, indépendamment de ses convictions personnelles ou du jugement individuel que l’on peut porter sur untel ou untel. Dès lors un homme politique, un réalisateur de cinéma, un citoyen ou un élu dès lors qu’il n’est pas condamné peut continuer à exercer librement son activité sans que vienne se substituer une justice immanente, fruit de lobbys communautaires et d’activistes minoritaires et bruyants.

Dans « mon » monde, tous les citoyens étant égaux il n’y a fondamentalement pas de raison que les opinions d’un groupe, non généralisées par une règle de droit, priment sur celles d’autres groupes qui ne les partageraient pas. Depuis Platon et Voltaire nous savons que le dialogue est un fondement de la République et que la tolérance conforte l’approche démocratique de celle-ci.

Dans « mon » monde en somme on peut lire Gide et Drieu la Rochelle, apprécier Genet mais trouver Virginie Despentes hors-sol et qu’Adèle Haenel est dénuée de tout talent. On peut être pour ou contre la GPA ou le mariage pour tous (par exemple) et se dire que les opinions contraires aux siennes doivent pouvoir s’exprimer.

Mais, de même qu’Internet a généré sa face sombre on peut se demander si « mon » monde n’est pas entrain d’être dépassé par un « dark world » dont les fondements démocratiques sont des plus douteux même s’il se pare de beaux atours.
Dans ce « dark world » la liberté d’expression ne va que si elle obéit à des critères qui n’ont rien à voir avec elle. Apparemment on ne peut pas tout écrire ou tout dire dès lors que cela ne convient pas à certains groupes qui se donnent les moyens de faire entendre leurs voix.

Dans ce « dark world » la présomption suffit pour condamner et ériger un tribunal d’opinion comme le seul valable pour décider et décréter qui doit être exclu ou pas de la sphère sociale et/ou professionnelle. Polanski n’a jamais été condamné ? La belle affaire il est quand même coupable ! Au nom de la liberté le pilori est de retour.

Dans ce « dark world » si tous les citoyens sont égaux, « certains, reprenant O.Wilde, sont plus égaux que d’autres ». Ce qui fait qu’un ministre de la Culture donne son opinion sur qui doit être récompensé ou pas, se faisant le porte-voix d’une communauté à laquelle il appartient, ce qui est son droit de citoyen, mais lui fait oublier qu’en tant que ministre il ne doit pas être le représentant de celle-ci uniquement.

Si nous laissons propspérer ce « dark world » fait d’intérêts communautaires et séparatistes nous prenons le risque d’affaiblir durablement notre Etat de droit et par la même notre économie et l’influence de notre modèle de société. Ce n’est pas une vue de l’esprit, l’industrie du cinéma vient d’en donner une éclatante illustration.

Depuis plus de 100 ans « J’accuse » est synonyme de lutte contre l’arbitraire, l’antisémitisme, la censure et donc symbolise la liberté d’expression et la force qu’elle peut revêtir pour restaurer le (bon) droit. Souhaite-t-on vraiment que dans quelques années « J’accuse » soit le signe de la censure imposée par des groupes de pression, de condamnation médiatique sans droit de la défense, de parti-pris politicien, en somme symbolise le retour d’Anastasie ?

Maintenant réagir à ces tendances sociétales n’est pas chose aisée. La ligne de crête est étroite et les mouvements de défense des minorités et autres sont promptes à réagir et au fond, à réduire au silence des voix discordantes. Doit-on pour autant rester les bras ballants ?

Les citadelles de Vauban n’étaient pas que de pierres elles étaient aussi des constructions de l’esprit visant à donner, à un corps social, une force morale lui permettant de distinguer le raisonnable de l’excès, le droit du non-droit, la défense des intérêts de la nation. Il serait peut-être temps de se réveiller car ces mouvements, ces séparatismes sont autant de coups portés à l’édifice de notre République et au « vivre ensemble ».



 


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