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Les paradoxes de Whatsapp





Le 23 Janvier 2021, par Nicolas Lerègle

Qui ignore que, ces derniers mois, de nombreux abonnés ont quitté l’application de messagerie sécurisée, cryptée et gratuite Whatsapp au profit de Signal, Viber ou Telegram. La raison tiendrait à ce que cette application de messagerie, propriété de Facebook, ait prévu de modifier ses conditions d’usage et de partage de données pour transmettre (encore plus) de datas personnelles à sa maison mère.


Les paradoxes de Whatsapp
Il est vrai que cette démarche est tout à fait inadmissible et que les réactions des abonnés sont ô combien compréhensibles. Voici quelque chose de gratuit et d’utile, comme les autres applications de messagerie mentionnées, qui chercheraient à se valoriser.

Il est bon de rappeler à ceux qui s’offusquent qu’à la question existentielle : « comment se valorise-t-on dans le monde des réseaux sociaux » la réponse est souvent et toujours la même : « en vendant, louant, monnayant les informations personnelles que tout à chacun laisse derrière lui en les utilisant et, plus accessoirement, en diffusant de la publicité ».

Whatsapp est donc de ce point de vue un excellent exemple des paradoxes offerts par les réseaux sociaux et leurs utilisateurs.
Whatsapp est un peu comme le ski à la montagne, hors confinement et fermeture des stations. Un espace de liberté, accessible et gratuit, offrant à ses utilisateurs une grande aisance d’usage, du moins présenté comme tel. Et puis, une fois sur place, on se rappelle et réalise que l’addition des coûts du forfait, de l’hébergement, du matériel, du transport fait que la liberté vantée est tout sauf gratuite. Ne nous masquons pas la réalité ce que Whatsapp a tenté de faire les autres solutions de messageries le font ou le feront de la même façon ou différemment en fonction de leurs intérêts.

Whatsapp c’est l’illusion d’un jardin secret qui serait inviolable et permettrait en toute tranquillité de communiquer sans que personne ne vienne vous importuner ou violer cette intimité informatique. Les promesses de cryptage sont comme les programmes électoraux, elles n’engagent que ceux qui y croient. Récemment des journalistes et personnalités politiques ont ainsi pu découvrir que des logiciels (de facture israélienne) permettaient de s’immiscer dans cette intimité (et au passage dans le téléphone) pour accéder à tous vos messages, appels et documents. Ce qui est possible pour Whatsapp l’est certainement aussi pour Signal, Viber, Telegram, Botim, Threema et d’autres.

Whatsapp c’est l’illustration des bienfaits du RGPD. Il y a encore quelques mois, cette réglementation était présentée comme une usine à gaz qui allait fortement compliquer les choses. Aujourd’hui, il est difficile de ne pas voir le bénéfice qu’elle offre aux Européens qui disposent d’une protection de leurs données assez efficace. Car le mouvement de départ de Whatsapp au prétexte que cette entreprise allait transmettre des informations personnelles à sa maison mère ne concerne pas vraiment les utilisateurs européens.

Mais, grâce à une bonne communication relayée sur les réseaux sociaux, quelques articles bien placés et le tour était joué, Whatsapp allait devenir, au choix, une passoire ou une courroie de transmission de nos existences et il fallait donc migrer vers une autre application. À toute chose malheur est bon puisque l’entreprise est en train de faire marche arrière sur le thème « non, mais pas du tout, on ne s’est pas compris ».

Maintenant, cet épisode et les paradoxes qu’il a permis de mettre en lumière sont intéressants et doivent faire réfléchir.
Les messageries ne sont pas des outils évanescents sortis d’un rêve philanthropique venant proposer gracieusement des flux de communication accessibles.

Les exemples ne manquent pas de boucles de discussions de telle ou telle messagerie qui ont été infiltrées ou de messages captés, d’hommes politiques qui se sont fait piéger par un usage inconséquent de ces applications, de réseaux terroristes qui en utilisant ces messageries ont pu être identifiés et démantelés… autant de réalités qu’il ne faut pas ignorer dans son usage de Whatsapp ou d’autres.
L’usage des réseaux sociaux en générale et de ce type de messagerie en particulier est encore trop marqué de candeur de la part de leurs utilisateurs. Le caractère gratuit de ces applications est un leurre pour celui qui s’y laisse prendre. Les informations déposées ne sont pas comprises comme valorisables et monnayables, un numéro de téléphone, une localisation, un carnet d’adresses, des photos et vidéos, un agenda, des échanges aussi…autant de datas qui sont garanties protégées, mais qui circulent dans des tuyaux qui peuvent se révéler percés ou détournés.

Derrière ces messageries il y a des entreprises qui de surcroît valent très cher.  Rappelons pour mémoire que Whatsapp a été achetée 22 milliards de $ par Facebook (en 2014) et comptait alors 800 millions d’utilisateurs. Ceci donne une indication claire sur le prix nominal que l’on peut donner aux utilisateurs de cette application qui sont aujourd’hui 2 milliards. Quant à leur valeur elle est certainement supérieure si on sait qu’un utilisateur Instagram est valorisé 20 000 $ on visualise la marge de valorisation de cette entreprise.

Jésus multipliait les pains et les offrait, les utilisateurs de messageries en se multipliant et en offrant leurs données personnelles sont, eux, le pain béni des sociétés qui les hébergent.
 


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